L’académie Goncourt se positionne vite et maladroitement contre l’IA générative
4 min
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L’académie Goncourt a annoncé vendredi 25 septembre la suppression de C’était ça ou mourir, de l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien, de la liste des romans présélectionnés pour son célèbre prix, qui sera décerné le 4 novembre prochain.
« Ce choix est dicté par la volonté de préserver l’intégrité du prix Goncourt, celle de l’Académie, dont le rôle central consiste à promouvoir et couronner la littérature écrite par des femmes et des hommes », fait valoir l’académie dans un communiqué (PDF).

La publication de ce communiqué intervient après plusieurs jours d’une tempête médiatique inédite dans le monde littéraire.
Lundi 21 septembre, un compte X anonyme « Balance ton Claude » qui ne compte qu’une centaine d’abonnés publie des captures d’écran d’une analyse réalisée au moyen d’un outil de détection d’IA générative, Pangram, sur le texte du roman de Thélyson Orélien, qui vient de recevoir le prix du roman Fnac.
Le compte affirme avoir testé 20 passages du roman, et que tous ressortent comme intégralement générés par IA selon Pangram. L’auteur, interrogé par Libération, dément tout recours à l’IA et son éditeur, Grasset, évoque selon Radio France une « campagne de haine ».
Entre le 22 et le 23 septembre, plusieurs internautes ayant entrepris d’éplucher l’œuvre de Thélyson Orélien font émerger de nouvelles accusations, de plagiat cette fois. Elles visent notamment sa nouvelle Où va le monde, récompensée en 2012 d’un prix décerné par le groupe audiovisuel public Radio-Canada, qui emprunte largement son texte à un extrait du livre Le matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier, paru en 1960.
Ces accusations sont vérifiées et confirmées par de nombreux médias, dont Radio Canada.
Jeudi 24 septembre, le Figaro révèle que le compte anonyme est administré par Samuel Fitoussi, lui-même chroniqueur au Figaro et relais de la première heure des accusations liées à l’utilisation potentielle d’une IA générative dans l’écriture de C’était ça ou mourir.
Et vendredi donc, l’académie Goncourt prend la parole, alors même que son président, Philippe Claudel, avait appelé à ne pas jeter l’opprobre sur l’auteur, et laissé entendre qu’une décision serait prise avant le 6 octobre, date à laquelle le jury doit publier sa liste resserrée.
Le court texte de l’académie Goncourt montre bien le caractère inconfortable de sa position. Il associe en effet deux accusations de nature totalement différente et s’appuie sur les faits avérés de plagiat pour justifier sa décision de sanctionner une faute qui reste, à ce stade, supposée. L’académie le reconnait implicitement quand elle écrit que le roman est « selon toute vraisemblance très largement » écrit à l’aide de l’IA.
S’ils revendiquent une fiabilité élevée, les concepteurs de Pangram admettent d’ailleurs qu’il subsiste une marge d’erreur : ils ne vendent pas une preuve définitive, mais une présomption.
La fin du texte de l’académie soulève de nouvelles questions. Elle indique en effet que sa décision doit être comprise comme « un message qui affirme que nous ne cautionnons ni n’adoubons d’une façon ou d’une autre la création de textes générés avec l’aide de l’IA ». Faut-il comprendre que les textes postulant au Goncourt devront désormais systématiquement passer sous les fourches caudines d’une analyse assistée par intelligence artificielle ? Le cas échéant, à quel niveau d’assistance IA détecté dans l’écriture l’œuvre concernée sera-t-elle recalée ?
En attendant de voir si et comment les autres grands prix littéraires de la rentrée (Renaudot, Femina…) se positionnent, l’académie prévient commodément que, de son côté, le débat public est clos.
Commentaires (42)
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Abonnez-vousLe 25 septembre à 17h27
Modifié le 25 septembre à 18h10
Ah, mais oui, le tribunal des médias sociaux chie justement à la gueule des droits fondamentaux. J'ai hâte que les personnes qui accusent se fassent à leur tour condamner et exécuter par leur tribunal.
