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ECC #6 : Ce que l’IA fait à la traduction avec En chair et en os

ECC #6 : Ce que l’IA fait à la traduction avec En chair et en os

Illustration : Flock

Dans le sixième épisode d’Entre la chaise et le clavier, Margot Nguyen Béraud, membre du collectif En chair et en os, décrit les effets concrets de l’expansion de l’intelligence artificielle sur les métiers de traduction.

OpenAI, Google et DeepL : la traduction est-elle en train de faire sa révolution ? Tel était le titre de l’un des articles de Next du début de l’année 2026 : si OpenAI avait développé une fonctionnalité nommée « traduire avec ChatGPT », des outils disponibles depuis bien plus longtemps, comme Google Translate ou l’allemand DeepL maintenaient leurs parts de marché.


Mais que signifie changer de langue grâce à des outils d’intelligence artificielle ? Est-ce que cela revient à produire des textes similaires à ce que feraient des professionnels de la traduction ? Surtout, qu’est-ce que la généralisation de ces outils fait à leur métier, à ces spécialistes du passage d’une langue à une autre ? Pour en discuter, Entre la chaise et le clavier a rencontré Margot Nguyen Béraud, traductrice de littérature latinoaméricaine et espagnole, membre du collectif En chair et en os.

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Crédits :

Entre la chaise et le clavier est un podcast de Mathilde Saliou produit par Next. Réalisation et mixage : Clarice Horn. Identité graphique : Flock.

Musique : « Please Rewind », Ava Low / « Open Road », Lennon Lutton / « Soar », Daniella 
Ljungsberg – Courtesy of Epidemic Sound

ECC #6 : Ce que l’IA fait à la traduction avec En chair et en os

Le podcast qui explore les enjeux du numérique – par Next.ink

Que signifie traduire des textes avec des outils d’intelligence artificielle ? Comment leur généralisation affecte-t-elle les métiers de la traduction ? Entre la chaise et le clavier en discute avec Margot Nguyen Béraud, traductrice de littérature latinoaméricaine et espagnole et membre du collectif En chair et en os.

Durée : 00:43:16

Publié le 18 mars à 17h37

Commentaires (6)

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C'est très intéressant car quasiment tout ce qu'elle dit est applicable à la plupart des métiers concurrencés par l'IA.

Par contre, je pense qu'il faut oublier la dimension créatrice (texte sans corps, sans épaisseur, sans amour) parce que c'est un argument qui peut se retrouver contre la critique. Il suffit de voir l'exercice fait par Benoit Raphael avec Le Tellier. Je doute (mais je serais ravi de voir une expérience qui montre le contraire) que les titres bien promptés issus de Suno soient détectables par la plupart des consommateurs de musiques de radios/tiktok/insta grand public. Ou du moins prendre ce problème autrement (pas de création sans pillage préalable des auteurs, aussi "médiocres" soient-ils).

Et, non, l'IA n'est pas fautive à 100% : il faut vraiment aborder le problème avec discernement sans quoi la critique ne sera pas valide.
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Je l'utilise dans le cadre de la traduction de l'émulateur PS3 et du jeu Segaga, et il faut reconnaître que ça prémâche bien le travail, surtout avec les contraintes techniques liées à la source (balises de formatage qui polluent, longueur maximale).

Bien-sûr, je ne prends jamais pour argent comptant ce que l'IA suggère, un travail de relecture et d'adaptation sont indispensables.
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Je partage votre conclusion, Mathilde: les questions de prolétarisation (Stiegler...) et de fragmentation sociale sont des enjeux politiques que beaucoup de discours simplistes (technophiles béats comme technophobes irrationnels) noient, volontairement ou non, dans un flux qu'on pourrait souvent croire généré par une IA.

Quant à savoir si le distinguo entre culture "légitime" et production culturelle de masse relève d'un préjugé de classe, c'est un débat intéressant mais ne s'égare-t-on pas en voulant donner un traducteur humain à une suite de phrases déjà souvent générées par IA ? À cet égard, il me semble avoir lu quelque part (probablement ici ou chez Hubert Guillaud ?) une analyse très critique de la fameuse "expérience Le Tellier": l'effet waouh que le texte produit par ChatGPT aurait eu sur le brillant oulipien ne dit pas grand chose au fond. Écrire un texte à contrainte en temps limité, c'est ce à quoi ses camarades des regrettés Papous dans la tête se sont amusés tous les dimanches pendant des années.

Cependant, toute la fin des propos de Margot Nguyen Béraud sur le site gouvernemental compar:IA est extrêmement contestable.

Sans nier la vocation utilitaire du projet, il faut vraiment ignorer délibérément tous les éléments d'information fournis par l'outil pour le réduire à un "versus.com" des LLM (ce qui serait passablement vain, me semble-t-il).


  • Réutilisation des données : la présentation du projet et les CGU sont claires sur la finalité et la restitution au public (donc aussi aux LLM, certes)

  • Biais et stéréotypes, variabilité des réponses, impact environnemental et, globalement, pertinence du recours à l'IA générative dans différents contextes ne sont pas dissimulés : cela fait partie des enjeux au fondement même de Compar:IA

  • l'aspect environnemental, tout particulièrement, est détaillé - dans les limites du possible compte tenu de l'opacité entretenue par les fournisseurs, mais c'est déjà très parlant de constater qu'une même requête simple consomme 164 mWh ou 1830 mWh selon le modèle (avec diverses équivalences imagées sur la base "Si tous les Français qui utilisent l’IA générative (48%) avaient eu cette discussion, cela représenterait...")



Enfin, la question "piège" posée (fournir la biographie du demandeur) est l'exercice préféré de Luc Julia pour démontrer que l'IA générative n'est pas un moteur de recherche. Certes. Nous sommes sur Next, inutile de s’appesantir, tout le monde sait de quoi il retourne.

Bref, amateur de littérature et infiniment respectueux du travail des traducteurs qui requiert une culture, une finesse et une sensibilité qui échappe aux générateurs de texte désincarnés et sans histoire, je crois tout de même que Mme Nguyen Béraud s'égare en mobilisant de bien mauvais arguments au service d'un juste combat . Il faut ajuster les coups, sans quoi ce ne sont que des moulinets qui ne chassent que les mouches.

Au plaisir d'entendre d'autres invités technocritiques : vos podcasts sont toujours intéressants :bravo:
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Pour donner mon avis personnel, j'étais déjà dubitatif à propos de la 5G depuis 2020 et j'ai les mêmes inquiétudes à propos de l'intelligence artificielle générative et l'IA conversationnelle : l'enjeu climatique et de réduction de l'exploitation des ressources naturelles (et des déchets DEEE) - l'empiètement sur d'autres usages numériques que j'estime plus nécessaires que de gagner du temps avec des outils d'IA.
Mais je crois maintenant de plus en plus probable que l'humanité réduira ses usages uniquement face au mur de l'épuisement des ressources. En attendant, je refuse d'utiliser la 5G et je teste les IA conversationnelles sans y voir grand intérêt même si je constate que l'utilisation est tellement aisée sans qu'on s'aperçoive des effets délétères sur l'environnement.