Entre coût de la dette et amortissements abusifs, l’IA va-t-elle au devant de son The Big Short ?
Tant que Christian Bale headbang sur du Pantera
Plusieurs indices concordants alimentent l'hypothèse, désormais ouvertement débattue, selon laquelle l'économie de la tech pourrait bientôt affronter une bulle de l'IA similaire en intensité à ce qu'ont connu les marchés financiers au tournant des années 2000.
Le 12 novembre à 18h38
13 min
Économie
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Au sein des forums spécialisés, on aime bien ironiser sur la personnalité de Michael Burry. S'il a réussi le coup du siècle en pariant sur l'imminence de la crise des subprimes aux États-Unis en 2008 (immortalisé dans le film The Big Short d'Adam McKay), ce docteur en médecine reconverti en gestionnaire de fonds s'est depuis magistralement planté à plusieurs reprises. Il n'empêche, les positions de sa société de gestion sont toujours surveillées de loin par les observateurs.
Leur attention s'est nettement réveillée début novembre, quand sa déclaration trimestrielle au gendarme de la bourse américain (le formulaire 13-F) a révélé que la société de gestion qu'il dirige, Scion Asset Management, venait de placer plus d'un milliard de dollars d'options misant sur le gadin en bourse de deux sociétés parmi les plus emblématiques de la scène IA, Palantir et NVIDIA.
Vingt ans après avoir commencé sa carrière d'investisseur, Michael Burry se prépare donc à « shorter » le marché de l'IA, et semble décidé à miser gros, puisque cette vente à découvert représente des frais de l'ordre de plusieurs millions de dollars par jour. La simple divulgation de ce pari à la baisse a temporairement fait tanguer les deux actions concernées, et Burry a donc sans doute déjà soldé les positions en question, empochant au passage un petit pactole, mais l'homme d'affaires semble décidé à ne pas en rester là.
Soupçons d'amortissements abusifs
Depuis, il a en effet repris du service sur Twitter après deux ans de silence. Il y enchaîne depuis quelques jours les mèmes issus du film illustrant ses exploits de 2008, et les extraits de graphiques censés illustrer les dérives financières du secteur de l'IA.
Lundi 10 novembre, il s'est d'un seul coup montré plus précis, avec un message accusatoire pointant du doigt l'un des phénomènes qui, selon lui, alimenterait la bulle en permettant aux géants de l'IA de doper artificiellement leurs résultats financiers.
« Sous-estimer l'amortissement en prolongeant artificiellement la durée de vie utile des actifs gonfle les bénéfices – une des fraudes les plus courantes de notre époque, attaque Michael Burry, avant de détailler : L'augmentation massive des dépenses d'investissement par l'achat de puces/serveurs Nvidia sur un cycle de produit de 2 à 3 ans ne devrait pas entraîner l'allongement de la durée de vie utile des équipements informatiques. Or, c'est précisément ce qu'ont fait tous les géants du cloud. Selon mes estimations, ils sous-estimeront l'amortissement de 176 milliards de dollars entre 2026 et 2028. D'ici 2028, Oracle surestimera ses bénéfices de 26,9 %, Meta de 20,8 %, etc. »
Understating depreciation by extending useful life of assets artificially boosts earnings -one of the more common frauds of the modern era.
— Cassandra Unchained (@michaeljburry) November 10, 2025
Massively ramping capex through purchase of Nvidia chips/servers on a 2 - 3 yr product cycle should not result in the extension of useful… pic.twitter.com/h0QkktMeUB
Une petite explication de texte s'impose. Lorsqu'une entreprise déclenche des investissements significatifs (au hasard, une commande de GPU pour équiper un datacenter dédié à l'IA), elle étale le coût de cette acquisition sur le nombre d'années pendant lesquelles l'équipement en question doit être utilisé, selon le principe de l'amortissement comptable.
Ce que Burry dénonce ici, et résume dans son tableau, c'est la durée de vie programmée qu'attribueraient les grands acteurs de l'IA à leurs puces informatiques dédiées. Google, par exemple, serait passé d'un amortissement sur trois ans en 2020 à une durée de vie programmée de six ans à partir de 2023.
Or étaler l'amortissement sur une durée de vie plus longue permet de réduire la part annuelle de chiffre d'affaires nécessaire à sa compensation. Ce faisant, l'entreprise se met donc en position d'augmenter artificiellement sa rentabilité... du moins à court terme, puisqu'il y a toujours un moment où le budget prévisionnel est censé rattraper la réalité, c'est-à-dire la valeur résiduelle réelle des puces informatiques concernées.
