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Des chercheurs alertent sur les dangers de la généralisation de la vérification d’âge

Fausse bonne idée

Des chercheurs alertent sur les dangers de la généralisation de la vérification d’âge

Dans une lettre ouverte, 371 chercheuses et chercheurs de 30 pays s’opposent à la généralisation de la vérification d’âge imposée aux différents services en ligne par de nombreuses législations dans le monde sans que les implications sur la sécurité, la vie privée, l’égalité et la liberté aient été prises en compte.

Le 02 mars à 14h41

Plusieurs centaines de chercheuses et chercheurs, notamment en informatique, ont signé une lettre ouverte demandant un moratoire sur le déploiement des solutions de vérification d’âge dans le monde numérique. On peut retrouver aussi bien les signatures de la chercheuse en droit du numérique du CNAM Suzanne Vergnolle que celles des cryptologues Ronald Linn Rivest (le « R » de l’algorithme RSA) et Bart Preneel.

Rappelons que, suivant l’Australie de près, la France est l’un des pays qui a pris rapidement la direction d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. L’Assemblée nationale a voté la loi qui doit maintenant être débattue au Sénat. Next avait évoqué les problèmes que le texte soulève.

Et le gouvernement français semble vouloir se montrer à la pointe du sujet en lançant plusieurs travaux sur les effets des usages de l’IA générative et des jeux vidéo sur les mineurs.

Le Royaume-Uni a lui aussi beaucoup avancé sur le sujet. Depuis l’été 2025, la loi sur « la sécurité en ligne » oblige certains sites à mettre en place un système de vérification d’identité pour leurs utilisateurs, ce qui a inquiété la Fondation Wikimedia. Pour l’instant, Wikipédia reste accessible outre-Manche sans système de ce genre.

Un contrôle allant beaucoup plus loin que ce qu’on connait hors ligne

Dans leur texte, les chercheuses et chercheurs expliquent que ces systèmes ont besoin d’aller beaucoup plus loin que ce qui a déjà été mis en place dans le monde hors ligne pour filtrer l’accès des casinos, de l’alcool ou des contenus pornographiques.

« Les discussions actuelles concernant la nécessité de réglementer les réseaux sociaux, les chatbots IA ou les messageries instantanées exigeraient que tous les utilisateurs, mineurs et adultes, prouvent leur âge pour discuter avec leurs amis et leur famille, lire l’actualité ou rechercher des informations, ce qui va bien au-delà de ce qui s’est jamais produit dans nos vies hors ligne », décrivent-ils dans leur lettre [PDF].

Ils pointent aussi que certaines recherches montrent l’utilité des plateformes en ligne et réseaux sociaux pour que les jeunes puissent s’informer, trouver des conseils et s’appuyer sur des communautés pour casser leur isolement.

Besoin d’un consensus scientifique avant de s’y aventurer

Leur idée n’est pas de s’opposer à toute solution de vérification d’âge. Ainsi, parmi les signataires, on retrouve le chercheur de l’École polytechnique, Olivier Blazy, qui avait collaboré avec la CNIL sur un démonstrateur du mécanisme de vérification de l’âge respectueux de la vie privée. Mais ils demandent qu’elle soit mise en place une fois qu’un consensus scientifique sera établi « sur les avantages et les inconvénients que peuvent apporter les technologies de préservation de la jeunesse, ainsi que sur la faisabilité technique d’un tel déploiement ». Et pour eux, il reste des « questions ouvertes sur la faisabilité d’un déploiement efficace ».

« Mentir sur son âge n’est pas difficile », rappelle la lettre qui mentionne la facilité de contournement des solutions actuellement mises en place via l’utilisation de VPN, l’achat d’identifiants validés ou même la simple fabrication de fausses pièces, comme Next l’a déjà montré.

Les systèmes d’estimation d’âge, trop intrusifs

Mais ils ajoutent que la mise en place de ces outils « peut en réalité nuire à la sécurité en ligne en exposant les utilisateurs à des logiciels malveillants et à des escroqueries lorsqu’ils ont recours à des services alternatifs qui ne mettent pas en œuvre de vérification — et les utilisateurs se tourneront sans aucun doute vers ces sources alternatives ».

Ils écartent dans leur texte les systèmes d’estimation d’âge, comme celui mis en place par OpenAI sur ChatGPT, qui manquent de fiabilité et qui sont « très intrusifs pour la vie privée » : « Ils reposent sur la collecte et le traitement de données sensibles et privées telles que les données biométriques ou les informations comportementales ou contextuelles (par exemple, l’utilisation de la langue). Par conséquent, le déploiement à grande échelle de ces méthodes de vérification de l’âge facilite la collecte et l’exploitation des données (des enfants) ».

