Les conférences développeurs appellent les entreprises à ne pas les laisser disparaitre
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Illustration : Flock
Le 08 septembre à 11h16
33 collectifs et associations engagés dans l’organisation d’événements techniques pour développeurs lancent un appel collectif. Entre budgets de sponsoring et achats de billets en baisse, ils redoutent que leurs conférences ne soient plus économiquement viables et que leur disparition ne participe à un appauvrissement général du secteur, particulièrement dans le contexte d’un recours accru à l’IA.
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33 collectifs et associations engagés dans l’organisation d’événements techniques pour développeurs lancent un appel collectif. Entre budgets de sponsoring et achats de billets en baisse, ils redoutent que leurs conférences ne soient plus économiquement viables et que leur disparition ne participe à un appauvrissement général du secteur, particulièrement dans le contexte d’un recours accru à l’IA.
Société numérique
Société
8 min
Bon nombre de conférences techniques destinées aux développeurs reposent principalement sur l’engagement d’une communauté de bénévoles, qui se chargent de trouver un lieu, fédérer des intervenants, communiquer en amont et assurer l’accueil des participants le jour J.
Leur motivation est indispensable, mais pas suffisante : entre location d’une salle, obligations réglementaires de sécurité, fournitures, repas et autres kakémonos, il faut aussi que le budget de l’événement s’équilibre. Particulièrement quand il est porté par une association locale ou un collectif qui ne dispose pas d’autres ressources financières que les recettes de l’événement et les adhésions de ses membres.
La mécanique économique se grippe
L’équation s’équilibre en principe grâce aux sponsors, c’est-à-dire les entreprises qui paient pour afficher leur marque sur les supports de l’événement, disposer d’un stand sur place le jour J et, souvent, profiter d’un canal privilégié pour diffuser ou faire connaître leurs recrutements en cours. Le reste du budget provient généralement de la billetterie, autrement dit le public payant de l’événement, dont les entrées (le tarif est de l’ordre de quelques dizaines d’euros) sont généralement payées par l’employeur des développeuses et développeurs concernés par la thématique.
Problème : il semblerait que cette mécanique plutôt conventionnelle se grippe. 33 organisations en charge de conférences tech viennent en effet de signer un appel commun à une plus large mobilisation du secteur :
« Les événements techniques traversent aujourd’hui une crise silencieuse. Budgets sponsoring resserrés, achats de billets en baisse, adhésions associatives en recul : partout, les mêmes signaux d’alerte s’allument et l’inquiétude s’installe au sein des organisations. Si rien ne change, nombre d’entre eux ne verront pas de nouvelle édition. Nous, organisateurs, organisatrices et associations tech, alertons aujourd’hui l’écosystème sur ce qui est en train de se jouer. »
L’appel est notamment lancé par l’AFUP, l’Association française des utilisateurs de PHP, qui organise chaque année le Forum PHP (prochaine édition les 8 et 9 octobre prochain à Disneyland Paris) et, en 2026, des déclinaisons baptisées AFUP Day, portées par ses antennes locales de Lille, Lyon et Poitiers.
« L’an dernier, notre événement phare était déjà en deçà de ses objectifs. Sur l’année 2026, la tendance s’est accélérée et a touché également l’AFUP Day. Nous avons été globalement en dessous de nos objectifs (billetterie et sponsoring), pour un résultat à- 17 % – soit environ 6 500 euros », nous confie Xavier Leune, membre de l’association.
Le forum PHP, nettement plus ambitieux en termes de budget, s’annonce quant à lui sous des auspices inquiétants. « Les premières semaines de vente ont marqué un nouveau recul puisque nous étions en moyenne à 30 % en dessous de l’année dernière. L’été nous a fait connaître un nouveau décrochage, nous sommes désormais à- 47 % sur la billetterie. Le sponsoring quant à lui est en recul de 25 % », s’inquiète notre interlocuteur. Sans inversion de tendance, l’événement pourrait se solder par un déficit suffisamment important pour compromettre la pérennité de l’association.
Trouver des sponsors et des visiteurs payants
Début juin, l’AFUP avait déjà alerté sur les difficultés rencontrées autour de ses différents événements :
« Malgré nos multiples prises de contact, malgré les appels à la communauté, la recherche de soutiens est difficile. De multiples entreprises nous indiquent ne pas avoir de budget marketing en 2026. La grande incertitude qui règne dans le secteur, que cela soit lié au contexte mondial, à l’arrivée de l’IA ou d’autres raisons économiques, n’invite pas les acteurs de l’écosystème à s’impliquer auprès de l’association ».
Si le Forum PHP fait figure de locomotive, les difficultés n’épargnent pas de plus petites conventions locales. En juin, l’asso qui organise le BreizhCamp indiquait elle aussi faire face à un sponsoring en retrait pour son édition 2026. « Cela nous a amené à augmenter le prix des billets, mais cette augmentation n’est malheureusement pas suffisante pour absorber le manque de recettes, nous avons donc dû renoncer à certaines dépenses cette année », décrivait-elle alors.
D’autres signataires jonglent eux aussi avec un budget d’autant plus difficile à équilibrer qu’il recèle une part d’incertitude jusqu’à l’ouverture des portes. Hors early birds, le gros des billets se vend en effet souvent dans les dernières semaines, alors qu’il faut engager en amont les dépenses liées au lieu ou à la restauration.
