Connexion Premium

La Commission européenne présente son « bouclier de la démocratie »

Democracy shield

La Commission européenne présente son « bouclier de la démocratie »

Face aux enjeux de manipulation de l’information et de désinformation, la Commission européenne présente un « bouclier de la démocratie ». Des ONG comme Reporters Sans Frontières appellent à aller plus loin.

Sauvegarder l’« intégrité de l’espace d’information », « renforcer nos institutions, des élections justes et libres, et des médias libres et indépendants » et « renforcer la résilience de la société et l’engagement des citoyens », tels sont les trois piliers du « bouclier de la démocratie » présenté ce 12 novembre par la Commission européenne.

Autonomiser des démocraties « fortes et résilientes »

En jeu : déployer une série de mesures pour « autonomiser, protéger et promouvoir des démocraties fortes et résilientes » dans un contexte de « pressions internes et externes » sur les démocraties. « Alors que la démocratie consiste à mêler différentes voix de la société et à trouver des solutions communes, des régimes autoritaires cherchent à créer et agrandir les divisions, instrumentaliser les conflits, discréditer les acteurs démocratiques, en particulier les médias libres et la société civile, tout en affaiblissant les élections libres et équitables. »

Citant directement la Russie parmi les acteurs de ce type d’ingérence accroissant la désinformation et manipulant l’information disponible dans le débat public, la Commission se penche aussi sur l’émergence de technologies comme l’intelligence artificielle, susceptible « d’affecter sévèrement l’espace démocratique, processus électoral compris ».

La percée surprise du candidat d’extrême droite Călin Georgescu, après une intense campagne menée sur TikTok, lors de l’élection présidentielle roumaine de 2024, ou encore les manipulations constatées en amont de l’élection moldave sont, de nouveau, citées comme exemples des effets de ces opérations.

Une « première étape », selon RSF

Divers outils législatifs préexistants, dont la directive NIS2 et le règlement cyber-résilience, transposés en septembre, le règlement sur la publicité politique, ou encore les règlements sur les services et les marchés numériques sont cités comme outils de cette défense démocratique.

En lien avec les récents textes sur les plateformes numériques, la Commission européenne créera un protocole dédié à la gestion de crises, notamment face aux « opérations d’information à grande échelle et potentiellement transnationales ». Ce mode d’action intégrera la gestion des menaces cyber, notamment celles visant la bonne tenue des processus électoraux.

Pour renforcer la société civile, la Commission annonce plusieurs mesures dédiées à développer l’éducation générale autour de « l’esprit critique, l’inclusivité, la liberté d’expression et l’engagement civique actif ». Elle prévoit notamment de muscler son soutien aux médias, notamment aux échelles locales et régionales, où les rédactions disparaissent. Et confirme le soutien financier au programme AgoraEU, doté de neuf milliards d’euros pour promouvoir les différents enjeux cités précédemment au sein de l’Union.

Dès le 10 novembre, Reporters Sans Frontières (RSF) et l’Union européen de radio-télévision (UER) indiquaient ne considérer ce programme que comme une « première étape », qu’ils souhaitent voir déboucher sur des propositions législatives.

Dans une lettre ouverte (.pdf), les deux organisations appellent les législateurs à préserver l’accès des Européens à « des sources d’information fiable », mesure qu’ils n’estiment possible que si l’Europe assure la mise en avant de médias d’intérêt général, oblige les plateformes numériques à accroître leur transparence – et à accentuer la visibilité de ces sources d’information fiable par rapport à celle des contenus de désinformation et de propagande –, et régule les services reposant sur de l’intelligence artificielle.

Trois ans après l’introduction de ChatGPT, leur production d’information continue en effet de présenter des problèmes – que ce soit en termes de faits (erreurs, « hallucinations ») ou de sources de l’information –, un enjeu inhérent à leur fonctionnement.

Commentaires (9)

votre avatar
TLDR; (je vous évite la lecture des 2 PDF, surtout le celui du "Democracy Shield" plein de verbiage technocratique, de platitudes politiques et d'acronymes)

L'Europe s'inquiète de voir les extrêmes arriver au pouvoir lors des élections, la faute à l'ingérence des pays ennemis de l'UE, aux réseaux sociaux qui exacerbent les colères, et aux influenceurs qui influencent les gens influençables. Du coup l'Europe va lutter contre la diffusion des "mauvaises" informations et favoriser la diffusion des "bonnes" informations.

