85 % des ados australiens utilisent les réseaux sociaux 3 mois après l’interdiction
Qui aurait pu prévoir ?
Illustration : Flock
Le 25 juin à 11h58
Trois mois après la mise en place de la nouvelle loi australienne interdisant les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, il n’y a pas eu de réduction significative des usages chez les adolescents australiens, constatent des chercheurs.
85 % des ados australiens utilisent les réseaux sociaux 3 mois après l’interdiction
Qui aurait pu prévoir ?
Illustration : Flock
Trois mois après la mise en place de la nouvelle loi australienne interdisant les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, il n’y a pas eu de réduction significative des usages chez les adolescents australiens, constatent des chercheurs.
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5 min
En décembre dernier est entrée en application l’interdiction des réseaux sociaux en Australie pour les moins de 16 ans après le vote d’une loi en 2024. Mais, trois mois après, des chercheurs n’ont pas vu de réduction significative des usages chez les adolescents australiens.
Premier pays à mettre en place ce dispositif juridique, la mesure en a inspiré d’autres comme les exécutifs français et britannique. Ainsi, Emmanuel Macron a pesé de tout son poids pour la mise en place d’une loi similaire pour les moins de 15 ans, votée récemment et en cours d’examen par la Commission européenne. Le gouvernement français espère pouvoir l’appliquer dès la rentrée prochaine.
Lors du vote de la loi en Australie, certains experts critiquaient sa mise en place sans attendre les résultats d’une enquête sur les effets des réseaux sociaux sur la société australienne. Le professeur à l’Université de technologie du Queensland, Daniel Angus, jugeait « imprudent » et « irréfléchi » le projet de loi et affirmait à l’AFP qu’il « sape l’enquête et les principes de la démocratie délibérative et menace de causer de sérieux torts en excluant les jeunes d’une participation importante et saine au monde numérique ».
Mise en œuvre limitée, respect partiel et contournement massif
À défaut de la prise en compte de cette enquête avant le vote de la loi, des chercheurs australiens ont pris en charge le suivi de l’utilisation des réseaux sociaux par une petite cohorte d’un peu plus de 400 adolescents de moins de 16 ans dans leur pays après sa mise en application. Leurs résultats après trois mois viennent d’être publiés dans la revue scientifique British Medical Journal.
« Les résultats suggèrent que la période qui a suivi immédiatement l’entrée en vigueur de la loi a été marquée par une mise en œuvre limitée, un respect partiel de la législation et un contournement massif des restrictions imposées aux réseaux sociaux », expliquent Courtney Barnes et ses collègues.
Ils constatent que « plus de 85 % des participants âgés de moins de 16 ans ont déclaré utiliser, lors du suivi, des plateformes de réseaux sociaux relevant du champ d’application de la loi, principalement via leurs propres comptes (54 à 68 %) ».
Pas de ralentissement de la pratique quotidienne
La mesure ne semble pas non plus avoir eu de conséquences importantes sur leur pratique quotidienne des réseaux sociaux. « Entre le début de l’étude et le suivi, l’utilisation quotidienne des réseaux sociaux est restée stable chez les 12 - 13 ans ; elle a légèrement diminué chez les 14 - 15 ans (passant de 78 % à 69 %) et a augmenté chez les plus de 16 ans (passant de 80 % à 89 %) », expliquent les chercheurs.
Et la loi ne semble pas avoir eu non plus de réelles conséquences, après trois mois du moins, sur le temps passé sur TikTok, Instagram, Snapchat et YouTube : « Le temps consacré aux réseaux sociaux était moins important lors du suivi chez les jeunes âgés de 14 à 15 ans […] et restait similaire chez les adolescents plus jeunes (12 - 13 ans) et chez les plus âgés (en dessous de 16 ans) ».
Une loi qui n’impose pas de technologies spécifiques de vérification de l’âge
Les chercheurs rappellent que, dans la loi Australienne, « les plateformes concernées sont tenues de prendre des mesures raisonnables pour empêcher les utilisateurs âgés de moins de 16 ans de créer ou de conserver des comptes, notamment en mettant en œuvre des mesures rigoureuses de vérification de l’âge garantissant la protection de la vie privée » mais qu’elle « n’impose pas de technologies spécifiques de vérification de l’âge ; elle laisse au contraire aux plateformes le soin de déterminer les méthodes appropriées, à condition qu’elles soient efficaces et proportionnées ». La loi prévoit cependant que les plateformes qui ne sont pas conformes s’exposent à des amendes pouvant atteindre 30,2 millions d’euros.
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De fait, 66 % de ceux qui sont sur les réseaux sociaux « ont déclaré avoir été soumis à une vérification de l’âge sur la plateforme, le plus souvent par la déclaration de leur âge (24 à 39 %) ou par le téléchargement d’une photo (" selfie ") (13 à 27 %) ». Une petite partie (entre 15 à 19 %) utilise un « faux » compte pour contourner les restrictions. « L’utilisation des VPN n’a toutefois été que rarement signalée », expliquent les chercheurs.
Cependant, les auteurs de l’étude ne repoussent pas totalement l’idée que la loi ait un impact. En effet, ils imaginent que la loi pourrait s’avérer plus efficace pour empêcher ou retarder l’accès aux réseaux sociaux chez les jeunes enfants de moins de huit ans qui n’y ont pas encore accès. D’où l’intérêt aussi de continuer à poursuivre leur étude sur un plus long terme.
Commentaires (3)
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En effet, espérer un effet seulement 3 mois après la mise en application sur une population qui avait déjà accès aux réseaux sociaux me semble illusoire : les intéressés feront leur possible pour continuer à les utiliser et donc contourner les mesures mises en œuvre par les plateformes.
C'est comme le tabac, c'est plus facile de ne pas commencer que d'arrêter.
Ce qui sera intéressant, ça sera d'étudier ceux qui n'y avaient pas accès pour voir si la proportion d'usagers est plus faible après la loi qu'avant. Par contre, le fait qu'ils parlent de moins de huit ans, ça fait peur !
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