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L’IA (générative) n’a pas supprimé les tâches subalternes dans les rédactions

AI journalism

L’IA (générative) n’a pas supprimé les tâches subalternes dans les rédactions

Le Reuters Institute publie un sondage mené auprès de journalistes britanniques entre aout et novembre 2024. Alors que promesse leur avait été faite que les tâches subalternes seraient minimisées grâce à l'IA, le constat est tout autre.

Le 04 décembre 2025 à 10h23

Le Reuters Institute for the Study of Journalism a conduit un sondage auprès de 1 004 journalistes britanniques entre aout et novembre 2024. Le think tank a publié la semaine dernière son analyse. Si les réponses datent déjà un peu dans un univers du numérique qui évolue très rapidement, on peut néanmoins y piocher quelques éléments intéressants quant à l'usage de l'IA dans les rédactions suite à la diffusion des LLM dans nos vies professionnelles.

Une adoption massive

On se rend compte, avec ce sondage, que les journalistes ont massivement adopté des outils intégrant l'IA puisque plus de la moitié (56 %) d'entre eux les utilisaient l'année dernière au moins de façon hebdomadaire et 27 % au quotidien :

Transcription, traduction et vérification grammaticales en tâches sous-traitées à l'IA générative

Quand on entre dans les détails des tâches effectuées avec l'aide de l'IA dans les rédactions, le Reuters Institute explique que les « trois utilisations les plus fréquentes concernent ce que l'on pourrait appeler le traitement du langage, en particulier la transcription/le sous-titrage (49 % utilisent l'IA pour cette tâche au moins une fois par mois), la traduction (33 %) et la vérification grammaticale/la relecture (30 %) ».

Quand on s'intéresse aux tâches des journalistes qui utilisent quotidiennement l'IA, celle qui revient en premier est la vérification grammaticale/la relecture (14 %), puis viennent la transcription/le sous-titrage (8 %), la traduction (5 %) puis à 4 % la recherche de sujets, le résumé d'infos et la génération d'une partie de l'article (le titre, par exemple).

L'IA générative n'efface pas les tâches subalternes

Mais ce qui est marquant, c'est que les journalistes qui utilisent l'IA de façon quotidienne sont ceux qui se plaignent le plus de travailler trop fréquemment sur des tâches subalternes. Cette classification est laissée à l’appréciation de chaque journaliste, il n’y a pas de définition précise.

Ainsi, 59 % des journalistes qui utilisent l'IA au quotidien et la moitié de ceux qui l'utilisent au moins une fois par mois trouvent qu'ils ont trop de tâches subalternes à accomplir alors que 37 % des journalistes britanniques qui n'utilisent jamais l'IA s'en plaignent :

Le Reuters Institute fait plusieurs hypothèses pour expliquer ces résultats. Avec l'IA, de nouvelles tâches subalternes seraient nécessaires comme le nettoyage des données, la création de prompts ou la vérification de ce qui a été généré. Une autre explication pourrait être que ce sont les journalistes qui estimaient avoir déjà trop de tâches subalternes qui utilisent l'IA pour s'en débarrasser.

Globalement, en 2024, les journalistes britanniques voyaient en l'IA générative plutôt une menace pour le journalisme (à 62 %) alors qu'une petite minorité de 15 % estimait que cette technologie était une vraie opportunité.

« Bien sûr, il est possible de considérer l'IA à la fois comme une menace importante ou très importante et comme une opportunité importante ou très importante, et c'est effectivement l'avis de 5 % des journalistes britanniques », remarque le Reuters Institute, « il convient également de noter que 29 % des journalistes britanniques ne considèrent l'IA ni comme une menace importante ni comme une opportunité importante ».

Quand le Reuters Institute leur a demandé quelles étaient les potentielles conséquences éthiques de l'utilisation de l'IA, ce qui arrive en premier est l'impact négatif sur la confiance du public dans le journalisme, suivi rapidement du manque de précision que ça pourrait engendrer ainsi que du manque d'originalité.