Les ONG pensent qu'on devrait aller un plus loin en évaluant non pas la qualité des informations (le message), mais la qualité des "sources d'information" (le messager). L'objectif étant d'obliger les plateformes à booster la visibilité des "bonnes" sources d'information.
votre avatar
La bonne ou mauvaise information étant définie politiquement, ça commence à faire flipper à la 1984....
votre avatar
Bah, je me doute que la bonne information sera celle qui est pro-européenne. Je pense l'UE s'inquiète davantage d'une fragilisation de l'UE due aux positions anti-européennes des partis extrémistes que d'une fragilisation des libertés due à leurs thèses extrémistes claquées au sol.
votre avatar
L'UE s'inquiète surtout de l'influence de puissances étrangères hostiles sur l'opinion à travers des campagnes de propagande organisées.

Des partis plus ou moins euro sceptiques ont toujours existés, ça n'est pas vraiment le sujet.
Je serai curieux de savoir où tu vois qu'ils veulent juger ce qui est une bonne ou une mauvaise information sur la base du fait que cette information serait favorable à l'UE.

1984 c'est plus ou moins l'état actuel. Ouvrir un réseau social c'est être bombardé de propagande n'ayant le plus souvent rien d'organique.
On sait qu'au moins les US, la Russie la Chine et Israël visent les opinions européenes pour des raisons idéologiques et géopolitiques.

N'est ce pas le rôle des états et de l'UE de protéger les citoyens de ces prédateurs?

Ça fait penser aux cryptomonaies qui repassent par toutes les erreurs du passé pour redécouvrir la raison d'exister des régulations financières.
votre avatar
Je serai curieux de savoir où tu vois qu'ils veulent juger ce qui est une bonne ou une mauvaise information sur la base du fait que cette information serait favorable à l'UE.
Le titre du texte c'est "Democracy shield".
La première ligne du texte établit que la démocratie est la pierre angulaire de l'UE.

J'en déduis que défendre la démocratie c'est défendre l'UE.
Et réciproquement.
votre avatar
En effet, si le débat public est cornaqué par des puissances étrangères ça ne permet pas de débat démocratique sincère.

Cela n'indique en rien qu'ils veulent empêcher la diffusion d'informations critiques ou eurosceptiques.

Ils disent juste que ca fait partie de leur rôle de protéger la sincérité des débats démocratiques dans l'UE contre des acteurs étrangers hostiles, ce qui est le cas en effet.

Comme souvent avec l'UE, le problème ne sera pas qu'ils en font trop, mais au contraire qu'ils risquent de beaucoup parler pour pas beaucoup d'action concrète en fin de compte, alors que le problème est très réel, et sans action concrète aura des conséquences graves.
votre avatar
Cela n'indique en rien qu'ils veulent empêcher la diffusion d'informations critiques ou eurosceptiques.
Certes. Ils disent même le contraire:
The European Democracy Shield will contribute to strengthening our democracies and empowering Europeans to exercise their rights, to freely form and express their opinions, and to have agency and participate in the democratic life of the Union actively and safely.
Ca sera intéressant de voir si le "Democracy Shield" va être militarisé lors des élections locales/nationales pour combattre les partis extrêmes, quand bien même il n'y a pas ingérence d'une puissance étrangère.
votre avatar
Elle prévoit notamment de muscler son soutien aux médias, notamment aux échelles locales et régionales, où les rédactions disparaissent. Et confirme le soutien financier au programme AgoraEU, doté de neuf milliards d’euros pour promouvoir les différents enjeux cités précédemment au sein de l’Union.
C'est à dire ?
Financer des médias libres ? Ou donner le l'argent aux médias qui appartiennent aux milliardaires ?
votre avatar
Aucun problème pour la fabrication de toutes pièces de candidats européistes par les médias de masse, l'ingérence financière de l'UE dans les élections des pays à conquérir et de la guerre. Le totalitarisme européiste tente son coup de bluff, ce projet achevant la mort de toute démocratie (qui n'a pas existé à part en idée flottante mais qui s'éloigne à toute vitesse au fur et à mesure de la consolidation de la technocrature) fait une inversion orwellienne en s'érigeant "bouclier de la démocratie" alors qu'elle est l'épée de l'empire et que ce qu'on subit de la part de sa cible ne sont que des réactions logiques et, espérons-le (justement parce que la notion de "monde libre" n'est que relative au totalitarisme contre lequel on lutte), salvatrices.