Sur Amazon, les écrivains face à l’IA générative
AI book club
En déployant sur Kindle deux fonctionnalités appuyées sur de l'IA générative, Amazon ouvre de nouveaux débats sur les effets de ces technologies sur les œuvres littéraires, alors que la gestion de l'entreprise des textes générés par IA est déjà critiquée.
Le 15 décembre 2025 à 16h56
6 min
IA et algorithmes
IA
De nouvelles fonctionnalités alimentées à l’intelligence artificielle sur Kindle ! Le 10 décembre, au milieu d’autres annonces, Amazon indiquait ajouter à sa gamme de liseuses une fonctionnalité pour rattraper votre retard sur ce qui a déjà été lu, et une autre dédiée à surligner certains passages et obtenir des réponses sur le récit, « sans divulgâchage ».
Respectivement nommées « Story So Far » (l’histoire jusqu’ici) et « Ask this Book » (Demandez à ce livre), ces outils seront rendus disponibles d’ici la fin de l’année aux États-Unis sur l’application iOS de Kindle, puis début 2026 sur tous les appareils et les applications adaptées à Android. L’évolution soulève de nouvelles questions sur les droits des autrices et auteurs, alors que la gestion des outils et applications d’intelligence artificielle génératives par la plateforme de Jeff Bezos sont déjà critiqués par de multiples autrices et auteurs.
Un chatbot obligatoire dans les ouvrages de langue anglaise
Avec l’« assistant de lecture » Ask this Book, Amazon propose dans les faits un robot conversationnel intégré aux livres lus. Interrogé sur la possibilité, pour les écrivains qui le souhaiteraient, de retirer leurs œuvres de celles permettant de recourir à la fonctionnalité Ask this Book, un porte-parole d’Amazon a répondu au média spécialisé Publishers Lunch : « Pour garantir la cohérence de l’expérience de lecture, cette fonctionnalité est toujours activée et les auteurs ou éditeurs n'ont pas la possibilité de désactiver certains titres ».
Auprès du média, divers éditeurs et agents littéraires indiquent n’avoir pas été informés du déploiement de la fonctionnalité par Amazon, et avancent le besoin de réaliser des audits « légaux et techniques » pour comprendre les implications du déploiement de ces outils sur des œuvres soumises aux droits d’auteur.
Le lancement de fonctionnalités présentées uniquement d’un point de vue technique, malgré leurs potentielles retombées en termes de droits d’auteur, a déjà eu lieu, rappelle Writer Beware. En 2009, pour le Kindle 2, l’entreprise déployait par exemple une fonctionnalité de lecture automatique, qu’un représentant de la société décrivait en ces termes : « Ce ne sont pas des audiobooks. Le text to speech n’est qu’un logiciel qui fonctionne sur les équipements et lit du contenu. » À l’époque, les critiques des ayants-droits avaient été telles qu’Amazon avait finalement accepté de rendre l’outil optionnel.
La gestion de l’IA générative par Amazon, un enjeu à part entière
Au fil des trois dernières années, plus particulièrement, l’intelligence artificielle générative a créé tout un jeu de nouvelles questions. À l’échelle de l’industrie, il y a celle du droit des auteurs et autrices dont les œuvres ont été utilisées pour entraîner les modèles eux-mêmes, bataille autour de laquelle une soixantaine de plaintes ont été déposées rien qu’aux États-Unis, et au moins une dizaine d’autres en Europe.
Vis-à-vis d’Amazon, en revanche, les débats liés à l’IA se jouent plutôt du côté de certaines fonctionnalités : sur la plateforme d’auto-édition du géant de l’e-commerce, Kindle Direct Publishing (KDP), l'entreprise a publié en novembre un outil de traduction automatique, Kindle Translate. Celui-ci est présenté comme la fonctionnalité qui permettra aux autrices et auteurs de langue anglaise de toucher un public hispanophone ou germanophone, et inversement. Une pierre de plus dans le jardin des professionnels de la traduction, dont les métiers sont particulièrement touchés par l’apparition des outils d’IA générative.
Surtout, l’essentiel des frictions se concentrait jusqu’ici sur le fonctionnement de sa place de marché et sur la manière dont les œuvres atteignent leur public. Dès le lancement d’outils d’IA générative facilement utilisables par le grand public, le nombre de livres écrits grâce à, voire entièrement par IA a explosé. Dans certains cas, ils sont venus peupler de nouvelles niches de publication, comme celle des livres sur l’utilisation de ChatGPT entièrement écrits par ChatGPT.
