Connexion Premium

Royaume-Uni : la reconnaissance faciale policière en temps réel gagne du terrain

Big Brother Watched

Royaume-Uni : la reconnaissance faciale policière en temps réel gagne du terrain

Illustration : Flock

Après avoir testé son système de reconnaissance faciale « en direct » via des fourgons de police, qui aurait permis d’identifier et arrêté plus de 500 « criminels présumés » recherchés, la police s’apprête à déployer deux caméras fixes dans la banlieue de Londres. Le nombre de « faux positifs » serait quasi-nul, ce que conteste l’ONG Big Brother Watch, qui se base aussi, de son côté, sur les systèmes déployés dans les magasins.

La police métropolitaine (« Met ») du Grand Londres va déployer deux caméras de reconnaissance faciale en direct (LFR, pour « Live Facial Recognition ») cet été à Croydon, une ville de la banlieue sud de la capitale britannique, rapporte The Times.

Ce déploiement ferait partie d’un projet pilote entamé il y a deux ans, précise The Register. Les caméras LFR comparent les visages des passants à une base de données de personnes recherchées et « criminels présumés, notamment des violeurs, des cambrioleurs et des voleurs ».

Les données sont immédiatement effacées s’il n’y a pas de correspondance. Le système, « accrédité » par le Laboratoire National de Physique, « ne présente pas les mêmes biais raciaux que d’autres formes de reconnaissance faciale », précise la « Met ».

Le système, testé jusqu’alors via des caméras LFR installées sur des fourgons de police, aurait d’ores et déjà permis, l’an passé de procéder à « plus de 500 arrestations » d’« individus dangereux soupçonnés d’infractions graves, notamment d’étranglement, de harcèlement, de violences domestiques et de viol », précise un porte-parole de la Met. Sur LinkedIn, la Met expliquait en décembre dernier que la LFR avait permis 540 arrestations, dont 406 inculpations ou mises en examen.

0,075 % de « vrais positifs », 0,00075 % d’erreurs (« faux positifs »)

« Au cours de l’année écoulée, les fourgons mobiles ont arrêté environ 200 criminels recherchés à Croydon, dont au moins deux violeurs qui n’auraient pas été arrêtés autrement », a de son côté déclaré Chris Philp, député conservateur de Croydon South.

Les statistiques fournies par la police de l’Essex, au nord-est de Londres, montrent que ses expérimentations, ayant consisté à surveiller de 10 000 à plus de 50 000 visages par jour, leur a permis l’identification de 2 à 15 suspects, souvent suivie de leur arrestation, avec un nombre quasi-nul de « faux positif ».

Les statistiques (.pdf) de la « Met » des différents déploiements de caméras LFR en 2025 montrent des chiffres similaires, avec seulement cinq « faux positifs » pour un peu plus de 500 alertes « confirmées » (et donc « vrais positifs ») pour près de 675 000 visages scannés, soit un taux de 0,075 % d’identifications, et de 0,00075 % d’erreurs.

La LFR n’a fait l’objet d’ « aucune législation parlementaire »

L’ONG Big Brother Watch relève de son côté que « le total des arrestations effectuées lors du match de rugby opposant le Pays de Galles à l’Angleterre, le 15 mars, au cours duquel la police a scanné 162 680 visages, s’élève à zéro », ce qui « témoigne d’un gaspillage honteux des ressources de la police, en plus de graves problèmes de droits ».

Elle souligne que jusqu’à présent, ces caméras LFR n’étaient utilisées que sur des fourgons de police « clairement identifiés et utilisés uniquement lors de déploiements limités dans le temps ». Elle estime en outre que cette décision « souligne également le besoin urgent de garanties législatives concernant la LFR qui, à ce jour, n’a fait l’objet d’aucune législation parlementaire ».

Les nouvelles caméras, qui devraient être mises en service en juin ou juillet, seront placées sur des lampadaires existants ou attachées à des bâtiments. Elles ne seront allumées « que lorsque les agents seront déployés sur le terrain, prêts à répondre aux alertes », précise Mitch Carr, directeur de la police de proximité pour le sud de Londres.

