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Discord accusée d’être un « terrain de chasse de mineurs » et de ne pas les protéger

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Discord accusée d’être un « terrain de chasse de mineurs » et de ne pas les protéger

Illustration : Flock

Alors que le procès d’un membre du réseau 764 va s’ouvrir à Paris la semaine prochaine, l’association e-Enfance pointe l’explosion des violences faites aux mineurs sur la plateforme Discord.

Attention : le sujet de cet article est particulièrement difficile et certains détails évoqués peuvent heurter.

Le 5 octobre prochain s’ouvrira, devant la cour d’assises de Paris, le procès d’un des leaders présumés du groupe CVLT (rebaptisé « 764 »), accusé de tortures et actes de barbarie sur douze filles âgées de 11 à 16 ans.

Cet homme, qui reconnaît une fascination depuis son adolescence pour « la fraternité aryenne et le fascisme », comme l’expliquait Nice Matin en mars 2025, est accusé d’avoir attiré et piégé des adolescentes via un forum Discord qu’il administrait pour notamment les forcer à s’infliger des actes de tortures sexuelles.

e-Enfance a annoncé qu’elle se constituait partie civile dans ce procès. Cette association – qui gère le numéro de téléphone 3018 de signalement pour les victimes de cyberharcèlement – a tenu à souligner l’augmentation du nombre de signalements visant Discord pour la première moitié de cette année 2026.

Rappelons que, sur Discord, la modération repose surtout sur les administrateurs et éventuels modérateurs de chaque serveur, et que la modération y est très variable. L’entreprise est quand même responsable de la gestion des signalements des « signaleurs de confiance » prévus par le DSA.

Une augmentation importante des signalements à propos de Discord en 2026

e-Enfance, premier signaleur de confiance en France, assure [PDF] avoir reçu 138 signalements entre le 1er janvier et le 30 juin dernier, « contre 44 pour l’ensemble de l’année 2025 : en seulement six mois, ce volume dépasse le triple de celui enregistré sur toute l’année 2025 », s’alarme l’association. Elle ajoute que l’analyse effectuée par son observatoire « identifie une proportion croissante de faits d’une particulière gravité : exploitation sexuelle de mineurs, extorsion, grooming, doxing assorti de menaces de mort ou de swatting ». Et elle souligne que certains signalements « traduisent des modes opératoires rattachables à des mouvances extrémistes violentes issues du réseau cybercriminel « The Com » [dont fait partie CVLT/« 764 »] ».

Son observatoire pointe les manquements de Discord suite aux signalements : « un taux de retrait des contenus signalés limité à 33 % », constate l’association. Elle explique ce faible taux par la condition imposée par la plateforme de l’envoi de l’identifiant utilisateur Discord de l’auteur pour considérer toute notification émise par le 3018. Mais cette information est « difficile d’accès pour les victimes , et rendue inaccessible lorsque celles-ci ont bloqué l’auteur des faits », ajoute e-Enfance. Pour appuyer son analyse, l’association affirme que, depuis le début de l’année, 15 signalements sont dans ce cas, dont 13 concernent des victimes mineures.

Un mécanisme d’extorsion sexuelle envers les mineurs

« Un signalement concernant une adolescente de 14 ans, contrainte à produire des contenus sexuels violents selon un mode opératoire rattachable à la mouvance « The Com », a ainsi pu être transmis au parquet au titre de l’article 40 alinéa 1 du Code de procédure pénale, sans qu’aucune notification ait pu être adressée à Discord », ajoute l’association.

France Info a eu accès à des enregistrements d’enfants victimes de harcèlement et d’extorsion sexuelle et décrit le mécanisme mis en place en citant plusieurs exemples. « Il a commencé à me dire ‘Maintenant, tu es à moi, tu ne parles plus à personne et dès que je te demande un truc, tu le fais », confie une lycéenne. De son côté, un garçon, incité à se dénuder par un adulte se faisant passer pour un jeune joueur, explique : « Il m’a dit « j’ai tes données personnelles, envoie tes parties [intimes], sinon je vais divulguer tes infos personnelles, ton adresse, ton prénom, tout ce qu’il y a sur toi ».

e-Enfance explique que son observatoire a identifié, au premier semestre de cette année, 4 signalements « portant sur des faits particulièrement graves commis à l’encontre de mineurs sur Discord : incitation à l’automutilation, contrainte à la production de contenus sexuels violents et dégradants, exposition à des contenus de torture et de mort, discours de domination et d’emprise ». L’association juge « inégales » les réponses apportées par Discord et souligne que, concernant l’un d’entre eux, la plateforme a affirmé avoir pris des « mesures appropriées », « sans en préciser la nature, ni transmission au NCMEC (National Center for Missing and Exploited Children), malgré la gravité des faits ».

