OpCore et EDF négocient un datacenter à 4 milliards d’euros en Seine-et-Marne
Charbons ardents
OpCore, la coentreprise réunissant le Groupe iliad et des fonds gérés par InfraVia Capital Partners, devrait pouvoir exploiter l'un des sites industriels d'EDF pour développer un datacenter représentant une puissance électrique de plusieurs centaines de MW. Le site retenu est l'ancienne centrale charbon EDF de Montereau-Vallée-de-la-Seine.
Le 18 novembre à 17h27
4 min
Économie
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EDF et OpCore ont annoncé lundi leur entrée en négociations préalable à l'implantation d'un datacenter de grande capacité sur l'un des sites industriels proposés clés en main par l'énergéticien. C'est l'ancienne centrale charbon dite de Montereau en Seine-et-Marne qui a été retenue pour ce qui s'annonce comme un complexe de grande envergure. Le site se situe en réalité à cheval sur les communes de Vernou-La-Celle-sur-Seine et La Grande Paroisse.
Les deux partenaires évoquent une infrastructure équivalente à « plusieurs centaines de mégawatts » de puissance électrique, avec une enveloppe globale dont le montant se situerait, pour OpCore, aux alentours de 4 milliards d'euros.
OpCore (anciennement Scaleway Datacenter) est pour mémoire depuis le printemps une coentreprise entre le groupe iliad (maison mère de l'opérateur Free) et le fonds d'infrastructure français InfraVia.
Jusqu'à 700 MW sur 20 hectares
Dans leur communiqué d'annonce conjoint, diffusé le jour d'un événement dédié à l'investissement en France organisé par l’Élysée (Choose France, mais dans une édition destinée aux acteurs français), les deux partenaires restent volontairement évasifs sur les chiffres. La mèche avait cependant été vendue fin juillet par James Chéron, le maire de Montereau-Fault-Yonne, qui précisait alors que le projet correspondait à une puissance électrique maximale de 700 MW, et à une surface au sol d'environ 20 hectares.
Présenté comme « l’un des centres de calcul les plus importants d’Europe », le projet « constituera un atout majeur pour soutenir l’émergence d’une filière française et européenne d’excellence dans l’intelligence artificielle, et renforcera la souveraineté numérique du continent », vantent les deux partenaires. La finalité précise et les modalités de commercialisation des ressources informatiques mises en œuvre ne sont pas évoquées à ce stade, ce qui n'empêche pas EDF et OpCore d'affirmer que ce datacenter « permettra de créer plusieurs centaines d’emplois locaux, directs et indirects ».
« L’investissement se compte en milliards d’euros et notre vallée de la Seine peut être fière de la mise en œuvre de cette formidable ambition, qui participera à la constitution et au renforcement d’un cluster avec notamment le centre de recherche des Renardières et le Campus Énergie Durable », se réjouissait quant à lui le maire de Montereau.
Un projet vertueux ?
L'annonce par voie de communiqué a été doublée d'une conférence de presse organisée sur le site, pendant laquelle les porteurs de projet ont défendu son caractère vertueux. D'après Jean-Louis Thiériot, député de Seine-et-Marne, la construction du datacenter n'engendrerait aucune artificialisation des sols, puisque les bâtiments seraient construits sur l'emprise de l'ancienne centrale à charbon.
Les porteurs de projet auraient par ailleurs évoqué un refroidissement en circuit fermé, sans prélèvements d’eau extérieure, une réutilisation de la chaleur fatale via des usages locaux, et une utilisation d'électricité décarbonée. « C’est maintenant aux communautés de communes, en charge de l’activité économique, de faire croître un écosystème favorable avec les entreprises du secteur », veut croire le député. Les activités économiques les plus proches du site sont pour l'instant un fournisseur de granulats et un site de stockage de grains.

La mise en service de ce datacenter serait programmée à partir de 2027 avec, sans doute, un déploiement par tranches. Outre le soutien d'EDF, le site bénéficie en effet du dispositif de raccordement fast track, voulu par le Gouvernement et approuvé en mai dernier par la Commission de régulation de l'énergie (CRE), qui permet « de demander un raccordement accéléré et sans limitation à la capacité du réseau ».
Le site de Montereau, qui accueille aujourd'hui deux turbines à combustion alimentées par du gaz, est raccordé « au réseau électrique national au travers du poste du Chesnoy (400 kV/225 kV/63 kV) », indique Wikipédia.
Le datacenter d'OpCore sera ainsi situé à une trentaine de kilomètres d'un autre projet très médiatisé et doté d'un budget dix fois plus important, le fameux Campus IA dont la concertation publique vient de s'achever autour de Fouju, toujours en Seine-et-Marne.
OpCore et EDF négocient un datacenter à 4 milliards d’euros en Seine-et-Marne
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Jusqu'à 700 MW sur 20 hectares
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Un projet vertueux ?
Commentaires (14)
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Abonnez-vousModifié le 18/11/2025 à 19h12
Reste à voir si c'est "dans le meilleur des cas" ou si c'est pour se mettre dans la poche les élus et les riverains ...
Par contre, gros avantage de prendre un ancien site d'EDF, parce que les lignes électriques doivent être toujours là.
Le 18/11/2025 à 19h50
Le 18/11/2025 à 22h47
Reste à voir le besoin réel ou si c'est là-aussi une course en avant.
Car le progrès pour le progrès... ça n'a aucun sens et on en paie ensuite le prix fort...
Modifié le 19/11/2025 à 06h22
Pour vous donner une idée les plus gros réseaux de chaleur de la région parisienne ne dépassent pas 20MW.
S’ils en récupèrent 1 en local c’est déjà un miracle.