Un plan de financement de 66,4 M€ sur quatre ans

En avril 2024, le gouvernement de Rishi Sunak avait annoncé un plan de financement de 55,5 millions de livres sterling (soit 66,4 millions d’euros) sur quatre ans pour déployer de tels systèmes LFR, dont 4 millions pour des projets d’unités mobiles dans la rue. Une bonne partie de ces investissements visait par ailleurs à lutter contre les voleurs à l’étalage :

« Une nouvelle équipe de police spécialisée, créée l’année dernière, recueille des renseignements sur les gangs de la criminalité organisée dans le commerce de détail, financés par « Pegasus », un partenariat inédit entre les entreprises et la police, soutenu par 14 des plus grands détaillants du Royaume-Uni, National Business Crime Solutions et le ministère de l’intérieur, lancé pour améliorer radicalement la façon dont les détaillants peuvent partager des renseignements avec la police afin d’identifier davantage de contrevenants. L’unité fait partie d’Opal, l’unité nationale de renseignement de la police pour les crimes graves et organisés. »

La police s’était alors engagée à exploiter les images de vidéosurveillance des voleurs à l’étalage en les comparant avec leurs bases de données, « afin de faciliter les efforts d’identification des délinquants prolifiques ou des individus potentiellement dangereux ».

Plus de 3 000 personnes auraient été identifiées à tort

En mai 2024, Big Brother Watch avait également porté plainte contre la société Facewatch, qui fournit des logiciels de reconnaissance faciale à des magasins du Royaume-Uni, après qu’elle eut identifié, à tort, une jeune femme de 19 ans comme voleuse à l’étalage et mise à la porte d’un magasin Home Bargains.

« Je n’ai jamais volé de ma vie et j’ai donc été confuse, bouleversée et humiliée d’être qualifiée de criminelle devant tout un magasin », avait-elle déclaré dans un communiqué.

L’ONG avait précisé qu’elle envisageait d’autres dépôts de plainte au nom d’autres personnes ayant, elles aussi, été identifiées à tort. Elle avance en effet que « plus de 3 000 personnes » auraient, elles aussi, été identifiées à tort par les systèmes LFR de la police – mais sans pour autant en détailler cette recension, si elle se limite à la LFR policière, ou si elle s’étendrait aussi aux logiciels utilisés dans les commerces.

Elle rappelle aussi que la reconnaissance faciale est interdite à San Francisco et dans 13 autres villes (16, d’après un décompte de 2022 de l’Electronic Frontier Foundation – EFF).

Big Brother Watch déplore en outre que la chaîne de supermarchés Asda vienne de son côté de lancer un test de deux mois dans cinq de ses magasins du Grand Manchester recourant au logiciel de reconnaissance faciale de FaiceTech, un concurrent de Facewatch.

Des expérimentations remontant à 2017

En 2017, la police du Pays de Galles du Sud avait commencé à tester l’utilisation de la reconnaissance faciale, suivie, en 2018, par plusieurs quartiers de la capitale du Royaume-Uni, afin d’identifier des personnes recherchées par les forces de l’ordre.

En 2019, le Comité des sciences et de la technologie de la Chambre des communes avait recommandé que la LFR ne soit pas utilisée tant que les préoccupations concernant le biais et l’efficacité de la technologie ne seraient pas résolues.

En 2020, la Cour d’appel du Royaume-Uni avait jugé que l’utilisation de la LFR par la police du sud du Pays de Galles était illégale, et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme avait appelé à un moratoire.

En 2021, le bureau du maire de Londres avait approuvé une proposition permettant à sa police métropolitaine (Met) d’utiliser la reconnaissance faciale rétrospective (RFR), pour comparer des suspects d’infractions avec la Police National Database (PND) britannique.

En 2023, Chris Philp, le ministre de la police, avait reconnu que les 43 forces de police territoriales britanniques avaient recours à la RFR et que la PND contenait alors plus de 16 millions d’images de personnes arrêtées. 