La conférence girondine BDX I/O, dont l’édition 2026 se tiendra les 29 et 30 octobre prochain, a par exemple abandonné le Palais des congrès de Bordeaux au profit des couloirs et des amphis de l’école Enseirb-Matmeca de Talence. Le mouvement traduit une réalité économique, que l’asso organisatrice a tournée à son avantage, en profitant des frais de location réduits pour passer son événement sur deux jours et donc proposer un programme plus soutenu.
À ce stade, elle envisage un atterrissage à l’équilibre, mais le résultat final dépendra à la fois de la billetterie et de la décision des sponsors encore en attente. « Les budgets se resserrent partout et sur toutes les topologies d’entreprises, et malheureusement des événements comme le nôtre ne sont pas la priorité quand il s’agit d’attribuer des budgets », analyse Amélie Benoit, membre de la petite équipe bénévole qui s’active, et s’épuise, depuis des mois pour monter l’événement.
Même si l’optimisme reste de rigueur, l’organisation chasse donc les postes de dépense susceptibles d’être réduits sans dégrader la qualité de l’accueil, tout en cherchant des leviers pour dynamiser son offre. « Nous sommes très heureux de pouvoir accueillir des start-ups gratuitement cette année. C’est un choix, pas économique du tout pour le coup, qui nous tenait énormément à cœur pour pouvoir diversifier le paysage d’entreprises présentes à l’événement, et pour avoir une meilleure représentation de l’écosystème tech à Bordeaux », illustre Amélie Benoit.
Entre expertise et velléités d’ouverture
Quels que soient la communauté, le langage ou les pratiques de développement concernées, la clé de voûte du succès reste bien sûr la programmation. Elle doit à la fois garantir un niveau d’expertise suffisant pour motiver le déplacement sur le temps professionnel, mais aussi s’ouvrir aux problématiques transverses qui animent les réflexions et les transformations du secteur. Sans surprise, l’IA fait désormais partie intégrante de la plupart des programmes, qui intègrent également de plus en plus de sessions dédiées à des enjeux sociaux ou sociétaux.
Pour les signataires de l’appel lancé par l’AFUP, c’est précisément cette alliance entre technique et humain qui fait le sel des conférences spécialisées, et qui justifie que l’on se mobilise pour leur survie :
« Nous passons désormais une large partie de nos journées à échanger avec des IA. Dans ce contexte, les événements techniques prennent une valeur unique : ce sont des lieux où l’on se retrouve entre humains, où l’on partage une expertise, où de nouvelles vocations naissent, notamment autour des projets open source dont dépendent silencieusement la majorité de nos entreprises. Ces projets ont besoin de contributeurs et contributrices, de mainteneurs et mainteneuses, de relève mais aussi d’enthousiasme et d’inspiration. Les événements techniques sont l’un des rares endroits où cette relève se construit. »
De façon plus pragmatique, ils rappellent que ces conférences sont avant tout un accélérateur de compétences, nourri par la confrontation directe à des retours d’expérience, d’autres pratiques, et les échanges informels avec des pairs.
Pour autant, les organisateurs invitent les entreprises à ne pas raisonner que via le prisme du retour sur investissement. « On oublie parfois que sponsoriser un événement, c’est aussi apporter une visibilité durable et un soutien incommensurable à tout un écosystème tech local. Sans ce soutien, les événements vont tout simplement mourir. Et il n’y aura possiblement plus d’événements lorsqu’elles auront des besoins de visibilité et de recrutement », regrette Amélie Benoit.
La perte serait d’autant plus dommageable que la plupart des conférences recueillent un haut niveau de satisfaction chez les développeurs qui les fréquentent. La conjoncture impose toutefois déjà des choix. Plusieurs associations ont par exemple entrepris de basculer vers des formats plus légers, de type meet-ups mensuels, plus simples à équilibrer sur le plan financier, mais aussi moins ambitieux. « On est loin d’un format conférence où l’effervescence, les échanges et l’apprentissage varié sont au cœur des valeurs », remarque Amélie Benoit.
Commentaires (2)
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Abonnez-vousModifié il y a 15 minutes
Et ce n'est pas vrai seulement pour l'AFUP. Mais aussi pour d'autres conférences.
Le besoin d'avoir des "têtes d'affiches" est compréhensible, pour attirer. Le problème c'est que ça peut vite devenir de l'entre-soit. Honnêtement, avoir la moitié qui sont des noms identiques d'une année sur l'autre... ça devient lassant. Sachant qu'en plus ils sont aussi sur d'autres événements majeurs sur l'année.
Concernant le sponsoring, c'est plus compliqué et lié aussi au contexte économique (et politique). Beaucoup d'entreprises ont coupé les budgets de sponsor, et même retiré les déplacements de leurs salariés aux conférences, qui étaient jusque-là entièrement payées.
Peut-être que revenir aussi à des formats démat, comme cela s'est fait durant le covid, pourrait aider à relancer la machine ?
Edit : et ce n'est pas une critique envers les bénévoles/salariés des asso concernées, qui font un travail de dingue pour tenir ces événements du mieux qu'ils peuvent.
À l'instant
Éviter ce phénomène n'est pas simple. C'est amusant car j'ai lu récemment un entretien de Anne Nicolas (qui organise la conférence Kernel recipes concernant le noyau Linux à Paris chaque année). Voici l'extrait concernant cette problématique justement :
Source : https://www.projets-libres.org/podcast/73-kernel-recipes-conference-noyau-france/
Elle essaye aussi de féminiser les présentations même si c'est délicat. C'est en tout cas à titre personnel la meilleure conférence professionnelle à laquelle j'ai pu assister.
Je suis presque sûr qu'elle pourrait en raconter des choses intéressantes concernant cette activité à Next, si jamais.
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