(L’équation économique et physique de la récupération de chaleur est très ténue sur un DC, la distance parcourable par un réseau est limitée, et la plage de température est faible en sortie même sur du HPC, ce qui nécessite quasi systématiquement des PAC de relevage, rendant les interêts économique et environnemental douteux).
Modifié le 19/11/2025 à 11h16
Outre le manque de rentabilité économique, j'imagine qu'obtenir les autorisations administratives pour les travaux serait pénible.
Modifié le 19/11/2025 à 13h31
Tu vas sortir à plusieurs centaines de degrés d'un réacteur, là où tu auras péniblement 50°C en sortie de DC, 60 ou 70 avec des PAC (qui consomment de l'énergie en plus).
Tu vas devoir avoir des sections de transport 5 fois plus capacitives pour le DC à énergie équivalente transportée (ce qui est inimaginable), mais en plus tu auras perdu le potentiel de chaleur sur une distance beaucoup plus courte à cause des pertes inhérentes au transport.
Modifié le 19/11/2025 à 12h30
Avec de l'air à 50°C, il doit quand même être possible de réemployer cet air chaud en proximité sans avoir besoin de PAC ou autre, un peu sur le principe des VMC double flux.
Le 19/11/2025 à 13h06
y'a un bout de réseau de chaleur urbain à Montereau (https://france-chaleur-urbaine.beta.gouv.fr/reseaux/7715C) qui pourrait sans doute constituer un débouché
Modifié le 19/11/2025 à 13h44
Cela dit, au vu du mix de production utilisé sur le réseau (combustion only), c'est très probablement de la HT ou de la THT (je n'ai pas trouvé l'info).
Il faudrait dans ce cas une PAC ou une cascade de PAC pour pouvoir espérer transférer de la chaleur, ce qui réduira fortement le rendement économique du procédé (et donc son maintien dans le temps au delà de l'annonce initiale) - c'est pas si pire sur la partie environnement, il vaut toujours mieux de l'elec que du gaz par exemple question CO2.
Par contre, si la biomasse et l'UVE assurent déjà tous les besoins, c'est déjà de la chaleur fatale (le gaz semble très minoritaire avec 5% du mix donc c'est sans doute de l'appoint), ça diminue d'autant l'intérêt.
Sur ce réseau-là, si on applique le ratio de 5% de fossile à effacer, ça réduit la portion à fournir à 1MW (si on lisse sur l'année, c'est plus facile comme calcul).
Mon intuition initiale se confirme un peu, je n'allais pas avoir tort quand même :P
Bon edit à nouveau, recherche faite la part de biomasse n'est pas du rebus, mais une filière de production dédiée. Donc c'est toujours cool d'effacer du CO2, mais les réserves sur la température du réseau demeurent.
Modifié le 20/11/2025 à 10h59
Si on calcule les livraisons en 2023 sur une base de 6 mois, avec 30GWh ça fait 7MW effectifs de consommés en permanence sur le réseau. Le mix biomasse et gaz c'est 40%, ça fait donc 3MW à effacer at best en détruisant l'incinérateur de biomass et et la filière locale construite à grands frais.
Si on lisse sur l'année (conso constante du DC), ça fait 1,5MW, sur 700MW annoncés.
Le 19/11/2025 à 13h14
Déjà, il faut créer le réseau de chaleur local s'il n'existe pas encore dans une zone qui a toutes les chances de ne pas être très dense, donc avec un coût initial élevé, ensuite, à 50°C en eau (et pas en air) on est en basse température pour du chauffage, il faut des constructions avec du chauffage au sol (ce qui est très rare sur du bâti existant), ce n'est pas assez chaud pour se raccorder sur des circuits de chauffage conventionnels. Ce n'est pas non plus assez chaud pour faire de l'eau chaude sanitaire.
Enfin, je pense que le potentiel de récupération local ne peut décemment pas dépasser 1MW en poussant tous les curseurs à fond (tout le monde a du chauffage au sol, et tout le monde est raccordé).
Mettre en perspective l’installation d'un DC de 700MW avec la potentielle hypothétique récupération d'1MW - genre tkt frère izok - j'ai du mal avec l'honnêteté intellectuelle du procédé, autant ne rien dire du tout.
Modifié le 19/11/2025 à 15h25
Modifié le 19/11/2025 à 17h32
Mettons que tu aies un delta T de 20 degrés avec ton circuit de retour, la vitesse du fluide dans le réseau de 2m/s, et ta tranche de 1GW, ça te fait une conduite de 6m de diamètre (!).
Et sans compter le tuyau capable de supporter cette masse, l'isolant, et la complexité de pousser une telle quantité d'eau sur de telles distances.
A 140°C et 120°C de delta T, ça nous amène quand même à 1,13 m de diamètre, c'est pas des petits bestiaux les pompes afférentes à 2m/s. Mais là tu peux l'utiliser partout par contre.
Et il faut mettre l'impact d'une telle install en perspective avec des installations individuelles qui sont de plus en plus efficaces en PAC, avec un impact environnemental qui ne me semble pas démesuré en comparaison, et que ça sert aussi au confort d'été. Ou de travailler sur l'isolation, sachant que la température monte, malheureusement, les hivers sont de moins en moins longs et rigoureux.
Mais c'est cool que les gens cherchent dans cette direction dans l'absolu (et toujours intéressant d'en discuter), c'est juste que pour avoir pas mal travaillé sur le sujet, je me suis rendu compte qu'il y a beaucoup de conditions pas simples à remplir pour récupérer réellement de la chaleur au cul d'un DC avec une équation économique et environnementale favorable.
Le 19/11/2025 à 10h04
Doctolib ne tombera plus en carafe.
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