Commentaires (4)

votre avatar
Dans Minority Report (2002), le héros (Tom Cruise) est obligé de se faire une greffe des 2 yeux (pas encore possible en 2025) car les citoyens sont constamment scannés par des lecteurs de rétine qui scannent à plusieurs mètres de distance. Ce qui lui a valu le droit ensuite en rentrant dans un magasin GAP pour s'acheter des nouveaux vêtements à un :

"Bienvenu Mr. Yamamoto..."

mais bon il avait eu un super prix pour cette greffe des 2 yeux... Donc on ne pose pas de question non plus...

:fumer:
votre avatar
Londres : la police teste la reconnaissance fèciale rétrospective pour traquer les criminels des sous-sols.
Londres s'apprête à franchir une nouvelle étape dans l'utilisation des technologies de surveillance. Après l'annonce de l'expérimentation de la reconnaissance faciale rétrospective par la Metropolitan Police, une initiative plus souterraine est en cours d'étude : la reconnaissance fèciale rétrospective. Objectif ? Exploiter les masses colossales de résidus accumulés dans les égouts de la capitale pour identifier les individus ayant laissé des traces involontaires.

Fatbergs et empreintes biologiques
Cette technologie s'appuierait sur les "fatbergs", ces gigantesques conglomérats de graisses, de lingettes et d'autres déchets qui obstruent régulièrement le réseau d'assainissement londonien. Selon un rapport de Thames Water, certains de ces amoncellements atteignent plusieurs dizaines de tonnes et renferment une mine d'informations biologiques exploitables.
Les chercheurs travaillant sur le projet estiment qu'il est possible d'analyser les dépôts laissés dans les canalisations pour extraire des empreintes génétiques et d'autres indices physiologiques. "Chaque individu laisse une signature unique dans les réseaux d'assainissement. En croisant ces données avec les bases d'ADN existantes, nous pourrions reconstituer des profils biométriques et même déterminer l'alimentation ou l'état de santé de certains suspects", explique un expert anonyme proche du dossier.

Vers un nouvel outil d'enquête ?
Si la reconnaissance faciale est déjà critiquée pour ses atteintes aux libertés individuelles, la reconnaissance fèciale rétrospective soulève d'autres questions éthiques. "Peut-on vraiment être poursuivi sur la base de traces organiques retrouvées dans les égouts ? Jusqu'où la police peut-elle fouiller nos intimités les plus profondes ?", s'interroge un avocat spécialisé dans les droits numériques.
De son côté, Scotland Yard défend cette approche inédite, estimant qu'elle pourrait être un outil précieux pour résoudre des affaires criminelles ou lutter contre le trafic de stupéfiants. "Les réseaux d'égouts sont déjà scrutés pour détecter la présence de substances illicites. Avec la reconnaissance fèciale, nous allons littéralement aller au fond des choses. »

Une expérimentation en eaux troubles
Pour l'heure, la reconnaissance fèciale rétrospective reste à l'état de projet pilote, testé dans certaines zones du réseau souterrain de Londres. "Nous avons déjà procédé à des prélèvements dans des quartiers stratégiques et les résultats sont prometteurs", confie une source policière.
Si elle se développe, cette technologie pourrait ouvrir la voie à des applications inattendues, bien au-delà du cadre judiciaire. D'aucuns redoutent déjà une dérive commerciale, où les données biologiques recueillies seraient utilisées à des fins marketing. "Votre alimentation et vos habitudes de consommation pourraient être analysées par les grandes entreprises à partir de ce que vous laissez derrière vous", prévient un lanceur d'alerte.
La question reste en suspens, mais une chose est sûre : avec la reconnaissance fèciale rétrospective, l'expression "ne rien laisser passer" prend une dimension inédite.
votre avatar
C'est un excellent poisson d'avril c'est reconnaissance féc(i)ale. :bocul:
votre avatar
Rigole pas trop, il est déjà possible de trouver des consommateurs de drogues via analyse des eaux usées. Et bien d'autres info dont je ne me rappelle plus.