Epstein Files : la confusion dans la publication de milliers de documents
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L'administration de Donald Trump a publié, comme l'y obligeait une loi votée récemment, des milliers de documents émanant de l'affaire Epstein. Mais tout n'y est pas, pointent notamment certaines victimes du pédocriminel.
Le 22 décembre 2025 à 17h35
7 min
Société numérique
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Ce vendredi 19 décembre, le département de la Justice (DOJ) états-unien devait, selon l'Epstein Files Transparency Act, « publier (dans un format consultable et téléchargeable) tous les dossiers, documents, communications et éléments d'enquête non classifiés en [sa] possession qui se rapportent à l'enquête et aux poursuites judiciaires concernant Jeffrey Epstein ».
Le jour J, le DOJ a bien livré un outil permettant de naviguer dans près de 4 000 documents mis en ligne, même si Donald Trump s'est montré ces derniers mois plus hésitant sur le sujet, étant lui aussi accusé d'avoir été dans le réseau du pédocriminel décédé en prison en 2019. Comme le décrit Wired, les documents publiés en fin de semaine dernière sont un mélange hétéroclite de photos, de notes manuscrites et d'autres documents qui ont servi à l'enquête sur le pédocriminel. L'outil est moins ergonomique que Jmail, cette boîte mail remplie des correspondances de Jeffrey Epstein, créée par deux informaticiens pour mieux naviguer dans les emails qui circulaient déjà.
Quelques documents et des photos de personnalités déjà impliquées
Il permet néanmoins de trouver des documents du dossier, comme l'explique The Guardian, cette note [PDF] du FBI détaillant les instructions que donnait Jeffrey Epstein pour obtenir des femmes mineures. Y figurent aussi des documents nommant des personnalités dont les noms étaient déjà sortis. Ainsi, ce document [PDF] qui parle de Bill « Clinton, Prince Andrew et Richard Branson », ou des photos montrant des personnes connues (Mick Jagger, Michael Jackson ou encore David Copperfield aux côtés de Jeffrey Epstein ou de sa complice Ghislaine Maxwell).
Rappelons que ces documents ne sont pas forcément des preuves que toutes ces personnes ont eu connaissance ou sont impliquées dans le système de pédocriminalité mis en place.
Des photos de Bill Clinton, une de Donald Trump supprimée puis réintégrée
La sphère républicaine et MAGA (Make America Great Again) a cependant souligné nombre de photos où l'on voit Bill Clinton aux côtés de Jeffrey Epstein, dont notamment l'une d'entre elles où il apparait dans un jacuzzi à côté d'une personne dont le visage est volontairement caché par un carré noir. Bill Clinton a nié auparavant avoir été au courant des crimes commis par Jeffrey Epstein. Selon le Boston Globe, un porte-parole de Bill Clinton a accusé l'administration d'avoir publié ces photos de l'ancien président pour détourner l'attention.
De fait, l'attachée de presse de la Maison-Blanche, Abigail Jackson, a insisté par exemple, sur X, sur une photo de Bill Clinton avec Michael Jackson, la présentant comme une « photo de Bill Clinton avec son bras autour de Michael Jackson, et des personnes dont l'identité a été dissimulée ». Pourtant, cette photo n'a rien à voir avec l'affaire, comme l'ont souligné des utilisateurs de X dans les notes de la communauté. Elle est disponible sur Getty Images depuis 2010 sans que les enfants de Michael Jackson et Diana Ross soient cachés.
Donald Trump figure sur au moins une photo [PDF] du dossier. Elle représente un meuble exposant diverses autres photos sur lesquelles apparait Jeffrey Epstein accompagné d'autres personnalités. Le visage du dirigeant actuel des États-Unis apparait sur l'une d'entre elles qui se situe dans le tiroir ouvert du meuble. Ici aussi, ça n'est pas la preuve de la connaissance de crime. Comme l'explique Ici Canada, plusieurs photos (dont celle-ci) ont été supprimées du dossier public samedi.

Finalement, le DOJ a republié la photo en question dimanche, affirmant sur X l'avoir retirée « afin de la soumettre à un examen plus approfondi ». « Après examen, il a été déterminé qu'il n'y avait aucune preuve que des victimes d'Epstein figuraient sur la photographie, et celle-ci a été republiée sans aucune modification ni expurgation », a ajouté l'administration états-unienne.
Pas grand-chose de neuf selon la presse américaine
Selon une lettre du procureur général adjoint Todd Blanche obtenue par Fox News, plus de 1 200 victimes et leurs familles ont été découvertes au cours de cet examen exhaustif. « Sous la direction du président Donald J. Trump et de la procureure générale Pam Bondi, cette divulgation sans précédent souligne notre engagement à respecter la loi, à faire preuve de transparence et à protéger les victimes », affirme le document.
Mais, pour Associated Press, la publication de ces documents n'apporte pas grand chose de neuf. « Les documents les plus révélateurs publiés jusqu'à présent montrent que les procureurs fédéraux disposaient en 2007 d'éléments solides contre Epstein, mais ne l'ont jamais inculpé », explique l'agence de presse. Le New York Times pointe notamment l'existence d'une plainte pour pédopornographie datant de 1996 et que le FBI a ignorée.
Des documents biffés qui n'apportent pas d'information supplémentaire
Dans le dossier figure aussi une liste de 254 masseuses. Mais le fichier [PDF] est illisible puisque tous les noms sont cachés, le document portant une notice expliquant « expurgé afin de protéger les informations relatives aux victimes potentielles ».