Le 25 septembre à 18h36
Le 25 septembre à 19h23
Je ne sais pas pour le Canada, mais en France, le plagiat est apprécié par un juge.
Le 25 septembre à 19h45
Le 25 septembre à 19h57
Le 28 septembre à 11h48
Modifié le 25 septembre à 20h41
Sinon, c'est le métier des journalistes d'enquêter et de faire sortir la vérité.
Et un instituteur, un prof d'université, un comité de relecture scientifique, un jury de concours, un éditeur etc. peuvent, dans le cadre de leurs attributions, légitimement déterminer qu'il y a eu plagiat ou manquement déontologique, heureusement sans nécessiter que ça soit jugé par la justice.
Le 25 septembre à 21h12
J'ai écrit ça quand ?
Modifié le 25 septembre à 23h51
Non : des groupes de gens dont c'est le rôle jugent que son œuvre n'est pas éligible à tel ou tel prix.
Le 26 septembre à 08h46
C'est ça que je dénonce : le tribunal des médias sociaux qui condamne immédiatement et a des répercussions immédiates sur simples bases d'accusations.
Raison pour laquelle je souhaite que les personnes adeptes de cette méthode se fassent prendre dans l'engrenage qu'elles défendent.
Le 27 septembre à 10h22
Ce ne sont pas les "simples accusations" qui ont causé ça, mais le fait que ces accusations étaient fondées sur des éléments matériels objectifs, même si imparfaits et faillibles. Sans cela ces simples accusations ne seraient pas allées aussi loin.
C'est assez triste que l'IA aie créé ce soupçon permanent sur l'origine humaine d'une œuvre, mais c'est malheureusement une réalité aujourd'hui, et la question dépasse largement cet écrivain.
Modifié le 25 septembre à 21h29
L'article de radio-canada cite quand même de nombreux exemples. Et affirme notamment que : La comparaison [voir ici] est plus qu'édifiante, pas besoin d'être ni juge ni expert pour arriver à un consensus.
Autant pour la partie « IA » de l'affaire, je trouvais l'accusation un peu facile (vu la non-fiabilité des outils), autant la partie plagiat semble évidente pour tout le monde. Et à titre personnel je trouve que ça justifie l'éviction d'un auteur d'un concours/prix (quel qu'il soit). Maintenant, matraquer l'argument de l'IA en évoquant à peine les plagiats, je pense que c'est effectivement très maladroit. Enfin, est-ce qu'on doit présumer l'innocence actuelle d'un plagieur avéré ? Pas sûr.
Le 25 septembre à 21h34
Le 25 septembre à 22h26
Mais ce n'est pas une raison pour séparer l'artiste de l’œuvre (comme d'hab).
Et c'est déjà arrivé, dans un Goncourt, de retirer une œuvre en raison de son auteur : en 1960, le jury a attribué puis retiré le prix Goncourt à Dieu est né en exil de Vintila Horia, quand ils ont appris le passé de militant fasciste et antisémite de l'auteur.
Bref, pour le Goncourt comme pour le reste, il ne fait pas bon séparer une œuvre de son artiste. Ça évite notamment de récompenser des gens dont on estime qu'ils ne méritent pas de récompense.
Modifié le 26 septembre à 05h58
D'autre part, ça ne manque pas de piquant de comparer des accusations de plagiat d'il y a plus de 10 ans sur des articles de presse et une nouvelle, avec un passé fasciste durant la 2de Guerre mondiale. Sachant que Thélyson Orélien fait l'objet de harcèlement raciste (une personne noire ne peut pas avoir les capacités intellectuelles d'un romancier respectable), c'est une inversion des valeurs malheureusement devenue acceptable en 2026.
Le 26 septembre à 08h35
Bof. C'est juste des gens qui se réunissent et promeuvent la littérature qu'ils aiment. Je pense qu'il ne faut pas leur donner plus d'importance que ça, que se soit pour le Goncourt ou pour « Sous la Plume », organisé par l’association Lire à Plobannalec-Lesconil.
