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Est-ce une bonne idée de booster les outils d’imagerie médicale avec de l’IA ?

DTC.ai

Est-ce une bonne idée de booster les outils d’imagerie médicale avec de l’IA ?

Illustration : Flock

Depuis quelques années, les outils médicaux utilisés en endoscopie sont souvent boostés à l’IA. Celle-ci permet indubitablement d’augmenter, à court terme, la détection de patients à risque de cancers colorectaux. Mais une nouvelle étude montre qu’à l’utilisation de ces outils, les médecins, même très aguerris, perdent peu à peu leur propre compétence à les déceler sans IA.

Les techniques de détection d’images par l’IA ont permis une amélioration des détections par endoscopie digestive de patients à risque de cancers colorectaux. Mais est-ce que l’adoption de ces outils n’a pas été trop rapide ? Car il semble que les médecins qui les utilisent perdent l’habitude de les détecter. Mais après tout, si l’IA fait le job, les médecins ont-ils besoin de savoir détecter un polype qui signe ce genre de risque ?

L’endoscopie digestive est une technique médicale qui consiste, comme l’écrivent [PDF] les ingénieures biomédicales Pauline Miens, Cléa Vanlerberghe, Magali Carret, Sophie Deloingce et le médecin Thierry Ponchon, « à explorer la lumière du tube digestif par les orifices naturels ».

Un taux de détection qui augmente avec l’IA

« Le développement de l’IA [en endoscopie digestive] permet d’augmenter le taux de détection des adénomes (TDA), c’est-à-dire le pourcentage de coloscopies pour lesquelles au moins un adénome (tumeur bénigne qui se développe au niveau d’une glande) a été trouvé », continuent ces expertes et expert médicaux, en précisant que, « pour les patients à risques, ce TDA s’élève à 40 %. Lorsque le taux de détection des adénomes (TDA) augmente de 1 %, le risque de cancer colorectal baisse de 3 % ».

Lorsque leur article est publié, en 2023, quatre entreprises fournissaient ce genre d’outils : Medtronic, Fujifilm, Pentax et Olympus.

Ainsi, selon une étude de médecins hongkongais de l’hôpital New Territories West Cluster publiée en 2022, la machine d’Olympus, le ENDO-AID CADe, permet d’augmenter le taux de détections des polypes de 46 % sans IA à 64,7 % avec IA, et le taux de détection des adénomes de 37,4 % à 52,9 % :

C’est notamment sur cette étude qu’Olympus appuie sa communication [PDF] pour vanter les mérites de son matériel (les chercheurs hongkongais déclaraient ne pas avoir de conflit d’intérêt). Cette augmentation est assez importante pour que de nombreux professionnels soient tentés de l’adopter.

Une étude française un peu plus récente (2023) conclut aussi à une augmentation du taux de détection des adénomes avec cette machine boostée à l’IA, mais l’atténue fortement, puisqu’il passe de 33,7 % sans IA à 37,5 % avec l’IA. De quoi, quand même, motiver les équipes hospitalières à utiliser la machine.

Mais une baisse des capacités de détection du personnel médical

Mais une étude publiée la semaine dernière dans la revue Lancet Gastroenterology & Hepatology par des équipes polonaise et norvégienne montre que l’utilisation de ces outils boostés à l’IA baisse significativement les capacités du personnel médical à détecter lui-même ces signes de potentiels cancers.

Ces chercheurs ont étudié les pratiques de quatre centres d’endoscopie en Pologne. Entre le 8 septembre 2021 et le 9 mars 2022, ils ont comparé les taux de détection trois mois avant que ces centres s’équipent de ENDO-AID CADe et trois mois après. Ils ont constaté que le taux de détection des adénomes par le personnel médical avec du matériel standard (sans IA, donc) avait baissé de 28,4 % à 22,4 %. Une baisse de 6 points significative, selon eux, leur faisant affirmer que « l’exposition à l’IA pourrait avoir un impact négatif sur les critères d’évaluation pertinents pour les patients en médecine en général ».

Les auteurs de l’étude expliquent qu’ « il convient de noter que pendant la phase d’introduction de l’IA, les coloscopies concernaient davantage de patients masculins qu’après l’introduction de l’IA (38,0 % contre 45,4 %, p = 0,0046) et faisaient appel à une sédation plus importante (77,1 % contre 81,9 %, p = 0,024), deux facteurs qui augmentent généralement le taux de détection des adénomes (TDA) ».

Ils ajoutent : « Malgré la nature observationnelle de notre étude, qui la rend sensible aux biais de sélection et aux facteurs de confusion, nos résultats soulignent la nécessité de mener d’autres recherches de haute qualité dans le domaine de l’IA en gastro-entérologie et au-delà, compte tenu de l’adoption rapide de l’IA en médecine ».

