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L’IA rend l’édition scientifique « plus lente, de moins bonne qualité et plus chère »

Pas si productif, finalement ?

L’IA rend l’édition scientifique « plus lente, de moins bonne qualité et plus chère »

Illustration : Flock

Alors que de plus en plus d’articles scientifiques sont créés en utilisant l’IA générative, le rédacteur en chef de Science, Holden Thorp, considère qu’elle fait plus de mal que de bien à l’édition scientifique.

Pour Holden Thorp, le responsable éditorial de toutes les revues de l’éditeur scientifique Science, l’arrivée de l’IA générative pousse l’édition scientifique dans une forme de « taylorisme ». « Ce défi exige encore plus d’efforts humains, ce qui rend l’ensemble du processus plus lent et plus coûteux », explique-t-il dans un édito de la revue phare.

L’année dernière, des chercheurs prévenaient que l’IA pourrait faire, au final, « plus de mal que de bien » à la recherche sans pour autant nier certaines avancées qu’elle pouvait amener. Fin 2025, submergée par les propositions d’articles générées par IA, la plateforme de prépublications arXiv décidait de modérer plus strictement. Elle a ensuite mis en place une mesure de suspension d’un an des chercheurs qui soumettent des articles erronés générés par IA.

Hallucinations, cherry picking et manipulation de données

Mais les revues et les conférences scientifiques sont aussi touchées par le phénomène. Holden Thorp ne nie pas la capacité des grands modèles de langage (LLM) à permettre des avancées scientifiques comme la prédiction des structures protéiques ou l’accélération de la découverte de nouveaux matériaux.

Mais il s’appuie sur un article scientifique récent qui explique que les LLM « éprouvent encore des difficultés dans les domaines qui exigent un jugement clinique nuancé, un raisonnement expérimental ou une réflexion et une synthèse approfondies en biologie » et sur l’existence des hallucinations (dont même les chercheurs d’OpenAI avouent avoir du mal à se débarrasser) pour expliquer que leur utilisation dans la rédaction d’articles scientifiques peut être problématique.

« De plus, certains de ces agents sont plus enclins que les humains à se livrer à ce qui s’apparente à des fautes professionnelles en matière de recherche, telles que la sélection arbitraire de données [cherry picking] et la manipulation des analyses statistiques jusqu’à l’obtention du résultat souhaité », ajoute-t-il, citant un autre article mis en ligne sur arXiv [PDF].

Et, alors que l’ajout d’erreurs par l’IA générative dans les articles demande une attention accrue, elle accélère aussi le rythme de soumission d’articles aux revues scientifiques et crée des goulots d’étranglement. Certains éditeurs, comme Elsevier, laissent facilement passer des erreurs parfois impardonnables. « La prolifération d’AI slop [informations erronées liées à l’IA] dans la littérature scientifique et, plus généralement, sur Internet, nuit à la crédibilité de la science », déplore le responsable éditorial de Science.

Le taylorisme arrive dans l’édition scientifique

Holden Thorp compare ce moment de l’arrivée de l’IA générative dans l’édition scientifique à l’arrivée du taylorisme dans l’économie américaine. Frederick Winslow Taylor « a encouragé les entreprises à recourir à la surveillance pour pousser les salariés à travailler plus dur et plus longtemps, une approche qui a épuisé et découragé les travailleurs et a conduit au transfert des connaissances et de tout pouvoir décisionnel des travailleurs vers la direction », explique-t-il.

Remarquons quand même que, si Holden Thorp déplore l’utilisation massive de l’IA générative dans les articles scientifiques, son article est lui-même parsemé de liens accompagnés de paramètres UTM laissant la trace de l’utilisation de ChatGPT (par exemple : https://arxiv.org/abs/2605.07723?utm_source=chatgpt.com).

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