IA et littérature : les détecteurs automatiques comme Pangram surfent sur le doute
Traque sur Internet
Illustration : Flock
Le 23 septembre à 12h16
Les suspicions de copies d’étudiants ou de livres primés générés par IA poussent à utiliser les outils de détection proposés par des entreprises comme Pangram, mais ceux-ci ne peuvent nous assurer d’un diagnostic fiable. En France, l’écrivain Thélyson Orélien est pointé du doigt et son livre passé à la moulinette alors que l’auteur nie l’usage de l’IA générative et affirme : « je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine ».
IA et littérature : les détecteurs automatiques comme Pangram surfent sur le doute
Traque sur Internet
Illustration : Flock
Les suspicions de copies d’étudiants ou de livres primés générés par IA poussent à utiliser les outils de détection proposés par des entreprises comme Pangram, mais ceux-ci ne peuvent nous assurer d’un diagnostic fiable. En France, l’écrivain Thélyson Orélien est pointé du doigt et son livre passé à la moulinette alors que l’auteur nie l’usage de l’IA générative et affirme : « je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine ».
Société numérique
Société
9 min
La suspicion de devoirs rendus et livres de lauréats de prix littéraires générés par IA devient courante et pousse à la tentation de recourir à des logiciels de détection. Mais ceux-ci, même s’ils s’améliorent, peuvent se tromper et ont aussi des biais.
En France, depuis lundi, c’est le livre de Thélyson Orélien, titré « C’était ça ou mourir » et lauréat de plusieurs prix comme le prix Fnac ou le prix Méduse et pressenti par certains comme potentiel prix Goncourt 2026, qui est la cible de certaines critiques. L’ouvrage de l’écrivain québécois d’origine haïtienne a été la première cible littéraire d’un compte créé assez récemment sur X au nom de Pangramed. Ce compte pointe que le service de détection d’utilisation d’IA Pangram, dont il reprend le nom en le détournant, affiche sur plusieurs extraits du livre « nous croyons que ce texte entier est généré par IA » avec un score martelant « 100 % de ce texte est IA ».
Ce message a ensuite été repris sans pincettes par le journaliste du Figaro Paul Sugy et son collègue chroniqueur Samuel Fitoussi. Comme l’analyse Médiapart, une mécanique s’est ensuite déroulée dans les sphères de droite et d’extrême droite, Valeurs actuelles publiant un article sur le sujet, partagé ensuite par Alexandre Avril, vice-président de l’Union des droites pour la République (UDR). De nombreux comptes X ont aussi surfé sur le sujet, certains diffusant de fausses analyses Pangram de textes de Victor Hugo ou de Mary Shelley, d’autres ciblant de façon raciste Thélyson Orélien. Tout ça a propulsé le sujet dans l’actualité.
Depuis, nos confrères de Libération ont pu constater que la version 4 de Pangram estime bien que le texte est « entièrement IA » avec certains passages comme un mélange entre du texte artificiel et humain. Et le service français concurrent à Pangram, Lucide.ai a surfé sur l’occasion pour publier son diagnostic équivalent.
« Je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine »
De son côté, Thélyson Orélien affirme à Libération : «J’ai toujours aimé la création et l’écriture, je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine.». Il ajoute : « Les images, les répétitions et les rythmes sont une parole vivante, elles sont miennes. Mes traditions sont haïtiennes et caribéennes ». Concernant l’estimation de Pangram, il « pense que le logiciel est habitué aux traditions littéraires françaises et aux auteurs classiques ».
Enfin, il exprime sa colère : «Depuis mon arrivée récente en France, je subis de nombreuses attaques racistes, qui ne viennent pas des lecteurs mais de personnes extérieures qui cherchent à nuire. Je n’y prêtais aucune attention. Mais je ne m’attendais pas à des attaques de ce genre. Je ne suis pas triste mais en colère. Je suis en train de constituer un dossier avec mes éditeurs en France et au Québec pour prouver ce que je dis ».
« Une précision de 98 % est extrêmement faible »
Il reste 65% de l'article à découvrir.
Déjà abonné ou lecteur ? Se connecter
Soutenez un journalisme indépendant,
libre de ton, sans pub et sans reproche.
Accédez en illimité aux articles
Profitez d'un média expert et unique
Intégrez la communauté et prenez part aux débats
Partagez des articles premium à vos contacts
expert et sans pub.
Commentaires (27)
Le 23 septembre à 12h44
Merci pour l'article.
Qu'en est-il des traductions ? Vu que l'IA peut aider à traduction des textes, le texte traduit serait reconnu comme rédigé par une IA n'est-ce pas ?
