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Entre risques existentiels et pertes record, Anthropic avance vers la bourse

For whom the bell tolls

Entre risques existentiels et pertes record, Anthropic avance vers la bourse

Illustration : Flock

Consulté par Reuters, le prospectus destiné aux investisseurs d’Anthropic révèle que l’entreprise a bien intégré la notion de « risques existentiels » associés au développement de l’IA générative à sa communication financière. Il souligne dans le même temps que l’entreprise maintient une politique de dépenses massives, avec 518 milliards de dollars de dépenses programmées sur les prochaines années.

Anthropic avance encore sous les radars, mais les modalités de son introduction en bourse commencent à se préciser, avec un lancement désormais programmé aux alentours de novembre, probablement juste après les élections de mi-mandat aux États-Unis.

L’agence Reuters a en effet révélé lundi 28 septembre avoir eu accès au prospectus d’Anthropic, c’est-à-dire le document que présente l’entreprise à ses actionnaires potentiels dans le cadre de la tournée (roadshow) qui sert à recueillir l’engagement des investisseurs institutionnels.

Il faut encore attendre qu’Anthropic publie la version complète de son document d’enregistrement préalable (le formulaire S-1, déposé en juin dernier mais assorti d’une clause de confidentialité) pour pouvoir auditer avec précision ses comptes.

Le prospectus consulté par Reuters révèle néanmoins un certain nombre d’indicateurs financiers, à commencer par la capitalisation visée par Anthropic. L’entreprise, qui se valorisait 965 milliards de dollars en mai dernier à l’occasion de sa dernière levée de fonds, ambitionnerait d’atteindre les 2 000 milliards de dollars.

À l’appui de sa démarche, elle affirme que l’intelligence artificielle a le potentiel de transformer plus profondément l’économie que ne l’ont fait l’industrialisation, l’électricité ou Internet.

Chiffre d’affaires, croissance et dépenses

Reuters évoque des chiffres arrêtés à fin 2025, avec un chiffre d’affaires annuel de 4,6 milliards de dollars, multiplié par 12 en un an. D’après l’agence, Anthropic précise dans son prospectus qu’un quart de ce chiffre d’affaires est réalisé auprès de deux clients principaux (non identifiés). L’entreprise souligne par ailleurs que beaucoup de ses grands clients ne sont pas liés par des engagements de long terme, ce qui est présenté comme un facteur de risque concurrentiel.

Au 31 décembre 2025, Anthropic disposait par ailleurs de 20,28 milliards de dollars de réserve, répartis entre du cash et des placements à court terme.

Bien qu’en forte croissance, les revenus d’Anthropic sont loin de couvrir ses dépenses : le prospectus chiffre ainsi à 12,65 milliards de dollars les dépenses d’exploitation sur l’année 2025, dont environ 7,3 milliards de dollars consacrés au calcul et aux infrastructures informatiques, une somme trois fois supérieure à celle consacrée à ce poste en 2024.

La perte d’exploitation sur l’année se monterait de ce fait à environ 8 milliards de dollars. Anthropic comptabilise cependant une perte nette de 42 milliards de dollars sur l’année. Les 34 milliards de dollars manquants sont associés à une charge comptable qui reflète, selon Reuters, « une augmentation de la valeur estimée du financement qui pourrait éventuellement se transformer en actions Anthropic ».

Ces chiffres ne reflètent toutefois pas l’accélération d’Anthropic sur les six premiers mois de l’année 2026. D’après le Financial Times, Anthropic a récemment revendiqué un chiffre d’affaires de 11,5 milliards de dollars sur le deuxième trimestre, ce qui porterait son revenu annualisé, c’est-à-dire la projection de chiffre d’affaires annuel estimée à partir de ses revenus actuels, à 65 milliards de dollars, contre 47 milliards de dollars estimés à fin mai 2026.

Le prospectus révèle qu’en dépit de l’appel lancé par Dario Amodei à ralentir le développement des modèles de pointe, l’entreprise poursuit sa trajectoire d’investissements. Elle évoque ainsi une enveloppe pluriannuelle de 518 milliards de dollars en location ou achats d’infrastructures et dépenses de calcul, notamment chez SpaceXAI.

