En Europe, l’usage public des lunettes Meta avec l’IA jugé illégal par des experts
Harcèlement de rue augmenté par IA
Le 11 septembre à 17h14
Dans un rapport très fourni, l’autorité de protection des données hambourgeoise donne sa position sur l’utilisation légale des lunettes connectées de Meta, que ce soit dans leur utilisation « simple » pour prendre des photos, l’utilisation avec Meta AI ou celle en connexion avec les réseaux sociaux. Elle martèle clairement que la reconnaissance de personnes en dehors d’un cercle proche restreint via ces lunettes sera interdite.
En Europe, l’usage public des lunettes Meta avec l’IA jugé illégal par des experts
Harcèlement de rue augmenté par IA
Dans un rapport très fourni, l’autorité de protection des données hambourgeoise donne sa position sur l’utilisation légale des lunettes connectées de Meta, que ce soit dans leur utilisation « simple » pour prendre des photos, l’utilisation avec Meta AI ou celle en connexion avec les réseaux sociaux. Elle martèle clairement que la reconnaissance de personnes en dehors d’un cercle proche restreint via ces lunettes sera interdite.
Droit
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7 min
Les experts de la HmbBfDI, la CNIL du land de Hambourg, viennent d’analyser en profondeur le cas des lunettes Meta couplées avec l’application Meta AI à la lumière des règlementations européennes. Leur conclusion ne va sûrement pas faire plaisir à Mark Zuckerberg.
En France, la CNIL s’est déjà inquiétée de l’arrivée de ces lunettes connectées déjà surnommées « pervert glasses », ou « lunettes de pervers ». Mais l’autorité de protection des données française était restée sur des arguments généraux.
La HmbBfDI (en plus long, Hamburgischer Beauftragter für Datenschutz und Informationsfreiheit), vient de publier un rapport de 53 pages [PDF] beaucoup plus technique en précisant se focaliser « sur les responsabilités des utilisateurs de lunettes en matière de protection des données à caractère personnel de tiers ». Celui-ci s’appuie sur le droit européen mais aussi sur l’analyse du produit de Meta, que ce soit des lunettes en elles-mêmes que de l’application Meta AI.
Une difficile analyse de ce qui est transféré à Meta
Les experts de la HmbBfDI ont fait leur analyse avec le modèle Ray-Ban Meta Wayfarer (Gen 1). Ils ont pu analyser les composants électroniques contenus dans la branche gauche des lunettes : une puce mémoire du fabricant BIWIN et un CPU Qualcomm créé spécialement pour des calculs IA sont assemblés sur le PCB. Ils n’ont pas pu examiner les données de la mémoire, dont ils n’ont trouvé aucun point de contact pour lire les données, même avec un adaptateur standard pour la lecture de puces.

Ils ont pu constater que les données transmises par les lunettes sont « en grande partie chiffrées ».
Les experts de la HmbBfDI ont aussi analysé les données que laissait l’application sur le téléphone dans le dossier /data/data/com.facebook.stella créé lors de son installation. Notamment, ils ont pu constater qu’une base de données SQLite était créée avec des tables nommées « face », « face_group », « face_low_confidence_pair » et « face_to_face_group ». « L’hypothèse évidente selon laquelle ces tables serviraient à la reconnaissance faciale n’a pas pu être confirmée par les tests », expliquent-ils.
Des visages floutés mais difficile de savoir si l’action est faite localement
Dans leur expertise, ils ont essayé de déterminer si les visages capturés lors d’une utilisation de Meta AI étaient floutés avant ou après envoi sur les serveurs de l’entreprise. « Cela n’a pas pu être clarifié », expliquent-ils, notamment parce que les données sont envoyées de manière chiffrée, mais ils ont constaté un timestamp (horodatage) sur l’image indiquant un décalage de 2 secondes après le traitement par Meta.
Pour leur analyse, ils ont aussi demandé via le Meta Account Center et obtenu (après avoir attendu une semaine) les données de l’application, comme tout utilisateur peut le faire. Notamment, ces données contiennent un dossier nommé « /media/your_posts ». Ce dossier contient des captures d’images (au format jpeg) faites lors de conversations avec Meta AI. Si une de ces images contient un visage, celui-ci est masqué par un cercle gris pour le rendre méconnaissable :

Concernant la retranscription des voix, les données envoyées par le Meta Account Center sont anonymisées : « Seuls des indices concernant la question initiale peuvent être déduits de la réponse correspondant à la saisie », expliquent-ils. « Néanmoins, les textes doivent également être stockés dans une base de données, que nous n’avons pas pu trouver en local. En effet, toutes les saisies des utilisateurs restent accessibles sous forme de transcriptions via le « Journal d’activité vocale » dans l’interface utilisateur ».
