Recyclage, reconditionnement : comment EcoMicro gère la fin de vie numérique
50 francs le recyclage d'un écran
Dans le sixième épisode d’Écosystème, Julien Maranon détaille les diverses manières qu’a son entreprise EcoMicro d’envisager la fin de vie des équipements numériques.
Le 06 août 2025 à 17h29
4 min
Société numérique
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En 2022, les humains ont produit 62 milliards de kilos de déchets électroniques, d'après les calculs de l’institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (Unitar). Ce chiffre représentait une hausse de 82 % par rapport au total des déchets électroniques produits en 2010. En parallèle, le marché du reconditionné s'étend (1 smartphone sur 5 était d'occasion en France en 2024, selon Kantar), mais à un rythme plus lent.
Active en Gironde depuis 30 ans, la société EcoMicro propose de la collecte d’équipement informatique aux entreprises et aux collectivités. Une fois récupérés, « notre ADN d’informaticien se dit : si cet ordinateur fonctionnait hier, il y a de grandes chances qu’en n’en faisant pas beaucoup plus, il puisse fonctionner aujourd’hui et même demain », explique son patron Julien Maranon à Next.
17,6 kg de déchets électroniques
La trentaine de salariés d’EcoMicro, dont 10 issus d’un partenariat ESAT (Établissements et Services d’Accompagnement par le Travail), participent donc à trier les équipements dont la durée de vie est susceptible d’être allongée grâce à du changement de pièce ou de la réparation, de ce qui est trop vieux, cassé ou « profondément obsolètes », et ne peut donc plus qu’être recyclé. Dans ces cas-là, « on désosse tous les composants, on sépare l’acier, l’aluminium, le cuivre des cartes électroniques et le reste ».
L’enjeu est d’autant plus important que, selon l’ONU, le volume de déchets technologiques augmente cinq fois plus vite que celui des déchets recyclés. Autre élément : le gâchis n’est pas produit uniformément sur la planète. En 2022, les Européens produisaient en moyenne 17,6 kg de déchets électroniques, devant les 16,1 kg relevés en Océanie et les 14,1 kg de déchets électroniques constatés dans les Amériques (du Nord et du Sud réunis). Concrètement, les Européens produisent sept fois plus de déchets que les Africains.
Paradoxe du recyclage
En trente ans, souligne Julien Maranon, « même si le contexte actuel peut faire craindre quelques retours en arrière, on parle de plus en plus de lutte voire d’adaptation aux bouleversements environnementaux ».
Cette conscience accrue s’accompagne d’évolutions de comportements paradoxales : « Quand j’étais enfant, la valeur des matières premières était beaucoup plus basse qu’aujourd’hui, ce qui rendait coûteux le fait de déconstruire des équipements électroniques », raconte Julien Maranon. À l’époque, son père, le fondateur d’EcoMicro, parvient à convaincre des gens de payer pour le recyclage de leurs équipements. « C’était 50 francs, donc 7,5 euros pour un seul écran. Ce n’était que la naissance du concept de développement durable, mais beaucoup d’entreprises étaient prêtes à payer ce prix car elles avaient conscience du fait que ces objets étaient plein de métaux lourds, du coût que leur traitement demandait. »
Aujourd’hui, estime l’entrepreneur, « beaucoup plus de personnes sont sensibilisées aux questions environnementales, mais personne en France ne serait prêt à payer ce prix-là. » À l’inverse, le prix des matériaux récupérés des équipements recyclés a suffisamment augmenté pour prendre sa place dans les revenus d’EcoMicro.
Multiplication des matériaux
Leur complexité croissante joue aussi : en trente ans, Julien Maranon estime que « le nombre de matériaux présents sur une carte électronique a au moins été multiplié par quatre ». En termes de poids de métaux, sur une carte mère, « 97 ou 98 % seront recyclés ». Dans le lot, l’or, l’argent, le palladium, le platine ou le cuivre seront les plus simples à récupérer.
Cela dit, de nombreux métaux présents seulement à l’état de trace, parmi lesquels certaines terres rares, ne seront pas recyclés. Certains métaux qualifiés de critiques ou stratégiques par l’Union européenne, par exemple, « sont présents dans des quantités tellement infimes que technologiquement, personne ne sait aller les chercher ».
Pour en savoir plus, écoutez Écosystème.
Recyclage, reconditionnement : comment EcoMicro gère la fin de vie numérique
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17,6 kg de déchets électroniques
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Paradoxe du recyclage
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Multiplication des matériaux
Commentaires (4)
Le 07/08/2025 à 08h46
La relecture est en vacances elle aussi
Le 07/08/2025 à 09h49
Pourtant, quand je cherche ESAT, les travailleurs peuvent être payés moins que le SMIC, il y a plein d'aides d'État et donc au final une main d’œuvre qui ne doit pas couter très cher pour l'entreprise. D'un autre côté, c'est de la réinsertion, donc ils ont aussi peut être besoin de plus de temps ou d’accompagnement qu'un salarié "classique", pour la même tâche.
Au final, je ne sais pas quoi en penser. Est-ce que c'est une vraie mission de réinsertion bénéfique pour la collectivité, ou des travailleurs pas chers au bénéfice de l'entreprise avec un beau social washing en prime ?
S'il y a des personnes qui maitrisent le sujet, je veux bien les arguments pour me faire mon opinion :)
Le 07/08/2025 à 17h32
Mediapart :
Handicap : des travailleurs promis à la misère sous couvert d’action sociale
Le 07/08/2025 à 18h14
Même si ça concerne environ 120 000 travailleurs handicapés.
Le journaliste Thibault Petit a écrit un livre après son enquête sur le secteur : https://arenes.fr/livre/handicap-a-vendre/
Cette interview résume bien son enquête :
https://www.welcometothejungle.com/fr/articles/thibault-petit-handicap-a-vendre-esat-travail-validisme
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