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Chez Arte, les revenus des traducteurs chutent à mesure que l’IA est adoptée

Le 24 mars à 09h49

Début février, chez Arte, des représentants du collectif de traducteurs et traductrices qui travaillent aux sous-titres de la chaîne franco-allemande étaient venus sonner l’alerte : depuis le début de l’année 2025, leurs revenus étaient en forte baisse.

Depuis plus d’une décennie, la chaîne recourt à leurs services pour adapter les magazines et documentaires vers l’anglais, l’espagnol, le polonais, l’italien et le roumain.

Sur place, les responsables du programme multilingue de la chaîne ne s’en sont pas cachés, rapporte Mediapart : ils sont très satisfaits des résultats de leurs expérimentations de traduction automatisée, menées à partir de mai 2023 et généralisées un an plus tard. À terme, le recours à l’intelligence artificielle devrait devenir « inéluctable ».

Illustration : Flock

Concrètement, cela leur permet de réduire de moitié la facture actuelle versée au prestataire d’Arte Transperfect. Pour un traducteur humain, cette facture s’élève à 10 euros la minute, dont 4 à 5 euros sont finalement reçus par le ou la traductrice. Pour ces derniers, en revanche, cela réduit la qualité du travail tout en réduisant les revenus.

Comme nous l’expliquait Margot Nguyen Béraud, membre du collectif En chair et en os, dans le dernier épisode d’Entre la chaise et le clavier, à l’ère de l’IA, le travail demandé aux professionnels de la traduction n’est plus de partir du texte initial pour l’adapter, mais d’une version « pré-mâchée » par le robot, qu’il s’agit ensuite de « post-éditer ».

L’effet sur les revenus est direct : quand bien même les principaux concernés estiment que ces post-éditions ne leur font pas tellement gagner de temps, Transperfect ne paye plus la minute que 2 ou 2,5 euros lorsqu’un système d’IA (ici, Claude d’Anthropic) est mobilisé.

Côté Arte, en revanche, l’économie permettrait de multiplier les traductions vers vingt-quatre langues à terme, et de mettre ces traductions à disposition en moins de 24 h pour les programmes d’actualité.
Pour les représentants de plusieurs syndicats et collectifs de traducteurs et traductrices, l’affaire est malheureusement « banale », le symptôme d’une tendance qui conduit de plus en plus de professionnels à quitter le métier.

Le public n’y gagne pas forcément, pointe la présidente de l’Association des traducteurs adaptateurs de l’audiovisuel (Ataa), avec des traductions médiocres dans lesquelles des marqueurs comme le tutoiement ou le vouvoiement sont mélangés, des mots intervertis, ou encore l’intégralité du texte retranscrite, alors que les experts du sous-titre tendent à proposer des élisions pour permettre au public de suivre.

Le 24 mars à 09h49

Commentaires (20)

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On en revient toujours au même point.
La solution : toujours avoir un humain pour vérifier le travail effectué par une "IA".
Mais ça nécessitera forcément moins de monde que s'il fallait faire le travail sans.

C'est comme ça pour tout, dans la recherche, dans le développement, dans la conception, la traduction, etc...
Et les entreprises qui seront 100% IA au détriment de l'humain se casseront la gueule comme des grandes, du fait des dettes techniques. Ces entreprises, en virant leurs salariés, même si la situation est difficile pour eux, leur rend service. Il peuvent partir chercher mieux ailleurs, ou autre chose.

Et les emplois créés pour le développement des IA et outils les utilisant, ne compenseront pas les pertes d'emplois affectant divers secteurs, il va falloir repenser le salariat face aux gains de productivité, notamment par une réelle répartition, pour que des gens puissent continuer de créer/travailler sur de nouvelles choses, que la population aura les moyens de se permettre.
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On en revient toujours au même point.
La solution : toujours avoir un humain pour vérifier le travail effectué par une "IA".
Mais ça nécessitera forcément moins de monde que s'il fallait faire le travail sans.
Ce n'est pas ce que dit l'article: les traducteurs travaillent quasi autant (mais sont payés 2* moins). Ou alors il faut accepter une baisse de qualité (ce qui n'a pas l'air de gêner Arte), sauf si à terme l'IA rattrape l'humain sur ce point.
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C'est presque le dernier chapitre le plus important : le ressenti client.
Je pense à un cas récent où le service client a été remplacé par un bot, et il m'a répondu à côté ; j'ai saqué la société lors de la demande d'avis TrustPilot (ou équivalent). Surtout que la société mettait en avant la qualité de son service client sur son site...
Là bizarrement, un vrai humain a été rapide à essayer de mitiger mon commentaire :D

Mais si aucun indicateur ne se dégrade, alors il sera difficile de justifier de payer plus cher...
Le seul hic, c'est que je ne sais pas si Arte évalue le degré de satisfaction des traductions.
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"Comme nous l’expliquait Margot Nguyen Béraud, membre du collectif En chair et en os, dans le dernier épisode d’Entre la chaise et le clavier, à l’ère de l’IA, le travail demandé aux professionnels de la traduction n’est plus de partir du texte initial pour l’adapter, mais d’une version « pré-mâchée » par le robot, qu’il s’agit ensuite de « post-éditer ».

