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Datacenters : de l’Europe aux États membres, personne n’impose la transparence

Et tant pis pour l'adaptation climatique

Datacenters : de l’Europe aux États membres, personne n’impose la transparence

Illustration : Flock

Malgré les dispositions de la directive relative à l’efficacité énergétique, un consortium de journalistes démontre l’incapacité, voire la mauvaise volonté de la Commission européenne et des États membres à faire la transparence sur les impacts environnementaux des centres de données. Lighthouse Reports se tourne désormais vers la Convention d’Aarhus, qui impose des obligations juridiques de transparence à ses signataires.

Quel est l’impact environnemental des centres de données installés en Europe ? La question est répétée, de manière lancinante, auprès des opérateurs européens ou internationaux, auprès des géants numériques qui multiplient les projets, y compris en France : en Alsace, dans le Centre Val-De-Loire, en Seine-et-Marne, auprès des administrations.

Et, quand bien même les règlements européens prévoient que les centres de données envoient les données relatives à leur usage en eau, en électricité, leur recours aux énergies renouvelables ou leur réutilisation de chaleur fatale à la Commission européenne, seulement 36 % les transmettent effectivement. Comme Next le détaillait récemment, sur ces données finalement récupérées, seulement 70,1 % sont jugées fiables. Ne parlons même pas des bilans volontaires des géants du Net qui ne sont loin de donner toutes les informations importantes et contiennent en plus des erreurs.

Alors que l’Europe vient de proposer officiellement un barème de notation des centres de données de A à G, en fonction de leurs impacts, le consortium Investigate Europe révélait au mois d’avril que les pratiques de confidentialité adoptées par Bruxelles correspondent directement aux demandes formulées par Microsoft et Digital Europe, le lobby du numérique dont Meta, CapGemini, NVIDIA et Google comptent parmi les membres.

Pour obtenir malgré tout des informations plus précises, un autre consortium d’investigation, Lighthouse Reports, s’est tourné vers la justice. Au fil de plusieurs mois d’enquête, celui-ci constate, dans les pages de Mediapart, d’El Confidencial, d’Il Manifesto et d’autres médias européens, qu’un voile de silence s’oppose à la publication d’informations précises sur les impacts environnementaux des centres de données.

Face aux refus d’accéder aux demandes d’information, la Convention d’Aarhus

Son réseau d’enquêteurs a soumis des demandes d’accès aux documents administratifs des 27 États membres pour demander la publication des informations relatives à tous les indicateurs prévus par la directive relative à l’efficacité énergétique (DEE).

Ce texte a été révisé en septembre 2023, moins d’un an après le lancement public de ChatGPT (OpenAI), à peine six mois après celui de Claude (Anthropic). C’est en vertu de ces dispositions que les citoyennes et citoyens européens peuvent demander l’accès aux données relatives à la consommation énergétique et d’eau des centres de données, à leurs émissions de chaleur fatale, à l’énergie nécessaire pour refroidir les bâtiments, au type de réfrigérants et de systèmes d’air conditionné utilisés, etc.

En octobre 2025, alors qu’un rapport technique de la Commission décrivait le reporting et la transparence des consommations énergétiques comme « fondamentalement important pour l’estimation correcte de la soutenabilité », Lighthouse reports indique avoir constaté un refus global de transmettre ces éléments.

Dans un courrier échangé avec la Commission, la Slovénie indique par exemple n’avoir « rien reçu » et demande conseil sur la manière de faire. Au total, dix pays indiquent ne pas disposer des informations en question – ce qui signifie qu’ils ne contrôlent pas les impacts environnementaux des centres de données de leur territoire.

Datacenters qui ont envoyés des données à la Commission européenne
Datacenters qui ont envoyés des données à la Commission européenne

Et si plusieurs pays, dont la France, voient leurs commissions chargées de la transparence rendre des avis positifs sur la diffusion de ces informations, plusieurs entreprises citent le secret des affaires pour éviter de les partager.

Faute de meilleur résultat, de la part des États membres comme de la Commission, Lighthouse Reports a entrepris d’interroger le comité de conformité à la Convention d’Aarhus. Signé en 1998, ce traité international garantit en effet que le public accède aux informations environnementales.

