Le « 141 core », symbole de la radicalisation écofasciste
Couchers de soleil et saluts nazis
Depuis plusieurs mois, le nombre « 141 » est brandi sur les réseaux sociaux – Instagram et TikTok en tête – comme symbole de défense de la nature. Une tendance largement récupérée par l’extrême droite qui, pour l'autrice Stephanie Lamy, charrie un mélange d’idéologies radicales parfois concurrentes, du néonazisme à la mouvance anti-tech.
Le 17 décembre 2025 à 14h01
10 min
Société numérique
Société
À chaque chiffre sa lettre de l’alphabet. A priori, rien de plus simple pour décoder ce que signifie «141» , un nombre présent ces derniers mois sur de nombreuses vidéos en ligne, Instagram et TikTok en tête. «1-4-1 » devient ainsi « a-d-a », abréviation d’anti-deforestation action (« action contre la déforestation »). Utilisé comme symbole de protection de la forêt et de la nature dans son ensemble, celui-ci accompagne des contenus à l’esthétique bien particulière.
Ici, un jeune homme se filme profitant d’une randonnée en montagne, comme seul au monde. Là, des paysages verdoyants se succèdent, entrecoupés de scènes de pollution environnementale. En fond sonore, les mêmes morceaux reviennent en boucle : des mélodies et remix foutraques tantôt survitaminés, tantôt mélancoliques et oppressants façon post-punk soviétique.
Diffusé largement grâce à la nature très consensuelle de son message, le phénomène a désormais un nom qui lui est propre : le 141 core. «Ce que l’on nomme esthétique ou core, ce sont des codes visuels récurrents qui forment un certain type d’imagerie, explique le vulgarisateur Wherldo, spécialisé dans les tendances du genre. On prend une base et on la décline, comme le chromecore qui reprend la texture du même nom pour en recouvrir le monde. Cela s’inscrit dans un contexte de surconsommation d’images induite par le fonctionnement des réseaux sociaux. »

Avec le 141 core, on a donc affaire à une iconographie bucolique, où la montagne et les forêts sont glorifiées. « Je pense que les gens cherchent une connexion avec la nature et ce, depuis la période du Covid-19 qui nous en a privé pendant un temps. » Difficile cependant d’en quantifier la viralité, certaines vidéos ne cumulant que quelques dizaines de vues, d’autres plusieurs centaines de milliers. Et si là encore il est compliqué de retracer son origine, sa popularisation semble liée au débat concernant le report de l’application du Règlement européen contre la déforestation et la dégradation des forêts (RDUE).
Mais au contraire d’autres tendances,«le 141 core se détache aujourd’hui d’une ligne purement esthétique pour prendre une dimension plus idéologique, observe Wherldo. De par son accessibilité, il participe à la popularisation d’idées nauséabondes comme le néonazisme. »
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Le « 141 core », symbole de la radicalisation écofasciste
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« Ces idéologies ne sont pas figées, elles sont évolutives »
Commentaires (28)
Le 17/12/2025 à 14h21
Le 17/12/2025 à 16h43
Autrement dit : les capacités cognitives humaines avec lesquelles ont né n'ont pas changé, mais l'environnement dans lequel on évolue semble forger de plus en plus d'extremistes.
A voir si c'est vraiment le cas, ou si je tombe moi-même dans le biais du grand méchant monde, mais les tendences éléctorales me font penser que ce n'est pas le cas :(
Le 17/12/2025 à 18h44
Le 17/12/2025 à 14h21
Le 17/12/2025 à 18h43
Le 18/12/2025 à 01h26
Le 18/12/2025 à 11h22
Le 17/12/2025 à 20h16
Le 17/12/2025 à 14h22
Le 17/12/2025 à 14h29
Le 17/12/2025 à 14h37
Le 17/12/2025 à 14h39
Ces gens ont le droit d'avoir leur opinion, ça me va tant que j'ai toujours le droit de ne pas aimer certaines technologies sans être catégorisé d'écologiste fou, ou que j'ai le droit d'aimer certaines technologies sans être anti environnement.
Modifié le 17/12/2025 à 15h31
L'autoritarisme /nazisme/ fascime dont se réclament ces types ne fonctionne que dans une société hypertechnologique, hypersurveillée. Ils peuvent prétendre ce qu'ils veulent, mais la fin c'est de l'espionnage généralisé, Palantir & co. S'il y en a de sincères dans cette volonté "low tech" (avec plein de pincettes) c'est pour retourner à une société féodale avec tout ce qu'on connait. (et l'antisémitisme revendiqué allume bien ce red flag là). Le retour en arrière n'est absolument pas le crédo du mouvement low tech.
