Meta échoue à modérer des publicités pédocriminelles représentant de vrais enfants
Metagression
Illustration :Flock
Le 14 septembre à 12h03
Alors même que l’entreprise s’apprêtait à affronter divers États américains au tribunal sur des questions de protection des mineurs, Meta a laissé des centaines de contenus pédocriminels, souvent générés par IA, être diffusés via ses réseaux publicitaires.
Meta échoue à modérer des publicités pédocriminelles représentant de vrais enfants
Metagression
Illustration :Flock
Alors même que l’entreprise s’apprêtait à affronter divers États américains au tribunal sur des questions de protection des mineurs, Meta a laissé des centaines de contenus pédocriminels, souvent générés par IA, être diffusés via ses réseaux publicitaires.
Droit
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7 min
Au fil des derniers mois, Meta a fait circuler au moins 350 publicités représentant des images pédocriminelles générées par IA. Concrètement, l’entreprise a échoué à modérer des contenus diffusés via ses systèmes publicitaires, représentant des images de mineurs autour desquelles des textes suggérant des actes illégaux étaient inscrits.
Dans un premier temps, les analystes de l’ONG Tech Transparency Project (TTP) ont détecté une cinquantaine de contenus, souvent liés à des applications de « nudification » par IA. Publiées entre novembre 2025 et août 2026, les publicités en question ne « cherchaient ni à cacher les images, ni à cacher ce qu’elles promouvaient », a souligné la directrice de TTP auprès de Wired.
Dans un second temps, malgré les promesses de Meta de « mieux détecter et bloquer » ce type de contenu, TTP a détecté un nombre croissant de contenus représentant des formes d’exploitation sexuelle de mineurs (Child sexual abuse material, CSAM). Dans plus de 250 publicités de ce type, l’ONG a réussi à identifier les portraits de vrais enfants, détournés à des fins pédocriminelles. L’une de ces images était issue du portrait officiel d’un enfant mineur d’une famille royale européenne.
Des images d’enfants détournées pour inviter à la pédocriminalité
Dans certains cas, ces images représentaient de jeunes filles allongées, jambes écartées, avec un texte signifiant « je peux t’en montrer plus ». Dans d’autres, montrant un enfant assis sur le sol, elles incitaient l’internaute à « réaliser [ses] fantasmes inavoués grâce à l’IA générative ». D’après les données de l’Ad library, la bibliothèque publicitaire de la société, la publication de ces contenus a spécifiquement visé des hommes – certains messages de promotion d’applications de nudification affirment d’ailleurs : « voici l’IA que les hommes utilisent vraiment ».
Ces contenus, qui contreviennent aux propres conditions d’utilisation de Meta, ont été publiés via son système publicitaire. « Cela signifie qu’elles ont été révisées et approuvées » par l’entreprise, qui a de son côté « collecté les dollars publicitaires », souligne TTP. Si toutes les publicités n’étaient pas actives pendant la durée de cette première analyse, l’essentiel était au minimum disponible dans l’Ad library.
Au total, ces contenus ont tout de même été montrés à plus de 29 000 comptes de divers pays de l’Union européenne, dont la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Irlande, les Pays-Bas, la Suède, l’Espagne, et à plus de 7 000 comptes du Royaume-Uni. Elles ont aussi été diffusées aux États-Unis, en Australie ou encore en Inde, via quasiment toutes les plateformes de l’entreprise : Facebook, Instagram, Messenger et Threads.
Modération publicitaire défaillante
Pour tester le fonctionnement des systèmes de modération publicitaire de Meta, TTP indique avoir signalé 129 contenus CSAM à la plateforme. En retour, la plateforme a répondu dans 57 % des cas que ses équipes avaient « étudié la publicité et constaté qu’elle ne contrevenait pas à leurs standards publicitaires ».
Dans 43 % des cas, elle a indiqué que les contenus avaient été supprimés, « mais six restaient visibles dans l’Ad library », indique TTP dans son rapport. Le reste des contenus a été supprimé après que Wired ait contacté l’entreprise. À leur place, un message indique qu’elles ont outrepassé les conditions d’utilisation de la plateforme relatives à « l’exploitation sexuelle d’enfant » et à la « nudité adulte et activité sexuelle ».
