Connexion Premium

Aux USA, une IA de lutte contre l’insécurité hallucine des incidents qui n’existent pas

City pas zen

Aux USA, une IA de lutte contre l’insécurité hallucine des incidents qui n’existent pas

Mes yeux dans le temps de l’apparition d’August Natterer (source : Wikipedia, domaine public)

Une application communautaire permettant à ses utilisateurs de partager des alertes de sécurité a commencé à remplacer ses salariés par une IA et des travailleurs du clic étrangers sous-payés. Faute de supervision humaine, l’IA a logiquement commencé à « halluciner » de nombreuses alertes inexistantes ou erronées.

Citizen, qui compte environ 10 millions d’utilisateurs aux USA, se présente comme une application « où les gens se protègent les uns les autres ». Ces derniers y partagent les incidents, accidents, incendies et autres évènements susceptibles d’affecter les personnes alentour. Les employés de Citizen, de leur côté, écoutent les fréquences radio de la police en permanence afin d’y rajouter leurs propres alertes.

Sauf que récemment, Citizen a commencé à remplacer certains de ses employés par une IA. Certaines de leurs tâches ont par ailleurs été transférées à des travailleurs au Népal et au Kenya payés 1,50 à 2 dollars de l’heure par CloudFactory, un acteur du business process outsourcing (BPO, sous-traitance de diverses tâches dont l’annotation et la modération de contenu).

Citizen a aussi licencié 13 de ses salariés. Une source interne explique à 404 Media que ces derniers, syndiqués, avaient « remis en question la baisse des normes éditoriales liée à l’intégration de l’IA, se détournant de la qualité au profit de la quantité ».

L’IA omet des détails, en rajoute, les interprète mal…

Trois sources internes confient à 404 Media qu’après avoir utilisé l’IA pour aider ses employés à rédiger leurs alertes, Citizen a fini par lui confier la tâche d’écouter les radios policières, transcrire les éventuelles alertes, et les publier sur l’application, sans intervention ni supervision humaine.

Or, l’IA a depuis cumulé les erreurs, et partagé des informations qu’elle n’aurait pas dû. Un « accident de véhicule à moteur » notifié sur une radio policière a par exemple été retranscrit comme « accident de véhicule meurtrier » par l’IA, et envoyé aux utilisateurs de l’application.

D’autres fois, l’IA omettait des informations cruciales, comme de préciser qu’un individu venait de commettre un vol « à main armée ». L’IA se trompait aussi parfois sur les adresses, associant des incidents à des localisations incorrectes.

Il lui est aussi arrivé de partager des détails sordides, données sensibles et numéros de plaques d’immatriculation entendus sur les radios policières, mais qui n’ont pas vocation à être diffusés aux utilisateurs de l’application, conformément aux règles directrices de Citizen.

L’IA a même failli compromettre certaines opérations de maintien de l’ordre en partageant avec les utilisateurs de l’application le fait que des policiers avaient localisé un véhicule volé ou un suspect recherché, ce que des employés humains n’auraient jamais partagé.

L’IA a également « halluciné » une alerte laissant entendre que les agents étaient déjà arrivés sur les lieux d’un incident, alors qu’en réalité le dispatcheur ne faisait que fournir des informations complémentaires pendant qu’ils étaient encore en route.

Il lui est aussi arrivé de dupliquer certaines alertes, faute de comprendre qu’elles faisaient référence à un seul et même incident. L’IA a ainsi interprété les différentes adresses partagées par des policiers au cours d’une course poursuite en autant d’incidents différents, faisant croire aux utilisateurs de l’application que la ville était soudainement victime d’une salve d’attaques à répétition.

Le CEO de Citizen avait lancé une chasse à l’homme… erronée

Les sources de 404 Media déplorent que si cela pouvait « fausser la perception de la criminalité dans une zone donnée », cette démultiplication des incidents, artificiellement générés par IA, ne semblaient pas déranger les cadres supérieurs de Citizen, qui « aimaient le fait de voir plus de points sur la carte et se souciaient moins de savoir s’ils étaient légitimes ».

En 2021, deux des journalistes de 404 Media, qui travaillaient alors à Vice, avaient révélé qu’Andrew Frame, le CEO de Citizen, avait offert aux utilisateurs de l’application une prime de 30 000 $ pour arrêter un pyromane présumé, partageant sur l’application le nom et photographie du suspect présumé :

« Cherchez [le nom de la personne]. Cherchez-le. Les membres de la famille de [nom de la personne]. Il n’est pas venu au monde tout seul, nous avons besoin de votre aide. Nous avons besoin de vous pour nous aider à le contacter et à identifier l’endroit où il se trouve. Nous avons besoin de l’odeur de ses vêtements. Il faut que cet homme quitte la rue pour que nous puissions arrêter de brûler la ville de Los Angeles […] Cette personne est le diable et nous devons l’éliminer de la rue. Nous devons remettre de l’ordre dans notre ville. »

La chasse à l’homme prit fin quelques heures plus tard quand la police arrêta le vrai pyromane, qui n’était pas celui que le CEO de Citizen avait dénoncé. À l’époque, Prince Mapp, le responsable de la communauté de Citizen, avait rétorqué avoir « mobilisé une ville pour qu’une personne soit traduite en Justice ».