Mais que vaudront les puces actuellement déployées dans les datacenters IA des GAFAM après trois, quatre ou cinq ans, compte tenu du cycle de développement rapide du leader, NVIDIA, et de la multiplication des projets d'infrastructures impliquant des puces de dernière génération ?
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Entre coût de la dette et amortissements abusifs, l’IA va-t-elle au devant de son The Big Short ?
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Soupçons d'amortissements abusifs
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Une dette de plus en plus onéreuse
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Un marché toujours confiant
Commentaires (16)
Le 12/11/2025 à 19h07
Le 12/11/2025 à 19h39
Le 12/11/2025 à 19h39
Le 12/11/2025 à 20h07
Le 13/11/2025 à 00h28
Le 12/11/2025 à 20h12
Modifié le 12/11/2025 à 21h25
Perso si je devais décider sur un sujet pareil. Let'em die.
Modifié le 13/11/2025 à 09h46
Le 13/11/2025 à 15h17
Une banque en faillite est une banque qui n'a pas prévu assez de 'réserve' pour payer ses positions quand elles se plantent. Même si les planchers de réserve légaux sont bas (et qu'on se demande si un élu à agrandit sa piscine pour accepter des conneries pareilles), ce n'est pas une raison.
C'est le même problème que lors de la crise de 2008. Les banques jouent avec le feu. Quand on joue avec le feu on se brule. Voila.
Ce sont des organismes privés (Même la banque de France mais c'est un autre sujet) qui démontrent sans arrêt qu'on aurait jamais du leur laisser autant de pouvoir : 'créer de la monnaie' (par l'emprunt).
Pour rappel la mise en place de ce système de création monétaire était, je cite : 'pour éviter l'inflation voulue par les politiciens au moment des élections'.
Mouais bon, on ne peut pas dire que cela ait porté ses fruits. Plutôt l'inverse en fait. Emprunter à 0.0x% à la banque de France c'était bien quand même. Plus d'info ici. En clair et très vulgarisé; on casse le lien direct entre l'état (Trésor) et la banque de France. Loi qui sera abrogé en 94 par le traité européen. Mais ça revient au même.
Donc Just Let'em die. Un petit coup de nationalisation par dessus le marché serait une bonne affaire pour l'état. Espérons que cela ne se passe pas comme à l'époque de 2008 qui nous a montré à quel point les élus européens sont à vendre. Personne n'a compris pourquoi on sauvait ces banques. Alors qu'il suffisait de les nationaliser ou les racheter pour pas cher. Et au passage faire un petit "hair cut" sur la dette de l'état.
Mai bon.
Le 13/11/2025 à 16h29
Totalement d'accord pour les laisser couler et ramasser ce qu'il reste. Ça fera mal quelque mois, le temps que le système se stabilise à nouveau.
Mais je suis pas d'accord sur le simple "haircut" sur la dette => ça ne change rien concrètement, la monnaie est créée, injectée dans le système, et l'inflation reste.
Tu peux avoir 30% de PIB de dette, tu as une petite monnaie, des fonds vautours qui sont détenteurs de ta dette et que tu payes 20% pour trouver acheteur, t'es plus emmerdé que le Japon et ses 200%.
Le 13/11/2025 à 17h57
Ex : L'état étant racheteur; il peut échanger sa dette dans cette banque par un taux plus intéressant. Éventuellement autre part. Ce serait au moment du rachat/nationalisation que cela se passerai.
Le 12/11/2025 à 21h54
Le 13/11/2025 à 00h24
Donc tout ces milliards et la majorité de l'IA tien à la flemme/habitude des DSI, avec un marketing appuyé et des dark patern pour inciter/obliger les gens à payer un abonnement pour s'en servir.
Assez désolant.
Le 13/11/2025 à 12h35
Le 13/11/2025 à 13h11
Par contre meta ressemble de plus en plus à une boite qui a une peur bleu du déclin et qui va plus ressembler à une supernova qu’à un astre qui va s’effondrer petit à petit.
Modifié le 13/11/2025 à 22h47
Le projet dont je faisais partie était d'harmoniser le process d'amortissement des équipements dans tous les pays, sous Oracle.
Et là, ce fut le drame
Ça se chiffrait en dizaines de millions d'euros ^^
Bref, c'est assez commun on dirait, tu peux vite fausser tes chiffres avec ça, et les dépenses pour l'IA seront semblables ;-)
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