Risques existentiels non chiffrés

Dans une autre dépêche, Reuters détaille la façon dont Anthropic aborde, au sein de son prospectus, la question du « risque existentiel » que ferait peser l’intelligence artificielle sur l’humanité. Source d’un emballement médiatique sans précédent, cette question du risque occuperait 80 des 261 pages du document, alors qu’elle ne représentait que 38 des 277 pages du prospectus de SpaceX lors de sa propre introduction en bourse, remarque l’agence.

Anthropic y renouvelle l’idée de modèles capables d’acquérir une forme de compréhension des limites que l’homme essaie de leur imposer. « La prise de conscience potentielle des modèles quant à nos efforts d’évaluation constitue une limitation importante de notre capacité à évaluer la sécurité des modèles », écrit l’entreprise, dont le discours anthropomorphiste a récemment été dénoncé par le patron de l’IA chez Microsoft.

Le résumé fait par Reuters illustre une nouvelle fois l’ambiguïté du discours d’Anthropic, qui alerte sur les risques potentiels, mais continue à développer ses nouveaux modèles à un rythme effréné, comme en témoigne les sorties récentes d’Opus 5.5 puis de Sonnet 5.5.

Anthropic ne chiffre pas ce risque dans sa communication financière, mais renouvelle son engagement à publier davantage de données sur les incidents impliquant ses modèles et ses algorithmes d’auto-amélioration récursive. « Nous pensons que la construction de systèmes d’IA fiables, dignes de confiance et sécurisés est une responsabilité collective et que le marché la récompensera », déclare l’entreprise.

Une gouvernance protectrice

Une troisième dépêche illustre quant à elle la façon dont Anthropic prépare l’évolution de sa gouvernance, une fois son capital ouvert au public, notamment en raison de ces fameux risques.

Le sujet n’est pas anodin : l’introduction en bourse de SpaceX a par exemple révélé comment Elon Musk s’assurait de garder un contrôle quasi total sur les décisions stratégiques de son entreprise grâce à un système d’actions préférentielles.

Anthropic prévoit de son côté de créer un nouveau véhicule, « Founder LLC », qui réunirait les intérêts et les parts des sept fondateurs de l’entreprise, et disposerait d’actions à droits préférentiels garantissant 50,1 % des droits de vote sur les sujets de gouvernance. Cette majorité de contrôle pourrait selon le prospectus prendre des décisions qui entrent « en conflit avec les intérêts financiers et les performances commerciales à court, moyen ou long terme » au nom d’un objectif supérieur qualifié de « bien commun », quitte à pénaliser temporairement la valeur des actions ordinaires.

Commentaires (11)

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Anthropic qui a tout un discours sur "nous on fait la course à l'IA pour faire le bien, parce que si on la gagne on promet que notre objectif est de garantir une IA sûre et responsable, notre objectif c'est l'alignement et la sécurité", mais qui veut s'introduire en bourse.

Ils prouvent que leur discours c'est du flan. À partir du moment où ils entrent en bourse, ils savent qu'ils se retrouvent pieds et poings liés. L'alignement, la sûreté, tout ça, au mieux ça devient un moyen, mais ça cesse d'être une fin en soi. La seule fin qui existe en bourse c'est de maximiser la valeur de l'entreprise au bénéfice des actionnaires. Le reste, l'alignement et tout ça, c'est au mieux une quête secondaire, tant qu'elle gêne pas la quête principale.
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Mais quel rapport avec une introduction en bourse ?

Une entreprise est par définition une structure juridique dont le but premier est le profit, si ce n'est pas le cas alors il faut utiliser une autre structure.
Anthropic, comme tous les autres, est déjà tenue par des dizaines d'investisseurs privés en tout genre consécutivement aux levées de fonds. Une introduction en bourse ne changera rien à l'histoire.
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Plus ça va et plus je me dis qu'en fait, entrer en bourse (surtout quand on est déjà une grande entreprise comme Anthropic), c'est faire un pacte avec le diable.