Contactée par Next, Discord n’a pas directement réagi aux affirmations d’e-Enfance. Elle affirme cependant qu’elle « s‘engage pleinement en faveur de la sécurité de ses utilisateurs » et qu’elle « souhaite que [sa] plateforme de communication soit le lieu idéal où les amis peuvent échanger avant, pendant et après leurs parties ». L’entreprise rappelle que ses conditions d’utilisation prévoient que « tous les utilisateurs doivent être âgés d’au moins 13 ans ». Et elle met en avant que « contrairement aux réseaux sociaux qui utilisent des algorithmes pour sélectionner les contenus et maximiser l’engagement, notre service s’efforce de favoriser des interactions et des liens naturels, en temps réel », en oubliant qu’elle est responsable de la modération des contenus signalés concernant ces liens réels.

« Nous combinons des technologies de pointe et des équipes de modération formées pour détecter et supprimer de manière proactive les contenus qui enfreignent nos règles. Nous mettons en œuvre des systèmes robustes destinés à empêcher la propagation de l’exploitation sexuelle et du grooming sur notre plateforme, et nous collaborons également avec d’autres entreprises technologiques et organismes de sécurité afin d’améliorer la sécurité en ligne sur l’ensemble d’Internet », assure Discord. Enfin, elle évoque l’existence de son « Discord Family Center ».

La plateforme a aussi commencé le déploiement mondial de ses outils de contrôle de l’âge qui catégorisent automatiquement les utilisateurs selon les données qu’elle a recueillies sur eux.

Commentaires (13)

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Il y a des jours où je me dis qu'on aurait mieux fait de ne pas inventer l'informatique :vomi1:
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Comme toujours, le problème n'est pas l'outil, mais ceux qui l'utilisent :(
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C'est surtout l'absence de conséquences aussi qui pose un problème.
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Les deux mon capitaine.
L'outil n'est pas neutre.
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Je sais que c’est le travail journalistique d’apporter du contradictoire mais en général maintenant je ne m’attarde pas à lire la plâtrée de ce que je considère comme un bullshit de communicants quand une plate-forme est pointée pour des manquements graves (en oubliant manifestement ses obligations), et qu’elle n’apporte aucune solution au problème.
Les faits que je retiens sont que Discord modère très mal ces contenus et actes violents envers les enfants.
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Oui, c'est un peu trop facile pour eux de toujours s'en sortir avec une pirouette.
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C'est bien que les choses avancent un peu et surtout se fassent un peu plus médiatiser.

Le YouTuber No Text To Speech publie des vidéos concernant principalement Discord (en anglais). Il avait commencé en suivant simplement l'actualité des nouvelles fonctionnalités, mais il s'est tourné vers la documentation (et le signalement !) de divers scams, manipulations vers les jeux d'argent, voleurs de comptes, et groupes de prédateurs (et souvent ça se croise avec Roblox, tiens).
Si vous voulez voir l'ampleur que cela prend parfois pour juste quelques "malins" qui se sentent tout-puissants à manipuler d'autres: youtube.com YouTube
Il est décevant de constater qu'une même personne peut persister en se faisant tout simplement plusieurs comptes, que ça dure souvent des mois sans être remarqué par la plateforme, que parfois les malfrats sont encore mineurs… Et que Discord peut modérer ça en utilisant son propre moteur de recherche.
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Et savoir tenir son gamin et lui expliquer qu'à son age, Internet doit être utilisé pour s'instruire, et pour rien d'autre (trop dangereux)? Ca se fait ?
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Oui, les parents doivent encadrer leurs enfants. Mais ce n’est pas le sujet.

L’article parle d’adultes qui ciblent des mineurs, les manipulent et les font chanter, ainsi que de la réponse insuffisante de Discord aux signalements. Répondre "il faut tenir son gamin", c’est surtout déplacer le problème.
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C'est le contraire. On demande à Discord de savoir gérer des enfants, et notamment les dangers qui les menacent. Il me semble, que c'est le rôle premier d'un parent, ça, justement.
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Elle n'avait qu'à ne pas porter une minijupe non plus, non mais oh :troll:
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Non, on demande à Discord de réagir quand on lui signale un sujet problématique. Et lui ne le fait qu'un tier du temps.
Comment une plateforme peut justifier de fermer les yeux quand une association spécialisée et reconnue publiquement lui signale des problèmes ?
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Y'a des fois, où tu préfères une énième news sur l'IA, ou Trump, ou...