En Australie, le parlement est inondé de contenus erronés générés par IA
Made In AustralIA
Illustration : Flock
Le 01 septembre à 14h22
Plusieurs documents soumis à l’actuel Parlement australien dans le cadre de ses enquêtes contiennent des éléments et des citations générées par IA. Le risque : que des représentants politiques appuient leurs décisions sur des éléments créés de toutes pièces par les chatbots génératifs.
En Australie, le parlement est inondé de contenus erronés générés par IA
Made In AustralIA
Illustration : Flock
Plusieurs documents soumis à l’actuel Parlement australien dans le cadre de ses enquêtes contiennent des éléments et des citations générées par IA. Le risque : que des représentants politiques appuient leurs décisions sur des éléments créés de toutes pièces par les chatbots génératifs.
Société numérique
Société
5 min
Pour appuyer la fabrique de la loi, la plupart des parlements à travers la planète s’appuient sur des travaux d’enquête, auprès de citoyens comme d’experts. Mais comment s’assurer que ces processus fonctionnent bien, lorsqu’ils se retrouvent inondés de contenus générés par IA citant de fausses recherches et des universitaires inexistants ?
Telle est la question que soulève The Guardian Australia après avoir relevé de multiples « hallucinations » dues au recours à l’IA générative dans des travaux du Parlement australien. Dans certains cas, les membres des comités rédigeant les rapports supposés informer le travail réglementaire ont cité des références qui semblent réelles, mais qui n’existent pas.
Fausses références liées à de vrais universitaires
De la même manière que, dans d’autres domaines, des articles entièrement générés par IA se retrouvent attribués à de vrais journalistes, à leur corps défendant, certaines des références repérées par le Guardian lient des travaux inventés à de vrais universitaires.
Directement concernée, la psychologue et professeure associée à l’Université du Queensland, Dina Haslam qualifie la trouvaille d’ « inquiétante », précisément parce que ces faux sont crédibles. Elle décrit par ailleurs la « grande frustration » d’avoir investi temps, argent et expertise dans des « recherches rigoureuses », pour ensuite voir son nom et celui de ses équipes cités aux côtés de travaux inexistants.
Outre ce cas précis, The Guardian a constitué une base réunissant toutes les soumissions écrites envoyées au Parlement actuellement en exercice. Le journal a ensuite vérifié automatiquement chacune des citations en s’appuyant sur plusieurs bases de données académiques. Les références qui étaient les plus souvent pointées comme ne correspondant à aucun travail existant ont ensuite été vérifiées à la main. Ceci a permis au journal d’identifier au moins 39 textes à destination des représentants politiques contenant des références probablement hallucinées par des IA génératives.
Une autre méthode visant à estimer la prévalence du recours à de grands modèles de langage a donné des résultats plus importants. Le journal a notamment constaté que plus de 100 documents incluaient certains des tags ajoutés automatiquement aux urls par ChatGPT (de type ?utm_source=chatgpt.com) lorsque le chatbot fournit une source. Contactés, l’essentiel des autrices et auteurs de ces documents ont semblé découvrir la possibilité que les robots d’IA générative puissent générer de toutes pièces, et donc inventer, certaines des sources citées.
Quand les résumés IA de Google compliquent la vérification
Ce n’est pas la première fois que les décideurs australiens – comme ceux d’autres nationalités – ont maille à partir avec l’IA générative.
En 2025, Deloitte a dû rembourser une partie de la somme que l’État australien lui avait versée pour obtenir l’audit d’un système informatique dédié à l’automatisation des sanctions en cas d’irrespect des règles d’accès aux aides sociales. Son travail s’était avéré présenter de multiples erreurs et fausses citations scientifiques, typiques de ces textes générés par IA. Quelques mois plus tard, c’est le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador, au Canada, qui a dû demander à la même entreprise de reprendre son travail après que celui-ci se soit avéré présenter des éléments – dont de supposées références scientifiques – générés par IA.