Ce qui m'émerveille c'est la capacité extraordinaire à détourner des oeuvres de leur intention comme le dit l'article. Ils font ou on fait pareil avec les superhéros (Marvel, DC, etc...) présenté le courage, la force, le virilisme de ces trucs là alors que les auteurs disent bien que les arcs naratifs des superhéros ça parle que de l'acceptation des différence, de la transidentité, de tolérance, etc...
Au moins ils vont peut-être arrêter de martyriser Pepe the frog.
Le 17/12/2025 à 16h07
Peut être que la différence entre ces groupes c'est la volonté de la droite d'un retour à une société féodale low tech, là où la gauche voudrait une société démocratique low tech. Leur combat voué à l'échec reste le même dans le fond, s'opposer au progrès. Il reste néanmoins des revendications bonne à prendre et de la sagesse à prendre en compte, notamment sur le questionnement de notre société de gaspillage et de pollution.
Le 17/12/2025 à 18h49
- combustibles fossiles (la société thermo industrielle, mais peut être aussi sa fin)
- amiante (super pour l'isolation et contre le feu mais pas que)
- le nucléaire (plein d'électricité sans carbone, mais aussi les bombes qui nous mettent au bord de l'abîme)
Et il y a des inventions dont on peut difficilement dire qu'elles auront un impact réellement positif sur les sociétés mais dont on sait qu'elles ont un impact négatif (j'incline à penser que c'est par exemple le cas de l'IA gen).
Modifié le 17/12/2025 à 19h14
Modifié le 17/12/2025 à 23h03
Dans ton commentaire ci-dessous de 19h14 ça apparait aussi comme un universel à la fois indépassable et garanti, comme s'il n'était pas questionnable. Et bien non.
Le progrès n'est apparu que quand la croissance économique a (péniblement) dépassé le 1%/an. Les envolées de PIB de malade après 1945 et même nos poussifs 3% actuels ne sont que des aberrations qui ne tiendrons pas longtemps. (sans parler du fait que le PIB est un très mauvais indicateur de notre niveau de vie)
La science, elle, (quoi qu'en pense les doxa économiques libérales), dit qu'on va dans le mur et qu'il y aura un coup d'arrêt violent si la drogue énergétique n'est pas sevrée rapidement. Mur écologique, de ressources, social, climatique... Et la science n'en a pas grand chose à cirer de ce que les autres pensent, elle fait son taf et commence en avoir ras la casquette de pas être écoutée.
Je me revendique luddite dans cette idée que la techno moderne telle que promue et imposée par le capital nous envoie dans le mur (et donc faut s'y opposer). Mais je suis aussi baigné comme tout un chacun là-dedans...
J'aime la notion de Luddite Technophile (encore un super auteur qui mérite d'être lu). Et j'accepte d'être émerveillé par les techniques mais sans forcément les adopter. Par exemple les LLMs c'est impressionnant, mais c'est un monstre de dégâts collatéraux (environnementaux, sociaux, éducatifs, cognitifs, ...) et les tech-bros' d'OpenAI et consorts nous emmènent dans le mur aussi vite que possible. Donc c'est non.
Je me retrouve aussi pas mal dans la notion d'alternumérisme radicale.
Et grâce à Next et ses commentaires, je découvre la notion de Néo-luddisme donc merci :)
Le 18/12/2025 à 08h04
Son émission avec Johann Chapoutot sur l’accession des nazis au pouvoir en 1933 est hyper intéressante.
Le 18/12/2025 à 10h01
Oui ! J'ai commencé à regarder la série "Babylon Berlin" dont le cadre est la République de Weimar en 1928-1929 ... Et c'est captivant aussi. Mais du coup j'ai du mal à voir la différence avec l'actualité récente tellement on reproduit les mêmes schémas, compromissions, trahisons, etc...
Le 18/12/2025 à 11h06
Le 20/12/2025 à 12h38
"va forcément vers un arrêt", il faut simplement une économie basée sur l'épargne et le long terme plutôt qu'une économie basée sur la dette, la consommation et le court terme. Si le taux d'épargne demande un arrêt de la consommation drastique (et donc de la pollution) alors il y en aura un.
Le low tech selon ce que j'ai pu voir concerne la non utilisation des ordinateurs. La seule technologie réaliste est une technologie efficiente en terme d'utilisation d'énergie et de déchet, mais aucune technique low tech ne remplacera un ordinateur.
Le terme luddite technophile est un oxymore. Les luddites, neo luddites sont technophobes. Sinon ce n'en sont pas.
"Le capital" renvoi surtout à un concept économique et social, pas technologique. La technologie peut être un outil pour une certaine élite (notamment les infrastructures bancaires) mais ce concept ne peut pas être réduit aux technologies poussées, on parle surtout de l'allocation des richesses entre les gens normaux et les plus riches.