Donc un auteur pas très à l'aise avec le français pourrait écrire en anglais et faire traduire son livre ensuite.
Le 23 septembre à 12h58
Modifié le 23 septembre à 13h13
nègreprête-plume humain, pas de problème.On remarquera, que les 2 sont édités par le même groupe d'édition : Hachette Livre, contrôlé par le groupe Bolloré.
Le 23 septembre à 13h30
Le 23 septembre à 13h50
Le 23 septembre à 13h16
Je trouve que le test par le journaliste de présenter aux systèmes de détection d'IA, les anciens romans Thélyson Orélien n'est pas pertinent: il y a de fortes chances que ses anciennes œuvres soit dans la base d'entraînement du système de détection;
https://www.franceinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux/l-ecrivain-thelyson-orelien-a-t-il-utilise-l-intelligence-artificielle-pour-ecrire-son-premier-roman-c-etait-ca-ou-mourir_8183894.html
Modifié le 23 septembre à 13h57
Le 23 septembre à 14h57
Le 23 septembre à 14h55
Le 23 septembre à 15h16
Modifié le 23 septembre à 15h13
Le 24 septembre à 11h05
Il concluait que la discrimination entre les individus n'était pas acceptable, quand bien même elle existerait scientifiquement.
Le 24 septembre à 13h35
Le 24 septembre à 13h48
Modifié le 24 septembre à 14h38
Je tombe de haut chaque fois que je vois ce genre de croyances, surtout chez un chercheur en philosophie qui va jusqu'à accuser un pair.
Le 23 septembre à 18h17
Il y a 2 films sur les nouvelles technologies à voir : Traque sur internet et Harcèlement (Disclosure - 1994).
Un troisième pour la route : The Circle (2017) pour les services numériques intrusifs ou Dalloway (2025) pour les assistants IA et pour le sujet de la création d'œuvres. Ces films sont moins "happy ending" que les deux de la fin du XXe Siècle (on change d'époque).
Le 23 septembre à 21h01
Non seulement ce sont des accusations gratuites reposant sur le pifomètre algorithmique, mais en plus c'est une violation du droit d'auteur.
Le 25 septembre à 08h10
L’IA serait à la fois capable d’écrire ce qui est perçu comme un chef-d’œuvre, et à la fois à même de le détecter.
Le 25 septembre à 09h52
Ce qui est sûr (et plutôt triste), c'est que personne ne sort grandi du battage médiatique que ça a déclenché...
Modifié le 25 septembre à 10h23
Ca ferait un bon sujet d'article expérimental sans doute :P
Le 25 septembre à 10h47
Le 25 septembre à 11h28
Des collègues ont déjà envisagé ça à l'université, mais c'est pareil, devant un TA, ça ne tient pas la route.
Modifié le 25 septembre à 12h00
Mais si un romain est truffé de passage flagués, les probabilités racontent quelque chose de tangible. Même si on parle d'une probabilité de faux positifs de 10%, mettons, si tu as 50 passages qui déclenchent une alerte, la probabilité que le roman soit écrit à 100% sans IA est de 1 chance sur 10 avec 50 zéros derrière. Bon.
Modifié le 25 septembre à 13h23
Si on considere que c'est le style que Thélyson Orélien a choisi d'utiliser dans ce livre, il est même assez logique qu'un outil statistique ait le même mécanisme et le classe toujours de la même façon.
Bref, la répétition sur plusieurs extraits ne prouve rien de plus.
Modifié le 25 septembre à 13h39
On pointe souvent le rythme ternaire ou ce pauvre cadratin comme étant des preuves accablantes du texte généré par LLM, mais il ne faut pas oublier que de nombreux récits en ont tartiné bien avant l'arrivée de GPT. Tout comme la production actuelle est énorme avec des millions de textes publiés par an qui sont eux-même influencés par les modes du moment (le moi au présent, par exemple). Et, enfin, tous les auteurs ne se valent pas. Un texte à la platitude des LLM peut très bien être écrit par un humain. Les LLM restent un agrégat de tout ce bordel et recrachent ce qui est, de leur point de vue statistique, le plus courant.
La chasse aux sorcières avec comme seule preuve le pifomètre algorithmique est très inquiétante pour l'écriture, je trouve. Cet édito de Charles Garatynski est plutôt intéressant sur le sujet, d'ailleurs. Encore une élément dystopique qui devient réalité
Le 25 septembre à 14h23
Le 28 septembre à 19h38
Signaler un commentaire
Voulez-vous vraiment signaler ce commentaire ?