Soit le traducteur reprend l'origine soit il fait ce qu'on lui demande boulot de merde.
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Que dire ? Le lien de subordination est établi par contrat entre l'employeur et le salarié par un contrat de travail.
Beaucoup de gens ont tendance à vite l'oublier, une activité salariée rémunérée doit correspondre à un besoin économique réel, en relation avec la consommation, et ce que fait/propose la concurrence en matière de biens/services/tarifs.
Le CDI est une illusion franco-française, une entreprise qui fait faillite et ferme, et le CDI s'envole.
Donc soit l'entreprise s'adapte, soit elle meurt, et ses emplois avec. Soit les salariés l'acceptent, soient ils partent voir ailleurs si l'herbe est plus verte, soit ils entreprennent et travaillent comme ils le souhaitent.

Mais on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre, il n'y a pas de grand méchant entrepreneur ou de fainéant de salarié par nature. C'est la loi de l'offre et de la demande, et une mise en concurrence des offrants que chacun accepte bon gré mal gré. Qui va refuser de travailler pour un salaire, ou accepter de porter une entreprise sans rémunération ? Qui va accepter de payer trois fois le prix normal un produit par défaut de concurrence ?
Si vous souhaitez un système alternatif, ce sont trois conditions à revoir pour faire société différemment, et à condition d'en convaincre d'autres.
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Ici, puisqu'il est question de tarifs à la minute ("Transperfect ne paye plus la minute que 2 ou 2,5 euros"), j'ai l'impression qu'il ne s'agit pas de salariés.
On aurait Arte qui sous-traite à une société, qui elle-même confierait les tâches à des traducteurs "indépendants".
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Je confirme, c'est une agence qui travaille avec des freelances. Et de mon expérience, les agences poussent encore plus fort que les clients vers la transition aux workflows avec IA. Ça permet de proposer aux clients des tarifs ras des pâquerettes en reportant tout sur les traducteurs, dont ils savent qu'ils vont cravacher tout autant qu'avant mais on pourra les payer deux fois moins parce que "t'as l'IA pour t'aider maintenant".
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Jolie mentalité
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C'est ça, et même pire que ça. Quand on te paye 50% (voire 60%) moins comme c'est le cas en post-édition, tu as principalement deux choix :


  • Soit corriger le plus gros, sauver les meubles, pour avoir un truc "pas terrible mais acceptable" et en gros ça va te prendre 70% du temps que t'aurait demandé une traduction originale. T'es quand-même pour 20-30% "de ta poche", à travailler gratuitement.

  • Soit reprendre depuis le début pour avoir une traduction qui sonne vraiment parfaitement naturelle et vivante, et en gros ça va te prendre 90%-110% que t'aurait pris le fait de commencer de zéro. Et là t'es quelque part entre 40% et 70% de ta poche, à travailler gratuitement.



Tu as une troisième option qui est "Bosser vraiment 50 à 60% moins", mais ça, ça consiste grosso-modo à survoler le texte au fur et à mesure, faire Entrée pour valider tous les segments sans jamais rien corriger, sauf si vraiment tu tombes sur une erreur tellement énorme que même un bachelier pourrait pas la laisser passer. Et un jour où l'autre tu finis par te faire engueuler pour la mauvaise qualité de ton travail car le client final s'est plaint.

Car ce que même les agences de traduction, qui sont pourtant censées être des professionnels du métier, n'arrivent pas à comprendre, c'est que même si tu es juste là pour "vérifier", il n'en reste pas moins que lire le texte dans la langue de départ, lire le texte dans la langue d'arrivée, faire la traduction dans sa tête, au moins approximativement, pour s'assurer que la proposition de l'IA est correcte, et valider... ben ça prend un temps incompressible, qui ne dépend pas de la qualité de l'IA.
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Ça ne risque pas d'améliorer la qualité de ce que diffuse cette chaine 😹
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alors que les experts du sous-titre tendent à proposer des élisions pour permettre au public de suivre.
Alors paradoxalement quand je regardes une VO anglaise avec des sous-titres français c'est ce qui m'exaspère le plus : on perd beaucoup de nuances quand le traducteur essaie de faire au plus court.
Par contre clairement là où le traducteur fait une grosse différence c'est dès qu'on attaque des jeux de mots, des références culturelles absconses ou des formulations censées faire remonter des sentiments / donner des indices au spectateur. Là l'IA est loin de faire le job, et ne le fera sans doute pas avant très longtemps.
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Alors paradoxalement quand je regardes une VOL anglaise avec des sous-titres français c'est ce qui m'exaspère le plus : on perd beaucoup de nuances quand le traducteur essaie de faire au plus court.
Le sous-titrage est un domaine qui a ses exigences : limitation en nombre de caractères (en moyenne entre 30 et 40 de ce que j'ai déjà vu), prendre en compte la vitesse moyenne de lectures d'un humain, et le temps d'affichage.

Typiquement, les fansubs avec des sous-titres de 3 lignes (sans parler des annotations pour expliquer du contexte), c'est n'importe quoi, car le but n'est pas de mettre en pause la vidéo pour lire et sortir le spectateur du film.