Concernant l'utilisation de l'IA à travers le genre et l'âge, on ne voit pas une différence si importante que ça. En effet, si l'utilisation de l'IA est un peu plus élevée chez les journalistes hommes, au final, les proportions d'utilisation sont proches entre les genres. Et si les jeunes journalistes de moins de 30 ans utilisent plus l'IA au quotidien, la différence entre générations n'est pas marquée :

Commentaires (17)

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Normal, l'IA ne gère pas la RFC 2324 ou sa variante la RFC 7168 plus adaptée à la Grande Bretagne.
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j’adore le sérieux apparent de ces RFC
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En parlant de rédactions, je suis tombé des nues, je suspecte Reporterre d'y avoir cédé, alors que je pensais leur ligne éditoriale à 1000 lieues de ça...
L'utilisation de "—" m'a fortement mis la puce à l'oreille... : https://reporterre.net/Je-ne-vois-pas-comment-il-pourrait-survivre-le-ganga-cata-menace-par-une-ligne-a-tres-haute-tension

Après l'utilisation est peut-être très mesurée, d'autant qu'ils ont beaucoup de mal à survivre économiquement... Mais j'aurais apprécié un peu de transparence si c'est le cas.
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depuis quand les médias sont transparents ? :D
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L'article ne me semble aucunement généré par IA : la journaliste a été sur le terrain (cf les photos), recueilli des interviews, et je n'y vois aucune des incohérences ni des marqueurs caractéristiques des contenus GenAI que je traque depuis des mois.

Accessoirement, ça fait des années qu'il nous arrive aussi à Next d'utiliser des "—" ;~)

Sinon, j'avais aussi consacré un article entier à ce type de faux positifs, FYI : Faux positifs : comment reconnaître les contenus identifiés, à tort, comme générés par IA.
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Exactement ce que répondrait une IA.

:troll:
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Les outils de typographie corrects corrigent également les "tirets" en tiret cadratin ou semi cadratin.

Car sinon, je dois être un bot car je les utilise depuis très longtemps :D
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J'ai déjà vu ça, que certaines personnes "détectent" l'usage de l'IA à partir de l'utilisation des incises entre tirets cadratins. J'ai bien peur que certains de mes écrits vont être considérés -- à tort -- comme écrits par une IA. J'ai vu comme autre critère l'utilisation du point-virgule ; là encore, je vais être suspect. J'aime bien ces formes un peu désuètes.

Dans cet article, je vois deux occurrences en tout et pour tout. Ça ne me semble pas démesuré.
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L'utilisation de "—" m'a fortement mis la puce à l'oreille...
Foutez la paix aux cadratins et demi-cadratins, terroristes de la typographie !

Accessoirement, sur le clavier Mac, ces symboles sont accessibles en direct.
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Et sur word, le tiret simple “-“ est automatiquement remplacé par un tiret long pendant qu’on tape — et ce depuis belle lurette.
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Quand on voit que des sites fait via IA obtienne le statut de presse en ligne ...
Article au sujet de Var Actu
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Il y a de bonnes raisons à cela :
Pourquoi, dans ce contexte, la commission a-t-elle accordé cet agrément à Var Actu ? Selon une source interne à la CPPAP, qui a souhaité garder l’anonymat, les membres de l’instance nourrissent eux-mêmes de sérieux doutes sur les méthodes du site mais souhaitent disposer de preuves irréfutables avant de se prononcer. La commission redoute qu’en cas de refus, les administrateurs de Var Actu saisissent le Conseil d'État. Si la plus haute juridiction administrative leur donnait raison, d'autres sites reposant massivement sur l’IA pourraient invoquer cette jurisprudence.
Et je trouve que c'est plutôt malin.
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C'est une mesure défensive qui s'entend, mais je sais pas s'il faut s'en réjouir, dans la mesure où ça ouvre la porte à des demandes d'agrément émanant de tout un tas d'éditeurs aux pratiques hasardeuses...
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J'avais entendu ça sur France Info et c'est temporaire, d'où l'attribution pour 6 mois.

Mais je suis d'accord avec toi, que c'est à surveiller.

Je viens de vérifier, le site est déclenche votre extension. Il n'y a plus qu'à donner vos observations à la commission pour l'aider à prouver que le site ne mérite pas ce statut.
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Oui, il y a pas mal de piste indiquant qu'il y a de l'IA derrière... mais quel volume ?
Peut-être aussi qu'il y a de vraies personnes qui contrôle qu'il n'y a pas d'hallucination
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Jean-Marc avait démontré de façon incontestable l'existence de plagiats engendrés par l'utilisation d'IA non supervisée dans son article en début d'année, et on a de bonnes raisons de penser que l'enquête a été portée à la connaissance de la Commission. Cela dit, l'éditrice de Var Actu a sans doute fait valoir que, depuis, le ménage avait été fait, et que promis, maintenant tout le monde travaille proprement...

edit : next.ink Next
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Le biais étant que les journalistes interrogés sont des journalistes... humains.
Donc des gens qui font un travail que l'IA ne sait pas totalement faire (pour l'instant).

L’IA (générative) n’a pas supprimé les tâches subalternes dans les rédactions

  • Une adoption massive

  • Transcription, traduction et vérification grammaticales en tâches sous-traitées à l'IA générative

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