On récupère peut-être des liquidités dans l'immédiat, mais c'est un saut dans l'inconnu car l'orientation de l'entreprise doit se plier à la volonté des actionnaires (sinon le PDG sera mis à la porte assez vite). Et comme les actionnaires veulent rentabiliser leur investissement, ça ne se finira souvent pas très bien... au moins pour les clients et les consommateurs, en tout cas dans un premier temps.
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Si tu avais lu l'article, tu aurais vu que les 7 fondateurs conservent 50.1% des droits de vote, donc l'entrée en bourse ne change strictement rien pour le pouvoir de décision dans l'entreprise.
Après, ça reste une entreprise dont le but est de faire de l'argent, hein, bourse ou pas bourse.
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C'est une vision super naïve. Oui techniquement les fondateurs gardent la majorité absolue (des droits de vote). En pratique, les chances que les 7 fondateurs prennent volontairement quelque décision que ce soit qui ait pour effet attendu de provoquer un effondrement de l'action en bourse sont indiscernables de zéro, surtout à ce niveau. Ils auront techniquement le droit de le faire, mais ils ne pourront pas se le permettre. D'autant que c'est pas 20% des actions qu'ils mettent en jeu, c'est 49,9%.

Tu me diras qu'il était déjà fort peu probable qu'ils prennent des mesures qui les empêche de compléter leurs nombreux tours de tables auprès d'investisseurs privés : mais c'est précisément mon point. Bien-sûr que le joli discours "c'est pour le bien commun" a toujours été du flan.

Sauf que tant qu'ils échangeaient de gré à gré, ils pouvaient encore faire semblant de choisir leurs investisseurs en fonction d'affinités idéologiques, de n'avoir à bord que des gens qui "croyaient" en la "mission". En pratique, il va de soi qu'ils ont surtout cherché à maximiser les tours de table, surtout vu les quantités de liquidités qu'ils réclamaient. Mais ils pouvaient faire semblant. Le principe de la bourse, c'est que tu perds le contrôle sur la liste des actionnaires, que les gens investissent quasi-exclusivement dans le but de maximiser un rendement, et qu'en tout état de cause tu n'as aucun moyen de te prémunir de ceux-ci. Ça détruit le peu de "déni plausible" qu'ils avaient en la matière.
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Même quand les dirigeants ont un comportement complètement erratique, ça ne fait pas effondrer le cours de bourse pour autant. Tu as entendu parler de Tesla ?
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D’après l’agence, Anthropic précise dans son prospectus qu’un quart de ce chiffre d’affaires est réalisé auprès de deux clients principaux (non identifiés).
Seulement deux clients qui représentent 1/4 du CA, avec les volumes délirants du secteur en ce moment, c'est une stratégie très risquée. Suffit que l'un d'eux décide de changer de crèmerie pour que la boite consolide son déficit et ça sera difficile de trouver une nouvelle vache à lait pour compenser.

L'analyse est intéressante et montre combien les entreprises de l'IA sont fragiles économiquement malgré les valorisations à 12 chiffres et plus. Elles sont encore très loin d'être rentables, et là on ne parle pas de quelques millions de pertes annuelles comme à l'époque où les géants du Web se sont instaurés.

Dans un sens, leur introduction en bourse est à double tranchant : l'obligation de transparence sur les comptes va forcément lever le voile sur leur gestion et leur rentabilité à terme.
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Les documents d'entrée en bourse, ça a toujours été composé pour moitié de récits délirants de science-fiction ou c'est que depuis cette année ?
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Pour l'entrée en bourse, il me semble pas que ce soit courant (je précise : une boîte qui annonce 4.6 G$ de CA pour 12.6 G$ de dépenses, avec un écart qui s'accroit d'année en année, et qui arrive à promettre que ce sera mieux l'année prochaine). Tu peux vendre des projections/estimations de croissance, mais le ratio CA/dépenses qui ne bouge pas avec une valeur absolue qui augmente, ça casse un peu l'argument.
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Ils savent donner envie d'investir 😀
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42G$ / an de pertes
soit 115 millions par jour
ou encore 4,8 millions chaque heure (une énorme villa luxueuse... chaque heure)
et donc 79 908$ la minute (une belle voiture luxueuse... chaque minute)
mais aussi 1331$/sec (un téléphone ultra pro... chaque seconde)
...
...
...
de perte d'argent !!!

le tout en cramant la planète, pour ne rien lui apporter !
:supervomi: