L’intégration des IA génératives dans les réseaux sociaux influence l’opinion
L'influence d'un battement d'aile d'un papillon généré par IA...
Illustration : Flock
Le 07 juillet à 09h17
Avec une simulation, des chercheuses et chercheurs montrent que les petites suggestions des IA génératives lors de la rédaction de posts peuvent vraiment biaiser les conversations, influencer le débat sur les réseaux sociaux et avoir de réelles conséquences sur les débats politiques.
L’intégration des IA génératives dans les réseaux sociaux influence l’opinion
L'influence d'un battement d'aile d'un papillon généré par IA...
Illustration : Flock
Avec une simulation, des chercheuses et chercheurs montrent que les petites suggestions des IA génératives lors de la rédaction de posts peuvent vraiment biaiser les conversations, influencer le débat sur les réseaux sociaux et avoir de réelles conséquences sur les débats politiques.
Réseaux sociaux
Sociaux
5 min
On le sait, les outils d’IA générative incorporent des biais. Mais comment leurs biais influencent-ils l’opinion collective au sein d’un réseau social lorsqu’il est utilisé pour faciliter la communication ?
C’est déjà le cas sur LinkedIn, qui propose depuis 2024 une option permettant de modifier ses posts avec une IA générative avant de les publier. Sur X, Grok propose de fournir du contexte censé permettre de mieux comprendre les contenus publiés par d’autres. Des chercheuses et chercheurs se sont intéressés à cette dynamique.
Leur étude, publiée sur la plateforme de prépublication arXiv et acceptée à la conférence scientifique ICML 2026 selon un communiqué de presse de l’université d’Oxford. Elle montre que « les biais introduits par l’IA dans la communication entre humains peuvent être amplifiés par le réseau et faire basculer l’opinion collective dans leur sens ».
Dans leur article, ils mettent en condition le lecteur :
« Imaginez que vous vous rendiez sur une plateforme de réseaux sociaux pour partager votre point de vue sur l’utilisation de l’IA dans l’éducation. Vous y êtes favorable et rédigez un court message soutenant cette idée : « L’IA pourrait être un outil utile pour personnaliser l’éducation des élèves ». Avant de le publier, vous décidez de cliquer sur le bouton « Améliorer mon message », et un grand modèle de langage (LLM) fourni par la plateforme vous propose une version peaufinée et exprimant plus explicitement votre soutien : « Tirons parti du potentiel de l’IA pour personnaliser l’apprentissage et révolutionner l’éducation pour chaque élève ! » Vous trouvez cette version plus convaincante que celle que vous aviez rédigée, vous acceptez donc simplement la modification et la publiez. Une simple incitation [nudge, en anglais]. Mais que se passerait-il si ce même LLM incitait des millions d’utilisateurs à aller dans la même direction ? »
Des modélisations informatiques et mathématiques
D’abord, ils ont vérifié sur des modèles de langage ouverts qu’en leur demandant de rédiger et d’améliorer des publications sur les réseaux sociaux concernant 13 sujets politiques, à partir d’arguments originaux et de publications rédigées par des humains, tous les LLM étudiés introduisent des biais.
La plupart du temps, ces biais coïncident avec ceux visibles dans une simple conversation avec le LLM. Mais parfois, ce n’est pas le cas : « En ce qui concerne l’athéisme, par exemple, les modèles expriment une opinion favorable, mais ont tendance à introduire des biais à son encontre lorsqu’ils améliorent des publications rédigées par des humains sur ce sujet ».
Ensuite, ils ont appliqué un modèle mathématique établi [PDF] en 1990 pour simuler les réseaux d’influences interpersonnelles et leurs influences sur les opinions individuelles à la dynamique des opinions influencée par l’IA. C’est cette simulation mathématique qui montre de façon théorique que ce genre de fonctionnalités peut amplifier le biais introduit par la modification du texte via l’IA générative.
Ensuite, ils ont simulé le problème sur de vieilles données puisées en 2012 dans Twitter, Facebook et Google+ (oui, ce réseau social a existé, rappelez-vous) avec le modèle gemma-3-12b-it de Google et en prenant le thème de l’avortement. Ainsi, dans leur simulation, avec une population plutôt anti-avortement mais des suggestions générées par IA, l’opinion devient plutôt pro-choix (alors qu’elle reste anti-avortement sans les suggestions).
Le prompt de Grok influence sans en avoir l’air
Enfin, ils ont étudié plus finement la fonction réellement implémentée sur X « explique ce message ». En effet, l’entreprise d’Elon Musk a publié le prompt qui guide son IA pour cette fonctionnalité. Simplement en le lisant, il est impossible d’affirmer qu’il biaise la discussion sur le sujet de l’avortement.
Mais en utilisant ce prompt avec grok-4-1-fast-reasoning via l’API officielle, les chercheuses et chercheurs ont observé que la majorité des affirmations générées par Grok étaient anti-avortement, « une large portion [était] neutre » et que seulement 4 % étaient pro-avortement. Pourtant, quand ils ont fait la même expérience sans le prompt, ils n’ont observé « ni biais en faveur ni biais en défaveur statistiquement significatifs […] ce qui fait de ces directives un choix de conception déterminant, responsable du biais anti-avortement de Grok dans les affirmations contextuelles qu’il génère ».
Interrogée par le Guardian, l’une des autrices de l’étude, Sandra Wachter, compare les effets de l’introduction des biais des IA génératives dans les réseaux sociaux à « la pollution de la forêt ». « Le prix à payer, c’est que nous prenons pour vraies les opinions des autres alors qu’elles ne reflètent pas leur pensée réelle », affirme-t-elle :
« Le langage est l’un des éléments qui font de nous des êtres humains, et tout à coup, un intermédiaire s’immisce dans ce processus. L’IA s’impose comme gardienne de la connaissance et de la compréhension. »
Commentaires (13)
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Le 7 juillet à 12h52
« Imaginez que vous vous rendiez sur une plateforme de réseaux sociaux pour partager votre point de vue sur l’utilisation de l’IA dans l’éducation. ====>Vous y êtes favorable soutenant cette idée <==== : « L’IA pourrait être un outil utile pour personnaliser l’éducation des élèves ». Avant de le publier, vous décidez de cliquer sur le bouton « Améliorer mon message », et un grand modèle de langage (LLM) fourni par la plateforme vous propose une version peaufinée et exprimant plus explicitement votre soutien : « Tirons parti du potentiel de l’IA pour personnaliser l’apprentissage et révolutionner l’éducation pour chaque élève ! » Vous trouvez cette version plus convaincante que celle que vous aviez rédigée, vous acceptez donc simplement la modification et la publiez. Une simple incitation [nudge, en anglais]. Mais que se passerait-il si ce même LLM incitait des millions d’utilisateurs à aller dans la même direction ? »
[...]
Je ne comprends pas la problématique.
Je ne vois pas où ce trouve incitation/l'influence du LLM ?
Si le message était neutre et que après le passage par le LLM une orientation apparaissait, là oui mais ici, l'orientation est déjà presente.
Le 7 juillet à 14h11
Le biais n'est pas énorme, mais il existe.
Le 7 juillet à 17h12
Donc je reste dubitatif, sur la problématique.
Pour moi, se serait une problématique si, le producteur mettait en place un agent qui répondait en automatiquement suivant la directif si on parle d'IA et d'éducation répond en relation à ma position "L’IA pourrait être un outil utile pour personnaliser l’éducation des élèves".
La oui, on pourrait peut-être commencer à parler de biais.
Après j'ai peut-être une logique trop naïve ou directe.
Le 8 juillet à 11h23
Là, la personne va "améliorer" sa réponse initiale neutre, ce qui va la rendre partisane. Mais la personne ne le souhaitait pas forcément et ne s'en rendra pas nécessairement compte non plus.
C'est là qu'il y a un biais (par définition, un biais est plutôt inconscient/invisible).
Et même s'il est petit, s'il s'accumule à d'autres, il peut devenir grand.
Le 8 juillet à 13h10
que j'avais pointé précédemment dans l'extrait (je sais un peu long).
L'énoncé de base n'est pas neutre.
« L’IA pourrait être un outil utile pour personnaliser l’éducation des élèves »
Même avec le conditionnel qui peut modérer, l'inclinaison est positive.
Et dans l'exemple lui-même il est indiqué que la personne est déjà partisane :
[...]Vous y êtes favorable soutenant cette idée[...].
:-)
Le 8 juillet à 16h06
La version améliorée parle du « potentiel de l’IA » (l'IA devient central dans le message) et de « révolutionner l’éducation » (rien que ça ?)
Le nudge, l'incitation, ça reste subtil et on peut évidemment faire un choix différent du message. Il y a une différence substancielle à vouloir utiliser l'IA (dans le but de s'y familiariser par exemple) et à exploiter le potentiel de l'IA (parce que ça va tout changer en bien et que c'est indispensable).
Modifié le 8 juillet à 16h47
En épurant la situation :
Un humain a une opinion positive sur qqch, l'humain veut le faire savoir.
L'humain veut plublier un message dans lequel L'humain reste positif sur ce qqch.
Un outil est proposé pour une action ; l'humain déclenche cette action.
L'outil propose une évolution qui est davantage positive.
L'humain accepte la proposition et l'humain la publie .
Je suis têtu mais je ne pense pas avoir oublié une étape, et dans le cheminement fourni ù est l'influence ?
C'est bien l'humain qui a déclenché l'actionet c'est bien l'humain qui a publié le message final.
A la limite, l'influence, si elle est présente, elle n'est pas dans ce que l'outil a proposé mais à la 3eme étape la présence du bouton « Améliorer mon message ». Car ça supose que peut importe le contenue du message il doit être améliorer. Pour moi le problème est là pas sur le resultat de l'outil mais de manière plus insidieuse sur sa présence alors qu'il n'a pas été solicité explicitement.
Le 9 juillet à 00h44
En l'occurrence, tu lui donne un outil, et cet outil va déformer ton propos de façon imperceptible de façon à changer légèrement ton point de vue.
De mon côté, je suis d'accord que l'IA peut aider pour l'apprentissage, mais je ne suis pas prêt à dire que l'IA va "révolutionner l'éducation" (on parle de "révolutionner", là, pas de "améliorer").
Une fois ce message envoyé, un autre commentaire en réponse au premier pourrait être "en effet, et l'Education Nationale a bien besoin de changements profonds". Pourtant, ce même message ne serait pas du tout pertinent ni vindicatif s'il avait suivi la première version du commentaire.
Et pour revenir à ton message, oui, c'est l'humain qui lance la fonctionnalité, mais est-ce que l'humain va avoir bien réfléchi à ses implications ?
Imagine si je te disais que j'ai créé un moyen de transport révolutionnaire qui permet de faire un Lyon-Paris en seulement 1 minute, et que je te proposerai de l'utiliser pour ton prochain voyage, est-ce que tu le prendrais ?
Prends 5 secondes.
Si tu a répondu "oui", tu es mort car tu viens de te prendre des accélérations et décélérations insupportables pour ton corps. Pourtant, tu es bien arrivé à ton point d'arrivée. Juste, tu es mort dans l'interval. Et tu n'as pas pensé à cette éventualité.
Pour moi, ici, c'est un peu pareil, mais en plus subtil.
Le 9 juillet à 12h48
Et il semblerait (sauf incompréhension de ma part), que votre exemple me donne raison.
Mon décès est bien de ma propre responsabilité, car n'est pas cherché à savoir le fonctionnement, les conditions etc. Ce n'est pas la responsabilité du "transport".
M'abus-je ?
Le 9 juillet à 15h15
Dans mon exemple farfelu, si tu es mort, c'est parce que je ne t'ai pas indiqué au préalable que tu allais mourir. C'est donc plus de MA responsabilité que de la tienne.
Maintenant, s'agissant de l'exemple de l'article, c'est la fonctionnalité elle-même qui est biaisée, en plus du choix de l'éditeur de la mettre à disposition comme il l'a fait.
Il n'y a évidemment aucune responsabilité du côté de l'outil lui-même (tout comme on ne va pas blâmer une bombe pour avoir explosée), mais l'outil reste "fautif" dans le sens où c'est lui qui ajoute un biais dans la discussion faite par commentaires (c'est quand même du fait de la bombe que les gens sont morts). Ceci peut dès lors justifier qu'un peuple décide de restreindre l'utilisation de ce type d'outil (comme en France on restreint le port d'armes).
De mon point de vue, l'éditeur est responsable principalement car c'est lui qui a mis à disposition de ses utilisateurs un outil biaisé. L'utilisateur n'a pas nécessairement conscience de l'effet de biais induit par l'utilisation de la fonctionnalité (même si on le lui disait explicitement ; la preuve, il a fallu notre discussion pour clarifier le biais montré dans l'article).
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