Dans d’autres, en revanche, le nom de vraies écrivaines, dont celui de Sam Blake, nom de plume de Vanessa Fox O’Loughlin, s’est retrouvé accolé à celui de productions que celle-ci qualifie de « Sam Fakes », de « faible qualité » et générés par IA. Présidente du syndicat états-unien Society of Authors (SoA), cette dernière appelle Amazon à améliorer ses protections contre les « contrefaçons », alors que ces « faux » livres ont été commercialisés grâce à son nom. Depuis, les faux livres de Sam Blake ont vu le nom de leur autrice modifié, mais Amazon ne les a pas supprimés de sa plateforme, selon The Bookseller.
En 2023, une autre autrice, Jane Friedman, avait dû se battre pour obtenir d’Amazon le retrait d’ouvrages qui n’avaient pas été écrits par elle. Près de trois ans après ces premières alertes, la plateforme de vente de livres reste décrite comme remplie d’ouvrages d’ « AI slop », c’est-à-dire de « bouillie d’IA », susceptibles de tromper les consommateurs, tout en privant autrices et auteurs d’une partie des revenus qui auraient pu leur échoir sans cette concurrence automatisée.
Sur les sujets les plus sensibles, notamment ceux liés à divers troubles comme ceux de l’attention, des auteurs en appellent à la responsabilité éthique de l’entreprise à ne pas permettre à des contenus de désinformation de rester en ligne. Mais le modèle d’affaires de l’entreprise est tel qu’elle tire profit de chaque vente, indépendamment du contenu concerné, ce qui lui donne peu d’intérêt à agir concrètement.
Sur Amazon, les écrivains face à l’IA générative
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Commentaires (12)
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Abonnez-vousLe 15/12/2025 à 17h23
Dans le même genre : Amazon qui privilégie des offres tierces délirantes comparées aux officielles, l'offre réelle se retrouve invisible.
C'est devenu un vrai tas de merde cette plateforme.
Le 16/12/2025 à 08h56
Le 15/12/2025 à 19h52
Je suis un lecteur assez irrégulier et plein de fois j’ai pas repris la lecture d’un bouquin simplement parce que je ne me souvenais plus de ce qu’il s’était passé.
Le 16/12/2025 à 02h30
Le 16/12/2025 à 08h40
On verra si James S.A. Corey a (ont) réussi l'exercice sur leur nouvelle saga. Je n'ai pas encore attaqué, c'est dans la PAL
Le 16/12/2025 à 15h49
Le 16/12/2025 à 15h56
Le 16/12/2025 à 12h08
Le 21/12/2025 à 11h53
Le 15/12/2025 à 19h54
Les auteurs et autrices n'ont aucun droits sur mes lunettes, mes lampes ou même mes marque-pages, mes post-It, mon surligneur ou crayon de papier.
Encore une fois, le droit d'auteur, surtout aux USA (où le droit moral n'est pas reconnu) n'apporte aucun droit aux auteurs sur des outils d'une liseuse.
Dès qu'on parle d'IA, les autrices et auteurs paniquent sans comprendre. Ces outils vont résumer ou répondre à des questions sur le texte chargé dans la liseuse. Il ne s'agit pas ici d'apprentissage où la question du droit d'auteur peut se poser (cela n'a pas été tranché pour le moment aux USA et il n'y a aucune jurisprudence sur le sujet qui reste ouvert).
Le 16/12/2025 à 02h35
Mais légalement, Amazon ne fait probablement pas un résumé à la demande mais un pré-traitement des livres populaires pour une exécution plus rapide, ça voudrait dire qu'ils alimentent un modèle qu'ils stockent sur leur serveur en attendant juste la page jusqu'à laquelle il faut résumer. Non ?
Enfin bon, de toute façon Amazon ne respecte plus les auteurs et éditeurs, cf le reportage d’Arte sur Bezos. En cette période de Noël comme pour les livres, privilégiez les alternatives. Mes Kobo sont top je trouve moi!
Modifié le 16/12/2025 à 08h45
Sur ce point, j'ai des doutes que ce soit borderline avec le droit d'auteur. Le synopsis est un document éditorial du livre, il n'est pas destiné au public mais aux éditeurs à la base, mais en réécrire ne contrefait pas l'original à mon sens.
Toutefois, sur le Wikipedia anglophone, les oeuvres sont résumées en tant que synopsis tandis que sur la version française on se contente surtout d'un texte proche d'une quatrième de couverture. Je suppose que c'est pour se conformer à l'exception de citation du droit d'auteur en France tandis qu'au USA ça peut rentrer dans le fair use.
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