IA : séries d’achats « bizarres » auprès de librairies d’occasion anglaises et irlandaises
Fahrenheit 451
Illustration : Flock
Le 17 août à 11h58
Alors que les suspicions sur les méthodes d’entraînement des systèmes d’IA se multiplient, des libraires d’occasion du Royaume-Uni et d’Irlande signalent des séries d’achats de lots de livres sans cohérence éditoriale.
IA : séries d’achats « bizarres » auprès de librairies d’occasion anglaises et irlandaises
Fahrenheit 451
Illustration : Flock
Alors que les suspicions sur les méthodes d’entraînement des systèmes d’IA se multiplient, des libraires d’occasion du Royaume-Uni et d’Irlande signalent des séries d’achats de lots de livres sans cohérence éditoriale.
IA et algorithmes
IA
4 min
Au Royaume-Uni et en Irlande, des librairies de seconde main ont reçu des commandes étonnantes d’acheteurs installés aux États-Unis, au Canada, en Europe continentale et au Royaume-Uni, alors que les spéculations sur les achats de livres pour entraîner des systèmes d’IA vont bon train.
Copropriétaire de Barker Books, dans la ville anglaise d’Alnwick, Stuart Manley indique au Guardian avoir vu ces commandes débuter il y a trois mois. Celles-ci détonnent notamment par leur sélection de livres : alors qu’habituellement, les commandes par lot répondent à une logique thématique, celles-ci intègrent des livres de tous les types.
Des achats sans logique pour le marché du livre d’occasion
Une commande demandait par exemple une traduction estonienne du Chant de la mission de John Le Carré, ou une édition de 1983 d’Agnes Grey, d’Anne Brontë, telle que parue dans le magazine Warship.
À Clargalway, en Irlande, Jim Shaughnessy indique avoir reçu des demandes de nombreux livres aux thématiques variées à partir de mai. Celles-ci peuvent mêler des « livres sur les outils agricoles en Afrique au XVIIIe siècle » à des « biographies de pilotes de course des années 1950 ».
Auprès du Guardian, un libraire explique que la pratique chamboule le secteur, car elle ne correspond pas aux pratiques habituelles : « On dirait qu’un être humain ou une machine fouille au hasard dans le bac des livres d’occasion. Ce qu’ils achètent n’a aucun sens au regard des tendances générales du marché. »
Certaines des demandes relevées par les libraires émanent de la société canadienne Zoom Books. Cette dernière passe depuis plusieurs mois d’étonnantes commandes en Allemagne, en Espagne, aux États-Unis, en Australie ou ailleurs. La société se spécialise dans le scan de livres, détruisant l’objet au passage. Elle nie toute implication dans l’entraînement de systèmes d’IA, mais ne fournit pas d’information supplémentaire sur les sociétés auxquelles elle fournit ses services.
Chez Anthropic, l’opération « Panama » de la destruction de livres
Début janvier, le Washington Post révélait que l’éditrice de Claude, Anthropic, avait investi des millions de dollars dans l’acquisition et la destruction de livres pour scanner leur contenu et entraîner ainsi ses modèles.
Aux prises avec la justice, Anthropic a dû fournir des éléments supplémentaires sur cette activité. Le « projet Panama », tel qu’il a été nommé en interne, a débuté en 2024, alors que les dirigeants de l’entreprise cherchaient à entraîner Claude à « bien écrire », plutôt qu’à recracher du « langage internet de mauvaise qualité ».
Pour ce faire, elle s’est d’abord tournée vers de grands groupes de revente de livres, dont le britannique World of Books et l’états-unien Better World Books, puis vers des prestataires à même de réaliser la numérisation. Concrètement, il s’agit de découper le dos et de trancher les pages pour les numériser une à une, de manière industrielle, détaille Euronews.
Attaquée par un groupe d’auteurs réunis en action collective, Anthropic a accepté le versement d’environ 1,3 milliard d’euros pour éviter le procès. Les autres constructeurs de grands modèles de langage font tous face à des accusations similaires d’irrespect du droit d’auteur – sachant que malgré le paiement accepté par Anthropic, le juge William Aslup a considéré que le recours à des livres pour entraîner un système d’IA relevait du « fair use », une exception aux droits d’auteurs tels que définis par le droit local.
Alors qu’elle prévoit une entrée en bourse à l’automne, certains investisseurs envisageraient que la société de Dario et Daniela Amodei atteigne une valorisation record de 2 000 milliards de dollars.
Commentaires (7)
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Abonnez-vousIl y a 51 minutes
Et pour ceux qui ne veulent pas détruire les livres, Google avait rendu disponible (licence gratuite) son système pour le faire.
Modifié il y a 41 minutes
Fahrenheit 451 montre un gouvernement autoritaire qui a censuré et interdit la lecture et la détention de livres. Ici, Anthropic démontre juste qu'ils s'en servent de matière première pour leurs produits.
Le procédé est moralement douteux, très cynique je dirais même, mais bien loin du roman cité.
Anthropic peut faire, dire, crier, pisser par terre et se rouler dedans, elle ne m'empêchera pas de détenir et lire des livres. En encore moins d'en écrire. Là où le gouvernement dépeint dans Fahrenheit 451 peut aller jusqu'à tuer pour ça.
Il y a 27 minutes
Ça n’enlève rien au fait que comme ils ont probablement déjà pompé absolument tout ce qui existe en ePub, c’est à dire la quasi intégralité de la littérature moderne et classique, les autres livres qu’ils tentent d’acheter sont, de facto, des livres rares.
Modifié il y a 9 minutes
Heureusement qu'il existe les initiatives de sauvegarde du patrimoine, telles que les éditions numérisées et archivées par la BnF.
J'ose espérer, toutefois, qu'un libraire détenteur d'une édition rare sera moins enclin à la vendre au premier venu que pose des commandes random.
Il y a 23 minutes
Mais 451 farhenheit (232°C), c'est sans doute beaucoup trop pour le détruire
Il y a 15 minutes
Modifié à l'instant
Il ne faut donc pas le prendre au 1er degré
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