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L’augmentation de l’automatisation mène à la répression, calcule l’économiste D. Acemoglu

Das Kapital. Kritik der automatisierten Ökonomie.

L’augmentation de l’automatisation mène à la répression, calcule l’économiste D. Acemoglu

Illustration : Flock

Face aux promesses de gains financiers de l’automatisation, les États capitalistes favorisent naturellement la répression plutôt que la redistribution, y compris s’ils sont construits sur des fondements démocratiques. C’est ce que concluent le prix Nobel d’économie Daron Acemoglu et ses collègues A. Arda Gitmez et Mehdi Shadmehr dans un récent article susceptible d’éclairer les effets du économiques et politiques du déploiement de l’IA.

Il est l’un des économistes les plus influents du monde, en particulier ces dernières années pour ses travaux relatifs à l’intelligence artificielle et aux effets de l’automatisation. Il est aussi co-lauréat du prix Nobel d’économie 2024, aux côtés de James A. Robinson et Simon Johnson. Cette année-là, Daron Acemoglu prévoyait que l’IA ne produirait que peu d’augmentation de la productivité et du PIB, mais qu’elle pourrait clairement accroître les revenus que le capital tire du travail.

Son ton a clairement changé cet été, jusque dans sa récente intervention sur France Inter, le 31 août. « Il m’arrive de ne pas dormir la nuit en pensant aux conséquences énormes que tout ça va avoir », a-t-il déclaré à la radio publique, estimant que le déploiement de l’IA pourrait finalement détruire 8 à 9 % des emplois, soit deux fois plus que ce qu’il avait calculé précédemment.

Outre cette analyse très anglée sur les conséquences subies par les travailleurs, les préoccupations du chercheur s’expliquent peut-être plus largement par les effets du déploiement de l’IA sur les sociétés au sens large. C’est du moins ce que semble traduire le working paper qu’il publiait en juin avec ses collègues A. Arda Gitmez et Mehdi Shadmehr. Intitulé « Automatisation et Répression », le document, ouvert à la relecture par les pairs, propose une exploration des conséquences de l’automatisation sur le recours à la répression politique. Les trois hommes y établissent l’existence d’une complémentarité entre l’automatisation et la répression. Dans un système capitaliste, estiment-ils, plus les acteurs économiques recourent à l’automatisation (ce qui va dans le sens de leurs intérêts, car cela leur permet d’accroître leur stock de capital), plus l’État qui les représente risque de recourir à la violence pour mater les révoltes qui pourraient couver dans la population.

Plus précisément, les scientifiques calculent que plus le stock de capital est important, plus l’automatisation croît. Dans la mesure où la répression « est complémentaire de l’automatisation », ils en déduisent qu’une augmentation du capital disponible est « elle aussi complémentaire de la répression ». En effet, cette dernière permet à l’État capitaliste (compris comme un État qui défend les intérêts des détenteurs de capitaux) « d’atteindre un niveau d’automatisation plus élevé que dans le cadre d’une redistribution ».

Modéliser les conséquences d’un paradoxe réel

La motivation de ce travail leur vient de propos et positions observés dans le monde réel. De l’ancien président de Google China et directeur de Microsoft Asia Kai-Fu Lee au capital-risqueur Nick Hanauer, plusieurs entrepreneurs du numérique s’inquiètent depuis vingt ans des risques de troubles, voire de soulèvements concomitants à l’accélération de l’automatisation du travail. Ce faisant, écrivent les trois universitaires, ils « redécouvrent la prédiction faite par Karl Marx en 1867 », selon laquelle : « Ce n’est que depuis l’introduction des machines que l’ouvrier se bat contre l’instrument de travail lui-même… Il se révolte contre cette forme particulière des moyens de production. »

Pour faire face au risque, une des pistes serait d’améliorer la redistribution. Cent millionnaires ont d’ailleurs signé une lettre ouverte en ce sens à l’occasion du sommet 2025 de Davos. « Pour autant, de nombreux individus fortunés et dirigeants d’entreprise reconnaissent également que le maintien de l’ordre dans un monde dominé par l’automatisation pourrait nécessiter des mesures répressives et d’autres mesures énergiques pour protéger leurs revenus et leurs bénéfices. »

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Commentaires (1)

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Ce sont 2 visions du monde qui se présentent à nous.
Si les IA permettent de produire autant avec moins de travail humain, ça pourrait être une excellente nouvelle, travailler moins, mieux répartir les richesses, libérer du temps pour des taches plus épanouissantes, ...
Mais si les bénéfices restent entre les mains de ceux qui possèdent les outils et les capitaux (comme c'est le cas actuellement), pendant qu'une partie des gens perd son emploi, forcément, cela va devenir une véritable bombe sociale.