IA : Deux plateformes mises en demeure de supprimer le clonage de voix de doubleurs français
« Tu es un sorcier Harry. » «Je... je suis un quoi ? »
Deux plateformes américaines ont été mises en demeure par huit comédiens français de supprimer sous huit jours les clonages par intelligence artificielle de leurs voix.
Le 03 février à 16h38
4 min
Société numérique
Société
Huit comédiennes et comédiens de doublage français ont mis en demeure deux sociétés américaines, VoiceDub et Fish Audio, de retirer de leurs plateformes tous les « modèles de clonage exploitant [leur] voix » sous huit jours, et réclament 20 000 euros de dommages et intérêts.
Dans un courrier du 30 janvier, les membres de cette action collective inédite indiquent vouloir mettre fin à ces « actes parasitaires », rapporte l’Agence France-Presse (AFP). Parmi eux, Françoise Cadol, qui double notamment les actrices Angelina Jolie et Sandra Bullock, ou encore Richard Darbois, voix française de Richard Gere, Patrick Swayze, ainsi que du personnage de la franchise Toy’s Story, Buzz l’Éclair.
« Alerter les pouvoirs publics »
En septembre 2025, Françoise Cadol a déjà obtenu le retrait du clonage de sa voix des versions remasterisées de Tomb Raider IV, V et VI publiées par Aspire Media. La comédienne a vu sa carrière de doublage au cinéma prendre une nouvelle ampleur après avoir prêté sa voix à Lara Croft, le personnage de la franchise de jeu vidéo.
Auprès de l’AFP, la comédienne regrette cette fois-ci que l’usage des voix de doubleurs et doubleuses se fasse « sans notre autorisation (…) on est néantisé, piraté. C’est notre métier, on vit de notre voix. » De même que les opportunités de travailler s’amoindrissent dans le domaine de la traduction, à mesure que des éditeurs se tournent vers l’intelligence artificielle, comédiennes et comédiens voient les possibilités de doubler des acteurs internationaux s’amenuiser.
Avec cette mise en demeure collective, Françoise Cadol et ses collègues espèrent alerter « les pouvoirs publics pour faire émerger une solution pratique qui permette de [se] défendre ».
Problématique transverse dans l’audiovisuel
Plusieurs professionnels du domaine ont créé l’initiative Touche Pas à ma VF, qui promeut un « doublage créé par des humains pour des humains » et pousse le public à se mobiliser pour les aider à protéger leur métier. D’abord mobilisés en ligne, ils ont aussi manifesté ces derniers mois pour tenter d’obtenir une réponse de la ministre de la Culture, Rachida Dati. Lancée en 2024, leur pétition comptabilise désormais plus de 247 000 signatures.
Hors de l’hexagone, les problèmes d’utilisation de l’image et de la voix des professionnels de l’audiovisuel créent aussi des remous depuis l’explosion des outils d’IA générative. Officiellement présentée lors du festival du film de Zurich à l’automne 2025, l’ « actrice » créée par IA Tilly Norwood avait fait scandale, alors que sa créatrice la présentait comme à même de remplacer Natalie Portman ou Scarlett Johansson.
Cette dernière, par ailleurs interprète de l'intelligence artificielle représentée dans le film Her de Spike Jonze, a dû recourir à son avocat pour obliger OpenAI à cesser d’utiliser une version de sa voix générée par IA.
Plus récemment, l’acteur Matthew McConaughey a fait breveter des extraits vidéos de son image et des enregistrements de sa voix auprès de l’Institut américain de la propriété intellectuelle pour tenter de les protéger de tout usage non consenti de ces éléments par des sociétés développant des systèmes d’intelligence artificielle.
IA : Deux plateformes mises en demeure de supprimer le clonage de voix de doubleurs français
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Problématique transverse dans l’audiovisuel
Commentaires (13)
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Abonnez-vousLe 03/02/2026 à 17h13
Modifié le 03/02/2026 à 20h46
Et Harrison Ford alors ?: Sa place est dans un musée ?
Le 04/02/2026 à 18h46
Le 03/02/2026 à 21h05
Et leur avocat dans le premier article en lien est très léger.
Parler de propriété intellectuelle pour la voix est osé quant à la vie privée pour des personnes qui vivent de leur voix c'est encore plus imaginatif !
Richard Darbois est plus honnête en parlant de vide juridique.
J'aurais apprécié que Next donne sa position sur le sujet d'un point de vue du droit.
Pour finir, aux USA, c'est le même organisme qui gère les dépôts de brevets et de modèles. L'acteur n'a donc pas fait breveté sa voix et son image. Il les a juste déposés. Reste à voir ce que cela vaut.
Le 03/02/2026 à 21h16
Même si les marques et designs sont "examinés" mais que sur la nouveauté : tu ne peux pas re-protéger quelque chose de trop proche d'une marque pré-existante au dépôt.
C'est une protection qui permet de restreindre l'usage à des catégories définies (Locarno ou Nice). Un brevet permet d'interdire la production et l'exploitation d'un invention.
Je suis curieux de voir ce que le dépôt aux USA permet comme restriction (le fameux "rights reserved" )
Modifié le 03/02/2026 à 21h29
Modifié le 03/02/2026 à 22h46
Les artistes en question doivent sûrement s'appuyer sur les articles L212 du CPI qui définissent les droits et la protection des artistes-interprètes (leur métier rentre dans cette catégorie).
Le potentiel flou pourrait se trouver au niveau du L212-3 qui protège la prestation, mais pas forcément la composante de l'artiste (ici la voix). Toutefois, peut-être qu'ils peuvent se retrancher derrière le 2 qui dispose que l'artiste-interprète a le droit au respect de son nom. Dans la mesure où la voix d'un comédien de doublage est son identité d'artiste, y'a moy.
Le 03/02/2026 à 23h24
Par contre, pour les articles du CPI, ça me semble hors sujet ici. Ce qui est protégé, ce sont leurs doublages, pas leur voix et comme au niveau de l'UE, on a le droit d'utiliser les œuvres pour l'entraînement des IA sauf opposition du détenteur des droits, je pense que c'est mort de ce côté. Il ne leur reste qu'à protéger le futur en indiquant pour chaque doublage leur opposition.
Le 04/02/2026 à 07h33
Pour le second, je précise que la directive autorise l'usage sauf interdiction de l'auteur, mais il reste que la source doit être licite.
Après, Richard Darbois est aussi voix-off des jingle NRJ, ce qui en fait une source licite puisque diffusée en public. Et l'imitation de voix demande assez peu de matériel, pour le coup.
Le 05/02/2026 à 09h14
Il ne pouvait pas y avoir pire choix que l'opt out, mais évidemment, c'est ce qui a été choisi.
Le 05/02/2026 à 09h32
Le 05/02/2026 à 11h17
On a quand même eu des décennies de matraquage à base de "copier c'est voler", et là, on légalise le vol par des entités déjà bien assez puissantes et nocives pour leur permettre d'être encore pires.
Je suis d'accord avec toi, en l'état, c'est légal de piller ces données (et je trouve ça extrêmement regrettable), en revanche, le fait de s'en servir pour usurper des personnes, ça me paraît nettement plus tendancieux et sujet à interprétation.
Le 06/02/2026 à 20h13
Il reste dommage de ne pas connaitre le fond juridique de la mise en demeure. Le terme "parasitage" suggère la propriété intellectuelle. La plateforme a dû choisir la facilité pour ne pas tomber dans une procédure juridique à l'issue incertaine.
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