D'autres documents apparaissent largement biffés. Ainsi, des internautes ont remarqué qu'un des documents [PDF] dont certaines parties étaient cachées avait déjà été publié [PDF] auparavant par l'administration, montrant le nom de Donald Trump accompagné de celui de Bill Clinton :


Depuis vendredi, le DOJ essaye de se dépatouiller, sur X, des accusations de censure. « Des expurgations ont été apportées à ces documents lorsqu'ils ont été déposés dans le cadre des affaires judiciaires respectives à l'époque. Nous avons reproduit les documents tels qu'ils se trouvaient en notre possession », expliquait l'administration sur X dimanche.
« On nous laisse tomber », explique une victime
« Nous avons découvert que les documents les plus importants ont disparu », affirmait de son côté le représentant du Parti démocrate, Ro Khanna, vendredi à CNN. « Ils ont fait l'objet de caviardages excessifs, et la question centrale que les Américains veulent connaître – qui sont les autres hommes riches et puissants de l'île qui violent ces jeunes filles ou qui couvrent ces faits – n'a pas trouvé de réponse ». Pour la députée démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, ces caviardages protègent « une bande de violeurs et de pédophiles parce qu'ils ont de l'argent, du pouvoir et des relations » et elle demande la démission de la procureure générale Pam Bondi.
De leur côté, les victimes expriment aussi leur frustration. « Ils confirment tout ce que nous avons dit au sujet de la corruption et des retards dans la justice », déplore Jess Michaels, l'une des premières victimes connues de Jeffrey Epstein citée par le New York Times. « Que protègent-ils ? La dissimulation continue ». « Si tout est censuré, où est la transparence ? », interroge Marijke Chartouni, qui accuse Epstein de l'avoir agressée sexuellement lorsqu'elle avait 20 ans. « Énormément de photos sont hors de propos », explique Marina Larcerda, qui a témoigné en 2019 d'abus sexuels lorsqu'elle avait 14 ans. « On nous laisse tomber. Nous attendions ce jour-là pour attaquer en justice d'autres hommes qui ont été protégés ».
Epstein Files : la confusion dans la publication de milliers de documents
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Quelques documents et des photos de personnalités déjà impliquées
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Des photos de Bill Clinton, une de Donald Trump supprimée puis réintégrée
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Pas grand-chose de neuf selon la presse américaine
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Des documents biffés qui n'apportent pas d'information supplémentaire
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« On nous laisse tomber », explique une victime
Commentaires (13)
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Le 23/12/2025 à 05h02
À l'exception de ce cas précis, puisque Trump n'a pas attendu les IA génératives pour nous précipiter dans l'ère de la post-vérité il y a 10 ans.
Photoshoper une photo du camp adverse pour dénigrer et dénoncer des retouches si une photo ou vidéo scandaleuse de lui sort, c'était déjà son mode de fonctionnement. Il a la loi de Brandolini de son côté.
Le 27/12/2025 à 02h10
Sinon, c'est bien l'Elysée qui avait expliqué que la baffe de Macron par sa femme, c'était de l'IA et une manipulation russe. Puis l'Associated Press a montré ses images, et alors là, forcément c'est pas les Russes donc c'est la vérité, changement de version, mais si ça n'avait été que RT, on serait resté sur le premier mensonge (de la part d'un média qu'on a interdit et démantelé, je rappelle, pendant que les très bellicistes LCI peuvent interroger Poutine en Russie).
Modifié le 27/12/2025 à 16h05
Trump, c'est son moyen de communication. Si une preuve le dérange, c'est un trucage. À l'inverse, lui, n'hésite pas à truquer pour attaquer le camp adverse. Ça s'appelle mensonge, tromperie, tout ce que tu veux. Et il sait que ça marche sur sa base électorale qui ne s'intéresse pas aux faits ou à la réalité, juste à ce qu'ils ont envie d'entendre et de croire.
L'histoire avec la baffe, c'était pendant un déplacement. L'image est arrivée sur les réseaux sociaux, et le service comm de l’Élysée ne savait même pas que ça avait vraiment eu lieu. Ils auraient dû attendre d'avoir des infos avant de dire que c'était un montage. C'était une erreur.
Mais devant les faits ils se sont rétractés. Ils n'ont pas clamé que l'AP c'était des "mauvaises personnes wokes qui mentent et qui vont être traînées en justice" comme l'aurait fait Trump.
Tu la vois la différence ?
Le 28/12/2025 à 21h44
Le 22/12/2025 à 21h13
Le 22/12/2025 à 22h17
La première photos dans le tiroir à gauche il semble que ce soit trump bien entouré, la photo a été coupé de façon triangulaire sur la partie basse de trump
Le 23/12/2025 à 08h26
"I didn’t run. I didn’t scream. I didn’t kick him or try to stop him. I walked out of that building and passed the same doorman who had let me up as if nothing had happened.” No one will believe me."
En effet... Toujours difficile de savoir ce qui s'est réellement passé dans ce type de cadre mais ne même pas s'être défendu est quand même toujours le risque, derrière, de voir l'affaire se conclure comme nos rugbymen en Argentine qui, sans l'exploitation de la messagerie confirmant le témoignage du taxi ayant ramené la belle racontant ouvertement sa jouissive nuit à une copine au téléphone et ayant l'air bien heureuse, auraient été très très mal sur le témoignage individuel qui a suivi et pour une motivation mal éclaircie (pas une montagne de fric à se faire avec eux, contrairement à un Epstein).
Le 23/12/2025 à 12h34
Le 26/12/2025 à 15h13
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