Dans leur conclusion, ces chercheurs supposent « qu’une exposition continue à des systèmes d’aide à la décision tels que l’IA pourrait conduire à une tendance naturelle chez l’être humain à se fier excessivement à leurs recommandations, ce qui rendrait les cliniciens moins motivés, moins concentrés et moins responsables lorsqu’ils prennent des décisions cognitives sans l’aide de l’IA ».

Pour Yuichi Mori, l’un des auteurs interrogé par le Financial Times, leur étude remet en question les conclusions de celles comparant la coloscopie avec et sans assistance IA, car les personnels médicaux « ont pu être influencés négativement par une exposition continue à l’IA ».

Des faux positifs dérangeants pour l’analyse

On peut aussi lire dans l’étude des médecins hongkongais citée plus haut que « le système ENDO-AID est très sensible » et que « les faux positifs […] peuvent nécessiter un temps supplémentaire pour que les endoscopistes décident de la nécessité d’une biopsie tissulaire ». Ils ajoutaient qu’ « il est possible qu’une zone faussement positive entraîne une polypectomie inutile avec des événements indésirables évitables, bien que cela ne soit pas démontré dans cette étude ».

Le ENDO-AID propose deux présentations de l’image possible (mode « normal » ou « target »). Les médecins hongkongais faisaient remarquer que « de multiples faux positifs peuvent être gênants, car ils perturbent la vue endoscopique d’origine, en particulier en mode target. En mode normal, il est difficile pour les endoscopistes de se concentrer simultanément sur deux vues. Cela peut donc entraîner une baisse de l’efficacité de la coloscopie ».

Commentaires (15)

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Au fond c'est la même chose pour tout les utilisateurs d'IA, il ne faut pas prendre les résultats comme exacts mais comme le deuxième regard d'un collègue débutant. En tout cas pour les prochaines années, car au fur et à mesure le collègue va devenir moins débutant, je me demande quel sera le taux d'erreurs pour ce type de tache dans 3 à 5 ans.
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Exactement ! C'est un outil, pas un humain. 👍
Tout outil faisant progresser la médecine est bon à prendre, du moment qu'on continue de former des humains derrière, toujours aussi bien, et pour être assisté par ces outils.
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Je suis quand même perplexe d'une telle perte de compétences en seulement six mois.

Après, il y a des tas de choses qu'on ne sait plus faire sans un outil tiers, ce n'est donc qu'une demi surprise.
A ce que je sache, dans Koh Lanta ils galèrent à faire du feu alors que c'est un savoir-faire ancestral. Dans la médecine, il n'y a pas de raison pour que ce soit différent.

En revanche il va vraiment falloir que l'IA explique ses conclusions pour être contrôlée, sinon on va finir par arriver à des conclusions farfelues (ça a déjà été le cas sur des causes de cancer de mémoire).

Sinon, aucune idée de si ma dernière endoscopie était IA powered, je crois même pas que ce soit indiqué dans les documents légaux qu'on signe avant l'examen (quid du RGPD ?).
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Niveau RGPD, l'utilisation de l'IA ne veut pas dire que les données sont collectées pour améliorer le système.
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Ça reste un traitement de données personnelles permettant d'obtenir une donnée de santé, pas besoin d'entraîner le modèle ou pas.

Mais il me semble qu'il y a bien une partie sur le sujet dans les documents de consentements, mais ça doit être plus générique que ça.
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Niveau RGPD, cela veut surtout dire AIPD et information et consentement obligatoire.
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Mais une baisse des capacités de détection du personnel médical
C'est une tendance générale dès qu'on automatise ou qu'on outille un métier : on perd la compétence par manque de pratique.

Tout comme je rejoins la conclusion : avec l'habitude on a tendance à faire confiance à l'outil, donc la vigilance baisse.

Cela se remarque dans à peu près toutes les disciplines et n'est pas un phénomène nouveau.
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Même en pratiquant, si le taf est prémâché, alors l'humain a tendance à pas chercher plus loin par facilité.
De plus en plus rare sont les personnes qui veulent comprendre réellement ce qu'on leur demande de faire.

Quand je vois des devs qui sont pas foutu de faire et de contrôler leur taf par rapport à un cahier des charges précis, et d'autres expériences dans ma boite actuelle ou la précédente, et chez les fournisseurs, je me dis que c'est partout pareil.
L'humain est devenu de plus en plus flemmard.
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L'humain est devenu de plus en plus flemmard.
Je n'irai pas tirer cette conclusion, car je pense qu'elle est issue d'une vision idéalisée ou biaisée.