Données environnementales contre protection des intérêts commerciaux

En France, l’entité chargée de collecter et de transmettre ces données à la Commission européenne est l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep). Auprès de Mediapart, le ministère de la Transition écologique n’en souligne pas moins la nécessaire « mise en balance » à effectuer entre l’intérêt de diffuser les informations environnementales relatives à ces établissements et la « protection des intérêts commerciaux ainsi que la confidentialité des informations des exploitants ».

Concrètement, cela signifie que l’Arcep peut fournir les « données relatives aux performances énergétiques et environnementales », mais pas les informations administratives qui permettraient de les relier aux bons bâtiments. En l’espèce, le journal français indique avoir finalement reçu un tableau de « près de 163 lignes et 28 colonnes », mais dont « tous les indicateurs sont mélangés, selon un ordre aléatoire ». Impossible, dans ces conditions, d’attribuer correctement les impacts énergétiques, de température ou de consommation d’eau.

Cette logique kafkaïenne est d’ailleurs loin de ne concerner que les médias : présidente du groupe Les Écologistes à l’Assemblée nationale, rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur les vulnérabilités du système numérique, Cyrielle Chatelain indique avoir elle aussi eu maille à partir avec le secret des affaires. Citant les commandes réalisées par les administrations auprès de fournisseurs états-uniens comme Microsoft ou Oracle, elle qualifie la situation de « délirante », dans la mesure où il devient impossible de publier des informations relatives à l’usage de l’argent public.

Dans les autres pays, la situation n’est pas meilleure : l’Allemagne a ainsi mis neuf mois avant d’envoyer sa réponse, qui renvoyait les journalistes vers une base de données publique, par ailleurs incomplète. L’Italie a déclaré ne pas disposer des éléments demandés, quand bien même le pays les avait transmis à Bruxelles. Aux Pays-Bas, l’Agence néerlandaise des entreprises, chargée de collecter les informations, a transmis une liste de 104 bâtiments, alors que l’association locale des data centers déclarait compter 185 centres de données commerciaux d’une capacité de 500 kW minimum sur le territoire.

« Nous ne pensons pas que ce mur de silence soit le fruit du hasard, écrit Lighthouse Reports dans le mémoire soumis ce 28 septembre à la commission de la transparence de la Convention d’Aarhus. Au contraire, on observe chez les décideurs politiques de toute l’Union européenne une volonté claire et constante de nier ou d’entraver l’accès aux informations relatives aux performances des centres de données et à leurs impacts environnementaux, et d’en brouiller la compréhension. » Depuis 2023, relève le consortium d’enquêteurs, le budget du principal lobby des centres de données en Europe, la European Data Centre Association, a été multiplié par huit.

Alors qu’au début des années 2020, l’essentiel des géants numériques avaient pris des engagements pour lutter contre leurs impacts environnementaux, six ans et une vague de l’IA plus tard, même les financiers des sociétés spécialisées dans les technologies climatiques ne s’en cachent plus : « la décarbonation est morte ». C’est du moins ce qu’a lancé Sophie Purdom, fondatrice de la société de capital-risque Planeteer, au Wall Street Journal. Plutôt que de se concentrer sur le financement de solutions dédiées à lutter contre les émissions carbone, son secteur se focalise, lui aussi, sur l’IA. Autrement dit, dans ce cas précis : sur les manières de fournir son infrastructure, en particulier les centres de données, en énergie.

À Cannes, lors du sommet DataCloud qui réunissait les pontes de l’industrie des centres de données, le PDG de la société américaine QTS DataCenter, Thomas Greason, s’est de son côté moqué des « hommes des cavernes » (« Citizens against virtually everything », dont les initiales forment, en anglais, le mot CAVE, caverne). L’idée : faire passer les citoyens qui seraient « contre tout », et surtout contre les data centers, pour des gens du passé.

Commentaires (17)

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Article pile pour la sortie du rapport greenIT 2026 sur l'IA
:cap:

Et du coup je me demandais comment ils faisaient pour leur rapport, en l'absence de données de consommation. Bah c'est beaucoup d'extrapolation : on prend 3 configs types qu'on suppose correctes, on mesure, on pondère, on multiplie par le nombre supposé de serveurs, etc. Et on obtient une bonne approximation. Marge d'erreur ? inconnue.

Je dis pas que ce boulot ne sert à rien, mais ça fait chier de pas avoir des données de première main.