Une infrastructure mondiale ?

Ces chercheurs et chercheuses l’assurent : « la mise en place d’une infrastructure mondiale fiable pour la vérification de l’âge n’est pas triviale ». Pour eux, avec les connaissances actuelles, cela demande de fait de s’appuyer sur des projets de vérification d’identité gouvernementaux s’appuyant sur des solutions de chiffrement très robuste pour chaque interrogation du service. « Cela entraînerait un usage difficile et l’exclusion de tous les utilisateurs ne disposant pas de papiers », commentent-ils.

De plus, ils expliquent qu’un tel système s’appuyant sur la vérification d’une preuve d’identité est « non seulement sujette à erreur, mais nécessite l’existence d’une infrastructure de confiance à l’échelle d’Internet », ce qui n’existe pas actuellement pour ça.

« Cela nécessite, entre autres, la mise en place d’émetteurs de confiance capables de fournir des certificats numériques à grande échelle, la mise en place de moyens permettant de fournir aux vérificateurs les clés de l’émetteur afin qu’ils puissent effectuer la vérification, et la mise en place de moyens permettant de révoquer les certificats », expliquent-ils. Pour mettre en place ce genre de chose pour sécuriser le HTTP (et le transformer en HTTPS), ça a mis plusieurs dizaines d’années.

Des dangers sur le contrôle de l’information et de l’expression en ligne

La lettre pointe enfin la problématique du choix des contenus qui sont accessibles sur Internet par certains et pas par d’autres : « Entre de mauvaises mains, comme celles d’un gouvernement autoritaire, cette influence pourrait être utilisée pour censurer des informations et empêcher les utilisateurs d’accéder à certains services, par exemple en bloquant l’accès à des contenus LGBTQ+ ».

Commentaires (3)

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Peu importe le contenu de l'article, chaque fois que je vois l'illustration de Flock avec Monsieur Patate et le "Sexe: Oui SVP", je me marre.
Et après je vais lire l'article.
/me vais lire l'article
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Maintenant que j'ai lu l'article :

Ce qui me gène, c'est qu'on soulève les problèmes du système, qu'ils soient techniques ou moraux, mais on n'a pas de bonne solution.
C'est important de mettre le doigt dessus, mais je crains qu'on n'aura jamais de solution idéale.
votre avatar
Cette histoire de protéger les enfants c'est un cheval de Troie en plus d'être d'une hypocrisie crasse.
Que fait l'État pour le contrôle des établissements privés pour protéger les gamins des pédos, on l'a vu avec Betharam et tous les autres quasi rien, omerta.
Que fait l'État pour protéger les gamins de père / maris violents, les FdO aux fraises quand ils ne sont pas quasi complice, l'ASE est impuissante car complètement débordée et sans assez de moyens.
Le même Etat qui sabote délibérément leur avenir en bousillant l'environnement, et en protégeant les pollueurs.
Le même état qui voudrait protéger nos gamins des sites pornos mais qui nous explique qu'il va falloir qu'ils se sacrifient passé la majorité sur les champs de bataille...

C'est comme tout le reste avec nos """dirigeants""", du grand n'importe quoi...

On voit bien qu'il ne s'agit que de contrôle social, de limiter la liberté d'expression, de réduire les libertés fondamentales dont celui à la vie privée. Ça fait des années que Macron et tous ses sbires passent leur temps à faire des amalgames fallacieux entre hygiène numérique, défense des droits fondamentaux, sociaux, de l'environnement, avec du soit-disant crypto-terrorisme d'extrême/ultra gauche.

On est doucement en train comme les USA de sombrer petit à petit d'un autoritarisme mou à un néo-facsime. Le RN s'il arrive au pouvoir n'aura plus grand chose à faire législativement tellement ils auront préparé le terrain...

Lire Johann Chapoutot professeur d’histoire contemporaine à l’université de la Sorbonne dans Politis :
https://www.politis.fr/articles/2024/07/johann-chapoutot-le-capital-fait-toujours-le-choix-de-lextreme-droite/

Des chercheurs alertent sur les dangers de la généralisation de la vérification d’âge

  • Un contrôle allant beaucoup plus loin que ce qu'on connait hors ligne

  • Besoin d'un consensus scientifique avant de s'y aventurer

  • Les systèmes d'estimation d'âge, trop intrusifs

  • Une infrastructure mondiale ?

  • Des dangers sur le contrôle de l'information et de l'expression en ligne