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Sur le web, les bots IA écrivent de plus en plus pour les bots

Les bots lisent les bots. Les sites web sont de plus en plus rédigés par des robots IA : plus d’un tiers des pages web mises en ligne après le lancement de ChatGPT intègre des contenus IA, selon une étude du Pew Research.

10 % des 10 000 pages web en anglais prélevées au mois de juillet par le Pew Research « présentent des signes significatifs d’une rédaction par IA » (textes complets ou largement remaniés). Cela parait finalement peu, mais comme le soulignent les chercheurs, une grande partie de ces pages a été mise en ligne avant l’avènement de l’IA. En mettant de côté les pages mises en ligne avant novembre 2022 et le lancement de ChatGPT, le taux monte à 35 % de pages intégrant du contenu IA.

L’étude a été réalisée avec l’aide de l’outil d’archivage web Common Crawl, les textes ayant été scrutés avec l’outil de détection IA Open Pangram. Ces utilitaires ne sont pas infaillibles, ils peuvent ranger à tort des documents rédigés par des humains dans la mauvaise case, et inversement. Néanmoins, certains types de ponctuation, de mots et d’expressions ont tendance à revenir plus fréquemment dans les textes générés par IA.

L’intelligence artificielle générative semble en effet apprécier les tirets cadratins (ils sont utilisés environ deux fois plus souvent) ; l’usage de la virgule de série (le fameux Oxford comma dans une énumération avant le « and », par exemple « I invited Alice, Bob, and Charlie ») augmente de 63 % ; certains mots prisés des IA sont employés plus de deux fois plus souvent (« testament », « interplay »…).

Pour rédiger une comparaison, l’IA a également davantage recours au parallélisme négatif, comme dans la phrase « Ce n’est pas seulement de l’information, c’est de l’influence ». Une tournure qui reste relativement rare tout de même. Les humains ne doivent pas pour autant s’interdire d’utiliser cet arsenal, mais l’IA montre un tropisme certain pour ces formes.

Début juin, Matthew Prince le patron de Cloudflare constatait que les bots (agents IA, mais aussi les bots plus traditionnels) représentaient plus de trafic que les internautes de chair et de sang. « Le trafic généré par les agents IA augmente si rapidement que, pour la première fois dans l’histoire d’internet, le trafic des bots a désormais dépassé celui des humains en ligne », s’étonnait-il. Le dirigeant avait prévu que cette bascule arriverait début 2027.

Autrement dit, de plus en plus de textes rédigés par des bots sont lus par d’autres bots. À ce rythme, les humains risquent bien de faire figure d’intrus sur Internet.

Commentaires (3)

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Pour la presse en ligne il va falloir un logo « certifié sans IA », comme un AOC. Au moins les humains sauront que c’est rédigé que par et pour des humains. Donc il va y avoir deux internet : un pour les humains et un pour les machines. Si les IA se font du contenu pour elle même, je me demande à quoi va ressembler un site xxx fait par une IA pour des IA. Une histoire des Bytes ? :francais:
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Quelle tristesse et de ressources gâchées...
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Les bots parlent aux bots. De toute façon, les médias sociaux sont des réseaux fantômes où quelques humains perdus croient interagir pour de vrai avec le reste qui doomscroll le foin que l'algorithme leur dit de bouffer.

Par contre, le point qui me gêne est celui sur la typographie. Certes, les LLM utilisent beaucoup ces tournures (vu qu'ils restent des moteurs statistique qui crachent ce qui est le plus courant pour eux), mais, comme on a déjà pu le voir, ça engendre un biais sur "y'a un cadratin = c'est de l'IA bouuuh". Auquel cas je répondrai que Jules Verne a donc utilisé un LLM.

La typographie s'est en réalité appauvrie avec les échanges sur le Web, notamment parce que le cadratin et le demi-cadratin ne sont pas directement accessibles sur un clavier Azerty ordinaire (ils le sont sur Mac, cela dit). Au même titre que Windows ne sait pas gérer facilement les majuscules accentuées (là où une disposition clavier Linux ou MacOS le peuvent nativement). Il n'est d'ailleurs pas rare aussi de voir des anglophones utiliser le tiret court à la place du cadratin pour faire un incise.

En typographie française, le tiret cadratin a son usage et ses règles au même titre que le trait d'union et le trait d'union semi-long. Les gens qui décrient leur usage et l'associent automatiquement à du contenu généré par un LLM me font peur, parce qu'ils vont détruire une partie de notre patrimoine culturel (six siècles d'existence pour le cadratin, il me semble) sacrifié sur l'autel de la méconnaissance. C'est triste.