Dans le domaine juridique, plus de 2 000 cas de plaidoiries hallucinées par IA ont été identifiées par le juriste Damien Charlotin à travers le monde, quelquefois pour présenter un argumentaire, dans d’autres cas pour proposer des citations. Problème : dans ce second cas, les références ou jurisprudences énoncées n’existent quelquefois pas du tout. Dans plus de 350 cas, ces recours aux chatbots génératifs se sont soldés par des sanctions financières, plus 150 sanctions disciplinaires.
Mais pour le monde réglementaire comme pour le judiciaire, la multiplication de travaux en tout ou partie générés par IA vient compliquer la vérification des faits. Et ce d’autant plus qu’avec le déploiement généralisé des résumés IA dans Google, moteur de recherche le plus utilisé au monde, le chatbot Gemini tend à proposer des justifications ou à laisser entendre qu’une référence existe même si ce n’est pas le cas. Dans certaines occurrences, le Guardian relève la propension du robot à générer de faux résumés pour des travaux de recherche inexistants.
Dans la mesure où les enquêtes visent à éclairer les travaux parlementaires, le politologue Christian Downie estime que de nouvelles règles pourraient être nécessaires, pour encadrer la soumission de documentation aux régulateurs australiens. À défaut, le risque est de voir ces derniers prendre des décisions sur la base d’éléments générés automatiquement, sans lien avec le monde réel.
Commentaires (8)
Abonnez-vous pour prendre part au débat
Déjà abonné ou lecteur ? Se connecter
Cet article est en accès libre, mais il est le produit d'une rédaction qui ne travaille que pour ses lecteurs, sur un média sans pub et sans tracker. Soutenez le journalisme tech de qualité en vous abonnant.
Accédez en illimité aux articles d'un média expert
Profitez d'au moins 1 To de stockage pour vos sauvegardes
Intégrez la communauté et prenez part aux débats
Partagez des articles premium à vos contacts
Abonnez-vousLe 1er septembre à 14h32
Le 1er septembre à 14h36
Le 1er septembre à 14h46
Modifié le 1er septembre à 16h05
(comprenez moi bien, c'est horrible, on est d'accord, c'est juste que ça parait assez malhonnête de tomber des nues).
Et sinon, puisque dès le départ, l'objectif est de tordre le cou à la science, le rapport, l'enquête, etc... on peut considérer que l'IA est une réelle optimisation du processus. Pourquoi se faire chier à pondre un vrai rapport (dont l'opposition se saisira pour pointer inutilement les vraies ressorts) alors que mentir dès le départ sur la source aura le même résultat ?
On est très très loin du temps où le gouvernement avait la moindre prétention à un raisonnement logique. Puisque de toute façon, à la fin les mesures finissent dans une catégorie très limité de propositions (plus de thunes pour ceux qui en ont trop, cassons les services publics, faisons monter le racisme), alors au final le pseudo raisonnement qui y amène n'a que peu d'importance.
Le 2 septembre à 09h40
Le 1er septembre à 17h40
Quand on markette un médicament , une voiture ou un téléphone, on met pas en avant que c'est dangereux, que ça peux tuer ou blesser mentalement ou physiquement. C'est bien écrit pourtant , dans les petites lignes que personne ne lit sauf quand il y a le problème.
La plupart des gens qui utilisent l'IA de manière "récréative" sont très content des résultats : Ça dit toujours oui, ca semble toujours plausible et au pire une réponse fausse ou approximative ne porte pas à conséquence.
Du coup , quand on s'est habitué, quoi de plus "naturel" que de l'utiliser pour des choses plus sensible surtout quand ça semble anodin, et que le warning est planqué en bas en petit.
Quand ça fait des chocapic, ben "oh, on découvre la possibilité"....
Le 1er septembre à 17h50
On parle quand même d'assistant.es parlementaires, de député.es... il parait moins dommageable pour leurs carrières de feindre l'ignorance et l'incompétence que la malice.
Le 1er septembre à 18h17
On me dit dans l'oreillette que non... Ben tant pis.
Signaler un commentaire
Voulez-vous vraiment signaler ce commentaire ?