Des informations vérifiées provenant de sources officielles

Le mois dernier, souligne 404 Media, le maire de New York, Eric Adams, a partagé sur Instagram une photo faisant de lui un « hug » à Prince Mapp, alors que la ville s’associait à Citizen en créant son propre compte géré par la ville.

« Une grande partie de la construction d’une ville plus sûre consiste à s’assurer que les New-Yorkais disposent des informations dont ils ont besoin pour assurer leur propre sécurité et celle de leurs proches », a déclaré le maire Eric Adams dans un communiqué de presse, qui précise que ce partenariat n’entraînerait « aucun coût » pour les finances de la municipalité :

« L’annonce d’aujourd’hui ajoute une nouvelle couche aux stratégies de communication de la ville en matière de sécurité publique, en aidant à atteindre encore plus de résidents avec des informations opportunes et vérifiées provenant de sources officielles. »

404 Media précise que « Citizen n’a pas répondu à de multiples demandes de commentaires ».

Commentaires (13)

votre avatar
Regarde la 4eme de couverture de mes livres - la mention "Fiction - anticipation" a disparu

:frown:
votre avatar
Bref, l'IA n'est pas de l'IA mais un algo associé à un amas de données, faillible.
Ce genre de pseudo IA ne doit pas être laissé assumer des tâches critiques de façon autonomes, d'ailleurs elles ne doivent pas être autonomes, et doit se cantonner au rôle d'assistant.
Des tas de gens rêvent de faire un pognon de dingue avec un truc qui fonctionne tout seul et remplace de la main d’œuvre, mais au mieux, ça pourra améliorer dans certains cas la productivité et le champ des possibles de tout un chacun, ou s'occuper de taches non critiques où un certain taux d'erreur est acceptable et rentable.
J'ai développé entre kilocode et VScodium un module pour mon site pendant une semaine pour automatiser des fonctionnailités très spécifiques (récupérer des dizaines de caractéristiques produits sur près de 200 produits) qui m'auraient pris autant de temps derrière à écrire à la main, mais j'ai désormais un outil qui me fait gagner un temps de dingue. Pour autant je dois relire derrière et vérifier et j'ai même intégré une fonctionnalité pour ça. (Ce qui est toujours bien plus rapide que si j'avais dû tout faire à la main)
En outre j'ai pu ajouter une fonction d'export/import des caractéristiques de tous les produits.
Il ne me viendrait pour autant pas à l'idée de laisser une "IA" gérer quoi que ce soit seule, de mon entreprise, je reste maître à bord.
votre avatar
Le problème étant que la majorité des professionnels de l'IA le comprennent bien, mais on est a cette étape dans le cycle de vie d'une technologie, où ce n'est pas encore abouti, alors que des boîtes de conseil comme Accenture en font deja des promesses absurdes de révolution industrielle que leurs clients s'empressent d'avaler...
L'idiotie est telle quand période d' "austérité", seuls les experts IA peuvent prétendre à une augmentation (depuis deux ans déjà). On est pas dans la merde en effet ..
votre avatar
Sont-ce des boules qui tombent l'IA qui prédit ?
votre avatar
J'espère que les Espions Intrusifs (l'autre nom des Voisins Vigilants) n'utilisent pas cette appli !
Par contre peu de doute pour Retheileau...
votre avatar
/ insérez ici une vanne à base de référence à BlackMirror /
votre avatar
Ca existe les "IA" qui n'hallucinent pas ?
votre avatar
Soit elles hallucinent, soit elles ratent des cas. Après, c'est un peu pareil pour les humains. Sauf que les IA, on peut les régler normalement.
votre avatar
L'IA omet des détails, en rajoute, les interprète mal...
Bref, l'IA c'est quelque part entre la news BFM TV et le communiqué d'un politicien.
C'est pas si mal. :D
votre avatar
L'un comme l'autre n'ayant comme intelligence que de l'artificiel.
votre avatar
J'attends le moment où on nous dira que c'est tout à fait normal qu'une IA hallucine car comme on la rapproche de l'I(sans)A, ben l'humain commet des erreurs, invente, affabule, etc. Donc normal. Voire même souhaité pour l'améliorer !
votre avatar
Ce qu’il faut comparer, c’est le taux d’erreur et la gravité de celles-ci. Pour l’instant, on a encore un taux élevé, et des erreurs très graves. Normalement, ça veut dire que ce n’est pas du prêt pour un déploiement en production. Mais comme ça coûte sacrément moins cher que des humains, et que celui qui paie les pots cassés n’est pas celui qui a mis en place le système, la logique économique veut qu’on déploie ça comme des porcs.
votre avatar
Très bon résumé de la hype actuelle autour de l'IA. Quand le secteur va se rationaliser, ça va piquer.