Au milieu de l’été, Meta a indiqué travailler « sans cesse » à améliorer ses systèmes de modération. Elle précise avoir retiré « 36 millions de contenus relevant de l’exploitation sexuelle de mineurs ». Cela n’a pas empêché TTP de mettre la main sur de nouveaux contenus, les reliant cette fois-ci aux portraits de véritables enfants.
Pour l’essentiel, ces mineurs viennent des États-Unis. TTP souligne d’ailleurs que l’un d’eux tient un compte d’influenceur sur l’une des plateformes de Meta : ce sont ces images qui ont été détournées à des fins de publicités illégales. Dans un autre cas, ce sont des photos de stock, représentant un enfant réel, qui ont été détournées. Toutes ont été signalées au National Center for Missing & Exploited Children (NCMEC), organisation états-unienne grâce aux travaux de laquelle l’essentiel des plateformes opèrent une large part de leur détection automatisée de contenus pédocriminels.
L’IA générative renforce violence de genre et sur mineurs
Auprès de Next, la directrice de l’Observatoire de l’association de lutte contre le harcèlement et les violences numériques Véronique Béchu expliquait en mai que la multiplication de ce type de contenus générés par IA compliquait le travail des enquêteurs. En effet, ces derniers doivent désormais commencer par déterminer si les mineurs représentés sont réellement en danger, avant de pouvoir travailler à les extraire des griffes de leurs agresseurs. Autrement dit, cela ralentit certaines opérations critiques.
Plusieurs spécialistes s’inquiètent du phénomène. En mars, l’Internet Watch Foundation alertait ainsi contre l’explosion de contenus pédocriminels générés par IA. Quant à la juriste et spécialiste des violences sexistes et sexuelles Clare McGlynn, elle expliquait à Next que sans régulation, le déploiement à grande échelle d’IA générative renforçait, notamment par ce biais, les stéréotypes et violences de genre et sur mineurs réalisés via des technologies.
TTP indique avoir trouvé ces éléments alors qu’elle enquêtait sur des sociétés publicitaires chinoises, autrices d’un « déluge » de publicité pour des applications de « nudification ». L’une de ces sociétés, Meet Social, a un temps agi comme l’un des principaux partenaires de Meta pour gérer la publicité venue de Chine.
Si les réseaux sociaux de la plateforme sont bloqués dans le pays, cela n’empêche pas ses acteurs économiques de publier de la publicité à destination de publics internationaux, par l’intermédiaire d’acteurs tiers comme Meet Social. Fin 2025, diverses enquêtes démontraient d’ailleurs que Meta réalisait près de 10 % de son chiffre d’affaires en Chine, par l’intermédiaire de ces tiers lui permettant de vendre de la publicité. Outre les contenus pédocriminels, la Chine s’avérait, dans ces conditions, être la principale pourvoyeuse de publicités problématiques, car promouvant diverses arnaques.
Ces différentes découvertes ont par ailleurs été rendues publiques alors que Meta vient d’accepter de payer 18 milliards de dollars pour solder le procès qui l’opposait à quatre États américains sur la question de la protection des mineurs.
Commentaires (20)
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Abonnez-vousLe 14 septembre à 12h21
Mais qui accorde aujourd'hui une quelconque confiance à Méta quand ces derniers annoncent pour la n-ième fois que la modération est leur priorité ?
C'est surtout que les dirigeants ne semblent pas vouloir rogner, ne serait-ce que d'une portion très négligeable, les bénéfices ☹️
Le 14 septembre à 21h21
Le 14 septembre à 12h23
Le 14 septembre à 12h54
J'avais une fois reçu une pub pour des protections masculines pour homme (sans aucune raison je me porte très bien merci 😂), et ça montrait un homme adulte en slip donc. J'ai trouvé ça marrant et l'ai reposté. Et bien mon compte à été bloqué quelques heures pour contenu adulte !! Ils ont vite débloqué quand j'ai relevé l'absurdité de la chose mais ça montre bien que la pub n'était pas passé par le même filtre de modération.
Et je ne parle pas de la tonne de groupes boostés se je vois sur mon mur et qui sont des nids à scammers.