GreenIT conclut à 0,18 % des émissions mondiales de GES par l'IA en 2025 (projetant 1.1% en 2030)
Honnêtement je pensais que c'était plus. Mais encore une fois, difficile à dire sans connaître les vrais chiffres.

Rapport greenIT
https://www.greenit.fr/wp-content/uploads/2026/09/29092026-rapport-etude-2026-impacts-environnementaux-intelligence-artificielle-dans-le-monde-association-green-it-compressed.pdf
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Je dis pas que ce boulot ne sert à rien, mais ça fait chier de pas avoir des données de première main.
Je pense que c'est plus ou moins volontaire : tu caches tes données, tu publies de la m... incomplète remplie de greenwashing et quand quelqu'un essaie de faire des calculs plus sérieusement, tu lui craches à la tronche en lui disant qu'iel est un.e tocard.e qui n'y connaît rien. C'est la méthode de l'IT depuis un paquet d'années, et ça risque pas de s'améliorer avec les DC pour l'IA.
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Aucune chance que l'impact réel puisse être pris en compte vu que les turbines à gaz qu'ils installent pour faire tourner l'IA ne sont même pas déclarées... C'est comme le bitcoin c'est un impact plus grand que ce qu'on peut calculer mais impossible de savoir a quel point, sauf via des faits divers comme la découverte des turbines à gaz, les scandales de coupure d'électricité au Kazakhstan etc.
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Sujet à mettre sur le tapis pour les élections.
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Rappelons tout de même que les centres de données représentent 1% des émissions de CO2 aujourd'hui à l'échelle mondiale (et probablement significativement moins en proportion en France), et qu'ils vont peaker à 3% en 2034 source. C'est bien d'en parler, mais non, ce n'est objectivement pas un sujet majeur pour les élections à venir.

Edit : j'ai un chiffre approximatif pour les émissions CO2 des DC en France, on regarderait 0,1% des émissions du territoire (10 TWh de jus).
40 fois moins que la siderurgie française, 300 fois moins que les transports.
Rappelons aussi qu'en France, les datacentres ne consomment pas d'eau pour le refroidissement.
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C’est vrai qu’en France c’est peut être moins pire mais les mega projets consomment quand même de l’énergie qui pourrait être utilisée ailleurs.
60% de l’énergie en France est fossile, le grand enjeux c’est d’électrifier le maximum et des projet à plusieurs mega ou gigawatt pour de l’IA générative (bien plus démesuré qu’un datacenter classique jusque là) c’est une sacré Conso qui ne sert pas à autre chose.
D’où vient le « les datacenter français ne consomment pas d’eau? »
J’ai en tête ne serait ce que scaleway qui fait du refroidissement adiabatique… qui consomme de l’eau.
Ensuite je tombe sur ce type d’articles :
https://www.lesnumeriques.com/societe-numerique/en-france-les-centres-de-donnees-consomment-autant-d-eau-qu-une-ville-comme-roubaix-n235868.html
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Aujourd'hui et pour un futur prévisible, le problème de la décarbonation en France n'est pas celui de la disponibilité de l'électricité bas carbone, mais au niveau du financement de la transition elle-même.

Concernant DC5 de Scaleway, bien vu, c'est la seule exception de taille industrielle, c'est vrai, mais on parle d'adiabatique, pas de tour d'évaporation, donc rien à voir avec la conso des DC US, et c'est un seul site d'un seul opérateur.
95% + des DC en France tournent à la clim seule quand le freecooling ne suffit pas (donc pas de conso d'eau).
Et "bonne" nouvelle, les DC IA fonctionnent en DLC, sur des plages de températures beaucoup plus favorables sur le refroidissement en freecooling, beaucoup moins besoin de clim ou d'eau (excellent PUE et WUE).

L'article en question est assez imprécis, il mélange l'eau qui est évaporée dans les centrales (90%) et l'eau qui est consommée directement par les DC.
Si on doit faire ce genre de calculs, mettre l'emphase sur la conso d'eau des DC est misleading, puisque tout kW produit en France a le même impact, et les DC représentent toujours une part très faible de la conso nationale. Est-ce qu'on parle de la consommation d'eau de la SNCF ?
Si on parle de la conso directe des DC, on regarde une ville de la taille de Bagnols-sur-Cèze.
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Le problème est plus global car indirectement les DC bouffent de l'eau via le refroidissement des centrales et avec les canicules de cet été, il a fallut en arrêter et redémarrer des centrales au gaz pour compenser la perte de production. Et cela ne va probablement pas s'arranger dans les années à venir au niveau des canicules et encore moins si la consommation électrique monte en flèche en partie à cause des DC pour l'IA dont la construction est dans les tuyaux.
La bataille pour l'eau et l'électricité est pour bientôt si on laisse faire.
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Les datacentres représentent 2 à 4% du sujet, en worst case scenario, avec une IA qui explose.