On retrouve les mêmes notions en typographie où il est recommandé de ne jamais dépasser les 70 caractères sur une colonne de lecture pour éviter la fatigue provoquée par le balayage oculaire.

Donc oui, les traducteurs se retrouvent obligés de faire des choix.

Même un sous-titrage malentendant se voit parfois obligé de tronquer. Je l'ai souvent remarqué dans la mesure où je regarde toujours les VO avec le sous-titrage dans la langue d'origine (ça m'aide à maintenir l'oreille).
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C'est un peu indispensable de raccourcir car le sous-titre doit s'adapter à la vitesse de lecture des spectateurs, et évidemment pas de celle des meilleurs lecteurs parmi les spectateurs, mais des lecteurs moyens, voire moyen-moins. Et derrière il faut encore leur laisser du temps pour lâcher le sous-titre et regarder l'image, parce que sinon autant leur proposer un livre.

Pour cette raison, les normes du sous-titrages, c'est maximum 2 lignes à la fois et 40 caractères par ligne (espaces comprises) grand maximum.

Mais il y a d'autres contraintes encore : caractères par seconde, ne pas être à cheval sur deux plans, laisser des images entre deux sous-titres (ce qui réduit le temps d'affichage de tes sous-titres et donc le nombre de caractères autorisés), et surtout, les sous-titres doivent éviter de couper en plein milieu d'un élément sémantique important : si tu dois couper une phrase en deux sous-titres, tu dois t'assurer de le faire à l'endroit où ça gène le moins possible la compréhension et éviter notamment que la première moitié induise en erreur. Par exemple, tu veux éviter d'avoir "C'est un sacré beau..." et juste après "... salaud." Donc tu peux avoir à faire sauter "sacré" pour pouvoir mettre ton "C'est un beau salaud." en une seule fois. Ou peut-être, si ton segment est déjà très long, que tu devras mettre "C'est un" sur ta première moitié et "sacré beau salaud" sur ta deuxième. Mais là ça te remplit trop ta deuxième moitié, tu as plus la place pour la suite, et donc tu vas devoir raccourcir.

Il faut voir aussi qu'en VOST, t'as une contrainte supplémentaire qui est que tu pars pas forcément de la même source : les traducteurs des sous-titres français ont reçu les sous-titres originaux, et pas les textes des doublages. Et les sous-titres originaux ont déjà subi ce qu'ils avaient à subir pour être accessibles (sans compter le fait qu'ils peuvent être basés sur le script original de l'auteur, sans les petits ajouts éventuellement improvisés par les comédiens).

Bref c'est un casse-tête infini, mais les raccourcis sont indispensables pour assurer l'accessibilité des sous-titres au plus grand nombre et les garder les moins intrusifs possibles.
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Et encore, imagine quand il faut traduire les blagues :)

J'étais tombé sur un reportage sur le traducteur de Deadpool. Le mec est un vrai artiste car le langage de Deadpool est vraiment spécifique à l'anglais. Traduire littéralement mot à mot n'aurait aucun sens puisqu'il y a des références historiques américaines et des jeux de mots intraduisibles.
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Je me rappelle à l'époque d'un "fail" justement chez Wakanim lors de la diffusion de l'animé Robotic Notes, corrigé après signalement.

Contexte : flashback où les personnages enfants assistaient au décollage d'une fusée de la JAXA, série avec pas mal de références geek et spatial. À un moment, la sœur du protagoniste l'encourage en lui disant qu'il doit "avoir le bon équipement" ou quelque chose du genre, alors que dans la VO elle disait en anglais "the right stuff" qui est une référence au film éponyme. Avantage du streaming, ils ont pu corriger l'épisode et mettre à la place "tu dois avoir l'étoffe des héros", qui est le titre français du film.

C'est un métier qui demande clairement une excellente culture générale dans les deux contextes : l'original et la destination. C'est triste de le voir aussi dévalorisé.
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Ha ben j'ai souvenir il y a une dizaine d'années d'un jeu pour lequel j'ai bossé sur la traduction, c'était bourré de refs ultra spécifiques, y avait des armes comme le "Don't taze me bow" (un arc électrique), une référence à cette affaire... à l'époque fort heureusement y avait pas d'IA pour prémâcher saloper le travail. Mais c'était sportif. Je me rappelle même plus pour quoi on avait opté au final.
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Pour une boîte, publique, financé par de l'argent publique, que j'ai toujours grandement respecté, justement, parce que l'humain est la base fondamentale de leurs émissions...
C'est lamentable et très triste.
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Malheureusement, une boite qui reste à l'air de l'artisanat quand tout le monde passe en mode industrielle, c'est une boite qui à de grande chance de mourir. Quelque soit le domaine.
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Mouais bof, Arte est quand-même depuis longtemps une chaîne assez particulière, peu en phase avec les usages majoritaires, et ils ne sont pas morts jusque-là.
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Malheureusement, une boite qui reste à l'air de l'artisanat quand tout le monde passe en mode industrielle
Ou une boîte qui reste à peaufiner ses produits quand tous les concurrents passent à la production de merde en masse ?