Ils notent aussi que la fonctionnalité « Meta AI Chat » ne permet pas facilement de supprimer les conversations. Même si un bouton « Supprimer toutes les conversations » permet de les supprimer de l’historique de conversation, elles restent dans le « Journal d’activité vocale » qui ne permet de les supprimer qu’une à une.
Concernant la reconnaissance faciale, les experts n’ont pas trouvé de preuve de son utilisation tout en évoquant l’enquête de Wired dont nous avions parlé en juin.
Une exigence de transparence vis-à-vis des personnes filmées quasiment impossible à mettre en œuvre
Mais les experts allemands l’affirment : « l’utilisation de ces lunettes pose des défis importants en matière d’exigences de transparence » et cela notamment parce qu’il est difficile pour les personnes tierces de savoir que l’appareil est en train de filmer, malgré la diode qui s’allume lorsque c’est le cas : « Elle n’est visible que dans une mesure limitée, en fonction de la distance, de l’angle de vue et des conditions d’éclairage ». Et ils ajoutent que « le simple fait que la LED s’allume ne suffit pas à informer correctement les personnes concernées du traitement des données ».
Or, rien que leur utilisation pour prendre des photos et des vidéos doit s’appuyer, comme lors de toute captation d’images, sur le consentement ou l’intérêt légitime (par exemple, le droit à l’information). Pour eux, « les utilisateurs devraient plutôt prendre des mesures supplémentaires, telles que la mise en place d’avis sous forme de pictogrammes ou de communications verbales ». Bref, à part crier dans la rue : « hey, je vous filme tous » avant d’activer ces lunettes Meta, leur utilisation dans des lieux publics serait légalement impossible.
Si la personne qui porte les lunettes utilise aussi Meta AI, ça devient un peu plus compliqué. Si elle n’a pas accepté dans l’application l’utilisation des données pour l’entrainement, les experts de la HmbBfDI considèrent que « la transmission de données à caractère personnel de tiers via les lunettes à Meta AI (sans entraînement de l’IA) peut être fondée sur le consentement ». Dans quelques cas comme « la navigation, la traduction, la collecte d’informations ou, dans le cas des personnes malvoyantes, la participation à la vie sociale », cela peut même être considéré comme de l’utilisation légitime.
Mais si l’utilisation des données pour l’entrainement des modèles de Meta est autorisée par l’utilisateur, « cela entraîne des exigences supplémentaires en matière de transparence, d’autant plus que les tiers ne s’attendent généralement pas à ce que les enregistrements soient intégrés de manière permanente dans les modèles d’IA de Meta ».
Concernant l’utilisation sur les réseaux sociaux, comme pour d’autres captations, le consentement est la règle et celui-ci « doit également porter explicitement sur la publication ».
« Dans l’ensemble, en ce qui concerne les scénarios d’utilisation concrets, on peut partir du principe que la représentation identifiable de personnes n’appartenant pas à son cercle proche d’amis et de famille ne sera pas autorisée au regard de la législation sur la protection des données – sauf dans de rares cas impliquant des intérêts légitimes –, car il n’est pas réaliste d’obtenir un consentement éclairé », affirme le rapport.
Commentaires (3)
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Abonnez-vousIl y a 42 minutes
Mais par contre si on filme avec son tel dans la rue, ce recueil du consentement serait aussi nécessaire? Autant ces lunettes me font flipper (j'espère qu'elles seront tout simplement interdites), autant je ne vois pas pourquoi 2 poids 2 mesures, si cette exigence de transparence s'applique aussi aux smartphones.
Ou bien c'est l'aspect "je te filme incognito" qui fait la différence entre les 2? Mais ça ne semble pas explicite ici.
Il y a 38 minutes
Ce serait rendre service à tout le monde (même aux employés de Meta d'ailleurs).
À l'instant
Dans les années 70, le projet SAFARI a déclenché un tôlé qui a amené à la création de la loi informatique et libertés de 1978. Le souvenir de la surveillance des dictatures européennes encore trop frais dans les esprits.
Cinquante ans plus tard, à force d'avoir des caméras en permanence devant sa gueule (smartphone, ordinateurs, dans la rue, dans les bâtiments publics...), la société de surveillance privée s'est installée tranquillement et la violation de la vie privée est devenue la norme sociale.
Vivement ce putain de météore pour reboot cette putain de planète.
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