C'est quand même pas de ma faute si le seul contre-exemple (à ma connaissance) à ton affirmation est celui-ci. À aucun moment je ne sous-entends que les 2 cas sont d'une gravité comparable.
Et au passage, les accusations de plagiat concernent plusieurs textes, pas uniquement les 2 lignes que je cite. Ce n'est pas pour rien que j'écris « L'article de radio-canada cite quand même de nombreux exemples. », ni que je mette le lien de l'article en question pour que tout le monde puisse se faire une idée.
Le harcèlement raciste qui en découle est clairement une pütain de honte, même si effectivement prévisible dans le contexte ambiant bien moisi. Ça vient toujours des mêmes, qui viendront cracher leur haine quoi qu'il arrive, et ce n'est ni de ma faute ni celle des gens du Goncourt. Ne rien faire aurait été contre-productif je pense.
Maintenant, il aurait peut-être fallu que le débat porte sur les faits avérés plutôt que les suspections de LLM avancées de partout. Mais la question de la valeur littéraire qu'on attribue aux textes sorti par des LLM se posera quand même un jour ou l'autre, dans ce contexte ou dans un autre.
Et il aurait peut-être aussi fallu que cette affaire n'ai pas autant d'inpact, parce qu'au final on parle de la décision du jury d'un simple prix littéraire, qui a acquis une (trop) grande notoriété. D'autres prix interdisent l'utilisation de LLM dans leurs règlements, et ça ne fait heureusement pas autant jaser.
Modifié le 26 septembre à 18h45
OK, merci pour cette précision
« Quels principes et raisons d'être ? »
« Bof. C'est juste des gens qui se réunissent et promeuvent la littérature qu'ils aiment. »
Je vous renvoie à la supercherie de Romain Gary (Emile Ajar) qui a reçu 2 fois le prix Goncourt et qui a refusé en vain le prix sous le nom de Emile Ajar. Le prix Goncourt est un prix d'éditeurs qui aiment certainement la littérature à coup sûr, mais je ne dirais pas que le "consensus" de l'Académie Goncourt corresponde à un pur choix littéraire.
« Et il aurait peut-être aussi fallu que cette affaire n'ai pas autant d'inpact, parce qu'au final on parle de la décision du jury d'un simple prix littéraire, qui a acquis une (trop) grande notoriété. D'autres prix interdisent l'utilisation de LLM dans leurs règlements, et ça ne fait heureusement pas autant jaser. »
C'est bien parce que l'enjeu du prix Goncourt est important éditorialement que ça a un impacte médiatique et que le harcèlement raciste a eu lieu (la culture est l'ennemi des nationalistes et des contre-révolutionnaires). C'est bien parce que détecter l'usage d'IA générative est quasi impossible (jusqu'à aujourd'hui) que l'Académie Goncourt s'est arrangé d'une probabilité pour écarter ce roman qui faisait consensus dans le monde littéraire (de la même manière que Emile Ajar s'est vu refusé le retrait de son roman au motif que ce n'est pas l'auteur qui était récompensé mais une oeuvre). C'est une farce, cette histoire de soupçon d'usage de l'IA, comme l'est l'attribution du prix Goncourt.
Le 25 septembre à 21h53
Le 25 septembre à 22h11
Modifié le 26 septembre à 19h17
Le 26 septembre à 21h25
Modifié le 27 septembre à 23h50
D'après toutes les études indépendantes, les taux de faux positifs sont très faibles.
J'ai vu :
Dans toutes ces études indépendantes, il n'y a aucun faux positifs sur des textes suffisamment longs (des romans).
À noter aussi que ces études ne sont pas sur les dernières versions actuelles de Pangram qui sont encore plus performante.
D'après Pangram, on est à 0,0026% de faux positifs sur les textes français actuellement (chiffre fournis par eux même, donc à vous de voir la crédibilité que vous y accordez).