Est-ce que le débat public pour la prochaine présidentielle a les moyens de descendre aussi précisément dans le détail de tous les sujets (et dieu sait qu'on en a) ? On va éplucher et arbitrer chaque sujet collectivement à 5% près ? On donne 6 mois de congés présidentiels à tous les citoyens ?
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Les datacentres représentent 2 à 4% du sujet, en worst case scenario, avec une IA qui explose.
No comprendo !

Il n'y a pas à descendre dans le détail, il faut sensibiliser les gens et leur apporter des informations pour qu'ils aient un choix éclairé. Un candidat qui dirait : je vais faciliter la construction de DC pour l'IA car l'IA c'est top, c'est l'avenir et qu'on a suffisamment d'électricité, c'est pour moi dehors ! Un autre candidat qui dirait : on ne va pas s'emballer sur l'IA et regarder les tenants et les aboutissants, là j'écoute.
Macron nous a vendu / imposé des conneries pendant 10 ans (dont 35 DC pour l'IA), il est temps de mettre des gens sérieux au pouvoir.
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Il y a au moins 20 GW de projets de datacenters en France, comment ça pourrait ne faire que 4% dans le pire des cas ?
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RTE admet que la puissance réellement consommée par les DC est d’environ 20% de la puissance réservée à date. Et on parle de sites qui existent. Les 20GW de projets, jamais ils sortent tous, et ceux qui sortent ne prendront pas tout ce qu’ils ont réservé. Les projections RTE worst case pour 2035 sont de 28 Twh en 2035, soit 3.2GW de puissance constante. On est très loin des 20GW.
Ce débat est enfumé par les rodomontades des investisseurs d’un côté et par des peurs irrationnelles de l’autre.

Source
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Aujourd'hui et pour un futur prévisible
Aujourd'hui oui, pour un futur prévisible, non, d'autant qu'on prédit de moins en moins bien (faute de moyens d'un côté, et des conséquences du réchauffement climatique de l'autre).

On a produit plus que nécessaire, et exporté beaucoup, en 2025. Pour le parc de VE censé exister en 2035, on devra fournir environ 75 TWh de plus que consommé actuellement. Tu vas me dire que ça tient dans les exportations. Certes, sauf si on ajoute les 28 GW planifiés de projets de datacenters (conso annuelle de 250 TWh).

Et de la même façon, on parle de mettre 170 milliards d'euros dans une techno dont on n'est vraiment pas sûr de ce qu'elle nous apporte, alors qu'on a besoin d'investissements dans l'électrification de ce qui est carboné (transport, résidentiel, industrie).
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Les 28GW sont fantaisistes, voir ma réponse ci dessus
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Je le pense aussi, mais il ne faut pas totalement écarter le scénario. En revanche, avec les VE et 3.2 GW de datacenters, on commence à coincer (et je ne sais pas ce qu'il faut prendre pour hypothèse pour le parc nucléaire, 2035, ça commence à faire loin avec encore une décennale de plus à passer).
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voire la mauvaise volonté de la Commission européenne et des États membres à faire la transparence sur les impacts environnementaux des centres de données
Rien que ça, c'est un déni de démocratie, donc si, c'est bien un sujet à mettre sur la table. Il ne faut pas être naïf, ce manque de transparence est révélateur qu'il va y avoir un problème.
Rappelons aussi qu'en France, les datacentres ne consomment pas d'eau pour le refroidissement.
Ah ! On est trop fort en France !
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On peut soit supputer de la mauvaise volonté coupable des régulateurs, sans doute influencés par des lobbys, et qu'à la fin c'est le méchant avec son chat sur les genoux qui gagne, ou alors partir des chiffres disponibles publiquement et facilement vérifiables pour mettre le débat en perspective. Je préfère la seconde option.