Le 14 septembre à 12h57
En plus, les IA et les LLM captent super bien le contexte et l'âge à dix ans près. Sauf si le texte est tordu, mais là un humain peut modérer. Et d'ailleurs, la modération auto par IA, c'est pas illégal en Europe de toute façon ?
Le 14 septembre à 14h17
Le 14 septembre à 14h18
Le 14 septembre à 15h04
Pour le sujet de l'article, je vais un peu me faire l'avocat du diable, même si je le déteste...
A mon avis, Meta fait effectivement tout son possible pour lutter contre la diffusion de pédocriminalité. Sur ce sujet, je pense qu'on se trompe de cible.
C'est quand même bien la personne qui crée l'image ignoble qu'il faut traquer, non ?
On imagine bien que quelque soit la protection mise en place par Meta, il y aura toujours forcement un trou quelque part.
L'ordre de grandeur est de 350 / 36 millions.
Je déteste evidemment l'exploitation des enfants, je déteste MZ et Meta, mais sur ce coup là le raccourci Meta/Pedo est un peu prononcé.
Merci d'avance à la communauté de me reprendre si je fais une grossière erreur de jugement.
Le 14 septembre à 15h14
Meta est extrêmement performant dès qu'il faut censurer un sein nu dans une œuvre d'art. Mais dès qu'il s'agit d'avoir une once de diligence sur les pubs pédo, on vire au "ouiii, non mais vous comprenez, c'pas si siiiiimple..."
Sans accuser Meta d'être crypto-pédo, leur légèreté sur le sujet est tout à fait coupable. D'autant qu'on ne parle pas d'une petite boîte sans aucun moyen tehcnologique ni aucun budget à allouer à la performance de ses solutions.
Donc oui, le créateur d'image est coupable.
Mais la responsabilité se doit d'être partagée.
Et si, tout à fait, il est de leur ressort d'inventer une solution absolument efficace. Sans quoi ils doivent renoncer à leurs autres outils de censure qui de facto font d'eux bien plus qu'un simple hébergeur qui ne regarde pas ce qui se passe sur leurs plateformes.
Le 14 septembre à 15h28
Je pense que personne n'accuse Meta de p#dophilie. Par contre, on les accuse de prendre l'argent des p#dophiles en échange de leur faire de la publicité. Un peu comme pour les pubs d'arnaques : il n'y a pas si longtemps, on parlait du fait que [sur les plateformes de Meta, 31 % des publicités sont malveillantes]. Visiblement ça évolue, mais pas dans le bon sens, et ils ne semblent pas être inquiétés plus que ça.
Le 14 septembre à 15h58
Le 14 septembre à 16h04
J'ai pas l'impression de voir le même contenu publicitaire sur Instagram que sur FB et les 2 algos semblent complètement décorrélé l'un de l'autre.
Le plus simple serait peut être que Meta se débarrasse complètement de ce dinosaure en fin de vie.
Modifié le 14 septembre à 16h11
Sur Facebook, les contenus entre "amis" sont autant visibilisés que les pages qui, elles, paient une mise en avant de leurs publications pour être visibles
Le 14 septembre à 16h41
Pour Youtube j'en sais rien, j'ai mis sur Firefox des extensions pour Youtube (no short, no translation), pour que ça reste une plateforme de vidéo et pas un tik tok.
Quand à tik tok je connais rien j'ai jamais utilisé.
Le 14 septembre à 16h31
Modifié le 14 septembre à 18h27
Bordel, c'est quand que ça va bouger dans les "hautes sphères" ?
Tant que ça rapporte du pognon et des emplois, on laisse passer ?
L'IA était pas censée améliorer le quotidien des gens ?
Quand on à la représentation d'une gamine avec un texte indiquant qu'elle peut en montrer plus, qu'elle soit à poil ou non, il y a rien qui choque chez les modos ?
A vomir. Mais je suppose tant que ça peut se régler avec un chèque, ça pose pas de problème.
J'ai hâte de voir ce que ça va donner s'il y a un procès en Europe (même si j'imagine déjà le monticule
de merded'excuses qui sera fourni)Le 14 septembre à 18h38
Tu parles bien de ces hautes sphères là?
Le 14 septembre à 18h41
Modifié le 14 septembre à 19h11
Le 20 septembre à 14h43
Also Meta : Modérer la pedopornographie c'est trop difficile :(
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