Vous devriez simplement ignorer les mauvaises technologies (énergie carbonée, logiciels propriétaires etc) et vous focaliser sur les bonnes. Pour le futur, beaucoup passe par le logiciel libre selon moi.
Le 20/12/2025 à 23h06
Non. Les technologies découlent de ce que le capital pense pouvoir se faire de thunes de la découverte scientifique. Dater la démarche scientifique de "nos origines" (aussi vague que soit ce terme) n'a pas de sens. S'il n'y a pas de massification possible pour le capital, alors la techno ne se développe pas. Et donc aussi merveilleuse que soit la découverte scientifique, elle ne sert à rien.
C'est ce que pensent, disent, écrivent, démontrent l'histoire et la sociologie. La science donc.
Je sais pas dans quels cercles ce genre "d'idée" se développe, mais ça faut doucement sourire. La consommation de masse est fondée sur le pétrole et l'extraction de ressources, ces 2 là vont finir. Invoquer une pseudo-science (l'économie) comme un possible recourt alors qu'il est à la source du problème n'est pas très sérieux. Une économie fondée sur l'épargne cramera tout le pétrole tout pareil.
(évidemment, si "il fallait simplement" et que personne ne le fait, c'est que 1) ce n'est peut-être pas si simple, et 2) c'est juste pas l'objectif du capitalisme d'être soutenable)
Non. Et au moins vous avez l'honnêteté de dire "à ce que j'ai pu voir". C'est cool.
Le mouvement low tech est bien plus vaste que ça, mais encor une fois, Wikipedia fait bien les choses.
Toujours pas. Je peux bien aimer, trouver fantastique une technologie et pourtant reconnaître le désastre qu'elle provoque. Les luddites d'origine (ceux qui cassaient des métiers à tisser) le faisaient non pas parce que la techno était mauvaise, mais parce qu'elle permettait aux donneurs d'ordre de fixer les prix et les méthodes, dépossédait l'artisan de sa liberté d'entreprendre, en d'autres terme, le rendait esclave de ses clients. Le luddisme est un acte politique de résistance et pas une haine aveugle.
Hors sujet. C'est pas son but. (sans même se poser la question de le remplacer, oui mais pour faire quoi d'utile ?)
Et pour être plus précis, avec l'effondrement des systèmes productifs actuels, on aura tellement à bosser pour notre subsistance qu'il est peu probable que des moyens de productions hyper spécialisés et interdépendants permettant de réaliser des ordinateurs reste possible. Il en restera probablement à très petite échelle pour des tâches spécifiques (comme il restera quelques avions, moteurs à essence, etc... pour des trucs niche comme le secours ou le maintient de l'ordre). A quoi serviront-ils est plutôt une question à poser à un.e auteur.ice de SF :) On parle de la génération de nos petits-enfants là.
Ah mais moi j'aimerais bien, d'ailleurs, y a des chances que je bifurque dans quelques années pour arrêter de nuire au monde. Mais le "vous" ici comme s'adressant à moi (en tout cas je l'ai pris comme ça) n'a pas de sens non plus. Chacun à l'échelle individuelle n'a qu'une influence infime sur "l'allocation de richesse" (allocation qui ne se fait pas "entre eux et nous" mais qui se fait vers eux et pour eux). L'enjeu est donc quelle forme de transition on va vivre. Un effondrement pur et désordonné façon Mad Max (qui ira de paire avec l'effondrement des écosystèmes et du climat). Une société dystopique façon Enki Bilal ou Cyberpunk 2077 ? Ou bien on réussit une révolution de dépossession du capital de prise de conscience des Communs ? ? Une utopie éco-féministe débarrassée du patriarcat ? Comme disait je-sais-plus-qui à la radio ... "nous vivons une époque formidable".
En tout cas le capital se focalise sur les mauvaises, sciemment, puisque ce sont celles qui assurent son bonus trimestriel tout en détruisant le monde habitable. On appelle notre époque le capitalocène, c'est pas pour rien.
Pour finir sur une note positive et sur le "libre" (au sens large) il y a en effet des assos/groupes/coopératives qui bossent sur le monde libre de demain et notamment la diffusion des savoir faire. Par exemple l'Atelier Paysan développe, (co-developpe avec les paysan.nes), produit, et enseigne à entretenir toute une gamme d'outils agricoles en s'appuyant sur les pratiques et problématiques locales. Et quand un plan est validé, il est diffusé avec liste de courses et instructions. C'est du libre à l'état pur, mais ça n'est pas un ordinateur. En ce sens-là nous sommes d'accord :)
Le 17/12/2025 à 15h12
Le 17/12/2025 à 15h29
Le 17/12/2025 à 18h40
Le 17/12/2025 à 18h50
Le 18/12/2025 à 00h20
Le 18/12/2025 à 03h23
ex l’Algiz, soleil noir, etc).
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