Dans mes vingt années de parcours pro, j'ai rencontré beaucoup de j'm'en foutistes et très peu de personnes qui se sentent réellement impliquées ou consciencieuses. Les perfectionnistes sont très rares. Sans oublier qu'il faut aussi observer les causes externes (l'environnement de travail) avant de tirer des conclusions sur des causes internes (le comportement de l'employé). C'est rarement l'un ou l'autre et surtout un mélange des deux.

Les gens se décarcassent quand ça vaut le coup. Quand il n'y a pas de reconnaissance ou de gain particulier derrière, la motivation s'effondre vite et on tombe dans l'abnégation (qui reste un trait loin d'être majoritaire, les gens qui se tuent à la tâche le font très rarement par envie).

Pour reprendre l'exemple du dev : est-ce qu'il néglige son travail par flemme ou est-ce que c'est aussi son environnement qui l'empêche de bien faire ? Si on lui demande juste de pisser du code et respecter la deadline irréaliste, il ne faut pas s'attendre à du travail bien fait.
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Je pense que tu t'es trompé de mot : au lieu d'"abnégation", ne voulais-tu pas utiliser "indifférence" ?

Les perfectionnistes ne peuvent pas réellement exister dans un capitaliste galopant, car leurs qualités sont des défauts pour ce système.
Prendre le temps de bien faire signifie être plus lent que quelqu'un d'autre pour faire "la même chose", tel que jugé par un regard non-perfectionniste, c'est à dire tes responsables.
Quand on t'explique que faire de la merde, c'est simplement créer du travail pour le suivant, tu as simplement envie de gerber, débrancher ton cerveau, et changer de sujet.

Cela dit, je suis d'accord avec la quasi-intégralité de ton précédent commentaire et celui-ci.

Les outils apportant la promesse de remplacer du travail sont non-seulement un mensonge, mais pire : un piège. Cela galvanise la propension d'un être humain à en faire le moins possible, ce qui est universel.
Ceux qui crachent sur les fainéants, les feignants, les flemmards… ceux-ci n'avoueront jamais secrètement jalouser ceux qui le font : j'ai l'impression que l'on ne déteste que ce en quoi on se reconnait, même partiellement.
Les chantres de l'activité sont les premiers à se prélasser dès qu'ils ont suffisamment de moyen pour se débarrasser du boulot et faire peser sa charge sur les autres. Ils appellent cela "déléguer" ou "gérer". Mouarf.

Il y a de la place dans l'humanité pour le perfectionnisme, mais pas dans notre monde dans lequel on a décidé que l'économie devait écraser les communs sociaux.

Quant à ceux qui continuent à prêcher les incantations technologistes ("ça ira mieux", "la technologie va se perfectionner") pour cacher le mensonge originel, celui que la technologie pourrait remplacer le savoir, ils sont les avocats d'un drame futur pas si lointain : l'humanité devenant collectivement, progressivement, de plus en plus débile.
Les machins génératifs appelés "intelligence" ont pourtant une faille centrale qui ne sera résorbable, par conception des modèles connus aujourd'hui : le fait qu'elles mentent éhontément, car elles doivent produire une réponse. On euphémise le problème par "hallucination", comme si cela était un accident, un problème ponctuel et/ou exceptionnel, alors qu'il est systémique.

Que les incompétents récupèrent les postes des autres, on pourrait se dire que ce n'est pas si grave quand on parle de choses peu importantes, et certainement pas critiques, comme la production informatique.
En revanche, quand on parle de la santé, la médecine, qui n'est pas une science exacte et dans laquelle on a choisi historiquement de largement correctement rémunérer les spécialistes pour encourager leur existence, l'arrivée de cette chose risque, sans garde-fou, de niveler par le bas la compétence, et en conséquence l'abaisser.
Et la santé, pour le coup, c'est notre propre existence, notre capacité à vivre correctement de plus en plus longtemps.
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Ne serait-ce pas plutôt dû à toutes les differentes tâches et pressions, plutôt que la flemmardise ? D'autant que je sache le bout de chair que l'on est, n'est pas conçu pour être un monstre de productivité.
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Oui, c'est d'ailleurs pour ça que la question dans le titre reste très ouverte.
Mais je note aussi qu'ici on n'est pas dans un remplacement de l'un par l'autre car l'outil est censé être de l'aide à la décision.

En biomédicale, c'est très souvent le cas lors de l'introduction d'automatisation, parce que justement, on laisse le corps médical maitre de ses décisions.

Mais si ses compétences baissent à cause de l'IA, ça pose problème dans la prise de décision justement.
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A écouter sur ce sujet :
https://frenchspin.fr/2025/08/special-tech-et-ia-dans-limagerie-medicale-rdv-tech/
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Le sous-titre :cap:
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Il paraît que pour la chirurgie de la main, l'I.A. a provoqué une épidémie d'amputation à tort de doigts présumés surnuméraires.