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Les articles scientifiques frauduleux croissent deux fois plus vite que les rétractations

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Les articles scientifiques frauduleux croissent deux fois plus vite que les rétractations

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Une analyse statistique indique que le nombre de publications scientifiques frauduleuses produites par les « usines à articles » (« paper mills » en VO) doublerait tous les 18 mois, au point d'être devenues une « industrie ». Seules 25 % d'entre elles seraient finalement rétractées. Un chiffre d'autant plus inquiétant que le nombre de rétractations ne double quant à lui que tous les 40 mois, et celui des publications scientifiques que tous les 15 ans.

Le 07 août 2025 à 14h53

« Les entités qui permettent la fraude scientifique à grande échelle sont de grande taille, résilientes et se développent rapidement », titre un article de recherche publié ce lundi dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), la revue à comité de lecture de l'Académie nationale des sciences des États-Unis.

Les cinq chercheurs co-signataires de la publication ont en effet découvert « un vaste réseau d'éditeurs et d'auteurs qui coopèrent pour obtenir la publication d'articles scientifiques qui échappent aux normes traditionnelles d'évaluation par les pairs » :

« Certains suggèrent que la facilité de communication offerte par l'internet et la publication en libre accès ont créé les conditions nécessaires à l'émergence d'entités – usines à articles (c'est-à-dire vendeurs de recherches fabriquées et de faible qualité produites en masse), courtiers (c'est-à-dire intermédiaires entre les producteurs et les éditeurs de recherches frauduleuses), revues prédatrices, qui n'effectuent aucun contrôle de qualité sur les soumissions – qui facilitent la fraude scientifique systématique. »

Luís A. Nunes Amaral, spécialiste des données à l'université Northwestern et co-auteur de l'étude, émet l'hypothèse que les faussaires utiliseraient les mêmes banques d'images pour générer « des lots entiers d'articles, qu'ils vendent ensuite à certains éditeurs corrompus », résume le New York Times (NYT). Une production en série et à la chaîne que les IA génératives risquent de démultiplier.

Reese Richardson, l'un des co-auteurs de l'étude, relève par ailleurs que le nombre d'articles publiés par des candidats à l'internat de médecine « est monté en flèche ces dernières années », avec des étudiants « revendiquant la paternité de dizaines d'articles », note Science.org. Ils émanent notamment d'étudiants étrangers titulaires de visas, et acculés à devoir démontrer qu'ils sont autant, voire plus productifs que leurs pairs.

Un fact-checking de Nature révèle par ailleurs que 30 % des publications rétractées de la mégarevue PLoS émane d'une quarantaine d'éditeurs seulement, représentant 1,3 % seulement du corpus des publications étudiées.

La fraude scientifique « est devenue une industrie »

Si les premières « usines à articles » (« paper mills » en VO) dateraient du milieu du XIXe siècle et que l'expression « Publier ou périr », apparue dans les années 30, a explosé dans les années 1980, le web et la publication ouverte (open publishing) les rendent plus faciles à mettre en œuvre et à faire fonctionner, mais également plus lucratives.

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Commentaires (5)

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On ne plus faire confiance en rien...
Ce qui n'empêchera pas certains de continués à utiliser le "d'après une étude..."

Rien à voir
Pour son analogie
« C'est comme vider une baignoire qui déborde avec une cuillère »
j'aurai plutot dit,
"C'est comme essayer d'étouffer un incendie avec un mouchoir en papier"
Car à la fin tu fini cramer (métaphoriquement par les efforts faits)
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Il n'existe pas de système de "notation" des revues scientifiques, permettant d'avoir une idée de la "respectabilité" d'une revue ?
Par exemple, une revue qui a plus de 1 article rétracté par mois aurait une note en dessous de la moyenne, et n'aurai ainsi plus de poids auprès des pairs scientifiques (et donc mourrai bien vite).
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Il suffirait qu'elle ne rétracte plus autant d'articles et ce serait bon. Il y aurait une chasse aux détracteurs en prime et d'autres effets pervers à la place.
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Sauf que l'indicateur peut aussi intégrer le fait qu'une publication ne soit pas valide scientifiquement sans avoir été rétractée, et donc que la revue est encore moins crédible.
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Si, ça s'appelle un indicateur d'impact. Il y en a plusieurs, avec des biais très importants renforçant la boucle du publier ou périr. L'index de risque sur l'intégrité de la recherche répond je pense à ta demande.

Les articles scientifiques frauduleux croissent deux fois plus vite que les rétractations

  • La fraude scientifique « est devenue une industrie »

  • 32 786 articles suspects, 8 589 rétractations

  • 45 éditeurs cumulent 1,3 % des publications, mais 30 % des rétractations

  • Le nombre d'articles suspects double deux fois plus vite que celui des rétractations

  • Seuls 29 % des articles suspectés d'émaner de « paper mills » ont été rétractés

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