Les limites de ces détecteurs semblent être :
Et bien sûr, ça reste un outil statistique, sur un seul texte, surtout court, on ne peut pas avoir de certitude absolue.
Et j en profite pour rappeler que même le profil ADN ou l'empreinte digitale ne sont pas des preuves qui, seule, donnent une certitude absolue sur l'identité d'une personne dans une affaire judiciaire, c'est aussi des probabilités, et ça n'en est reste pas moins des outils très puissants.
Sources pour Chicago et Maryland :
https://bfi.uchicago.edu/insights/artificial-writing-and-automated-detection/
https://arxiv.org/pdf/2501.15654
Modifié le 28 septembre à 21h12
Le 28 septembre à 09h47
En ce qui concerne Thélyson Orélien, Pangram permet de constater une utilisation massive de l'IA dans ses romans depuis que l'IA est dispo pour le grand public, et pas du tout avant (logique mais encore fallait-il le tester). On ne peut guère plus probant.
Le 28 septembre à 14h12
Le 28 septembre à 17h31
Le 29 septembre à 09h14
Le 29 septembre à 10h11
Même si on peut imaginer un effet IA, à mon avis prématuré (mais qui existera très certainement bientôt) : le fait d'écrire soi-même à la façon d'une IA.
Le 29 septembre à 14h02
Tu ne peux pas t'appuyer sur ce fait pour qualifier la qualité de Pangram, vu que ça se fait depuis belle lurette avec des outils anti plagiat.
Le 30 septembre à 09h00
Donc je peux clairement reprendre mon assertion : "Ah euh, non je ne crois pas. La fiabilité pour les vrais positifs est de l'ordre de 100% pour un bouquin. Ce sont les faux négatifs qui sont non négligeables.
"
Le 30 septembre à 11h01
Le 1er octobre à 19h01
Le 1er octobre à 19h07
Le 1er octobre à 19h23
Je ne vais pas parler stats, y'a wikipedia (et votre LLM favori) pour ça et c'est long.
Aucune preuve n’a besoin d’être fiable à 100 % pour être recevable ou utilisée publiquement, sinon on ne pourrait quasiment jamais rien affirmer. Oui, accuser quelqu’un publiquement peut relever de la diffamation, mais pas simplement parce que l’élément de preuve utilisé comporte une marge d’erreur.
Pour le reste, j'ai déjà très clairement répondu.
Le 1er octobre à 20h27
J'ai relu tes interventions ici et aucune ne me convainc.
Elles sont pleines d'affirmations non sourcées : pas un seul lien et dans l'ensemble elles reprennent les dire de la société dont tu vantes l'outil de détection.
Mais on ne sait rien de cet outil, on ne sait rien des statistiques sur des textes en français et encore moins des textes des gens d’origine d’Haïti ou des caraïbes en général qui ont un style particulier. Et je suis à peu près sûr que Pangram n'en sait rien non plus parce qu'il n'a pas assez de contenu de ce type pour avoir entraîné correctement son IA.
Je ne sais plus qui a mis un lien ici sur un Kényan qui explique que ses écrits (et ceux des Kényans en général) sont pris pour des écrits par IA parce qu'ils ont acquis un style de ce type par leur enseignement. Il dit même que c'est ChatGPT qui écrit comme lui et pas le contraire.
Quant aux stats, ce ne sont pas des preuves mais des présomptions qu'elles apportent. À partir de là, on ne peut rien affirmer.
La seule chose, c'est que celui qui est accusé de diffamation en suivant cet outil pourra ne pas être condamné car de bonne foi : il répète ce que lui a indiqué l'outil qui a une bonne réputation de fiabilité.
Pour finir, je n'utilise pas de LLM, donc, je n'ai pas de LLM favori.
Le 28 septembre à 20h45
Le 28 septembre à 21h06
Modifié le 28 septembre à 21h52
Le 25 septembre à 18h45
Le 25 septembre à 20h14
je ne vois pas en quoi Radio Canada fait quelque chose d’illégal ici.
Le 26 septembre à 11h50
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