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Botsitting, botshitting : quand l’IA crée plus de travail qu’elle n’en supprime

Du « botsitting » au « botshitting », la « merdification » de l'IA

Botsitting, botshitting : quand l’IA crée plus de travail qu’elle n’en supprime

Illustration : Flock

Si l’IA est souvent présentée comme une forme de « technosolutionnisme » permettant d’obtenir des réponses à ses questions et problèmes, ceux qui s’en servent au travail en dressent un profil bien plus nuancé. 75 % en tirent des gains de productivité, à titre individuel, mais seuls 13 % estiment que leur entreprise en profite également. Le temps passé au contact des modèles est par ailleurs consacré aux deux tiers à baby-sitter l’IA, contre 36 % à s’en servir réellement.

Une enquête menée auprès de 6 000 professionnels du numérique aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie, indique que 87 % d’entre eux utilisent l’IA au travail, 77 % plusieurs IA, 33 % au moins quatre, leur permettant d’automatiser 27 % de leur production.

75 % estiment que cela les rend plus productifs, leur permettant de gagner 11 heures par semaine environ, soit un peu moins d’un tiers de leur temps de travail hebdomadaire. Pour autant, seuls 13 % estiment que leur entreprise en tire un bénéfice significatif. Ce gap énorme s’expliquerait par l’incapacité des organisations à capitaliser, de façon collective, sur les gains individuels.

Les IA ressembleraient en effet à des bébés qu’il faut non seulement surveiller, en permanence, mais également à des êtres plus ou moins incontrôlables dont les bêtises peuvent parfois pourrir la vie de ceux chargés de s’en occuper. C’est la thèse d’une étude consacrée au coût humain caché de l’IA au travail, intitulée « Botsitting, botshitting, and the hidden human labor of AI at work », reposant sur des jeux de mots difficiles à traduire en français.

Réalisée par le Work AI Institute, qui réunit plusieurs universitaires états-uniens afin de repenser l’organisation du travail à l’ère de l’IA, elle qualifie de « botsitting » le travail nécessaire pour rendre l’IA utilisable, notamment en lui fournissant le contexte manquant, en vérifiant ses résultats, et en corrigeant les réponses que l’IA donne avec assurance mais qui se révèlent erronées.

L’étude montre que les travailleurs ayant recours à l’IA consacreraient désormais en moyenne 6,4 heures par semaine au « botsitting », soit plus de la moitié des 11 heures que les IA leur font par ailleurs gagner.

Lorsque ce travail n’est ni suivi, ni budgétisé, ni supervisé, que les employés cessent de vérifier les résultats et livrent un travail qu’ils ne peuvent ni expliquer ni défendre pleinement, le « botsitting » se transforme en quelque chose de plus problématique : le « botshitting », à savoir la livraison d’un travail généré par l’IA que les employés n’ont pas relu, ne comprennent pas entièrement ou ne pourraient pas défendre si on les interrogeait à ce sujet. L’étude indique que 69 % des utilisateurs d’IA admettent pratiquer le « botshitting » au travail.

41 % des sondés utilisent des réponses de l’IA qu’ils ne comprennent pas

Cette propension à devoir coller aux basques de ses IA s’explique par la dépendance d’un nombre croissant d’employés vis-à-vis de ces bots, et/ou par les facilités qu’ils permettent. L’étude indique en effet que 48 % des travailleurs du numérique interrogés se tournent vers l’IA avant d’essayer de résoudre un problème par eux-mêmes.

52 % trouvent en outre qu’il est plus facile de collaborer avec l’IA qu’avec leurs collègues humains. Et 61 % affirment que l’IA les aide davantage dans leur travail quotidien que leur propre responsable. Dans le même temps, 28 % des travailleurs attribuent désormais leurs propres erreurs à l’IA qu’ils ont utilisée pour répondre à la tâche qui leur était assignée.

41 % des sondés utilisent des réponses de l’IA qu’ils ne comprennent pas – Work AI Institute

41 % proposent de mettre en production des résultats générés par l’IA qu’ils ne sont pas en mesure d’expliquer, contraignant leurs collègues ou N+1 à passer et perdre du temps à comprendre ce dont il retourne exactement, et rectifier les problèmes associés.

60 % des travailleurs américains renvoient le même prompt à plusieurs IA faute d’être satisfaits du résultat, quitte à partager le résultat le moins mauvais, du moment qu’il est « à peu près correct », et quand bien même il ne répondrait pas correctement à la tâche qu’ils devaient initialement effectuer.

Près de 2/3 du temps à baby-sitter l’IA, 36 % à s’en servir réellement

L’étude montre également que pour chaque heure qu’un employé consacre à obtenir des résultats utiles de l’IA, il en passe environ une autre à rendre ces résultats exploitables.

Sur le temps total que les employés consacrent chaque semaine à interagir avec l’IA, 37 % sont consacrés au « botsitting », 36 % à l’utilisation effective de l’outil pour travailler, 27 % à l’apprentissage des outils et à la création d’agents.

Près de 2/3 du temps à baby-sitter l’IA, 36 % à s’en servir réellement – Work AI Institute

Des chiffres qui varient en fonction de l’intensité du recours à l’IA : 35 % des utilisateurs occasionnels se retrouvent en situation de « botsitters », contre 65 % des utilisateurs réguliers, et 74 % des utilisateurs intensifs.

Si tant de temps est consacré au « botsitting », c’est en partie parce que les outils sont souvent défaillants, les employés indiquant que plus d’un tiers (36 %) des sessions d’IA « échouent » purement et simplement. Les employés qui utilisent plusieurs outils d’IA sont également 35 % plus susceptibles de se retrouver en situation de « botsitters ».

Ce qui a aussi des conséquences en matière de charge mentale. Pour chaque augmentation de 10 % du temps que les employés consacrent à alimenter l’IA en contexte, ils sont 25 % plus susceptibles de se sentir épuisés par cette tâche, relève l’étude :

« La plupart des tâches liées à la supervision des modèles d’IA relèvent du travail fastidieux : il s’agit notamment de recharger le contexte dans différents outils, de repérer les erreurs de raisonnement et de vérifier les résultats qui semblent sûrs d’eux, ou pire encore, qui flattent les utilisateurs en leur donnant les réponses qu’ils souhaitent entendre plutôt que la vérité. »

69 % des utilisateurs d’IA reconnaissent pratiquer le « botshitting » au travail

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Commentaires (10)

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La mairie de mon village a créé une affiche pour la fête de la musique, visiblement via WhatsApp
Elle est de très loin pas mal (genre tu la vois en passant en voiture) mais alors de près...
Des gens ont 4 bras, un autre est fusionné avec le cable de micro...
et j'en passe...
Ils ont choisi de la garder...
Mais pour moi elle aurait du être déplubliée, donc enlever toutes les affiches etc...
Et dans le fond je pense qu'il y a eu aucun gain par rapport à l'affiche habituelle toute simple
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Mettre en valeur des artistes via une affiche faite par un outil qui les dépouille est plein d'ironie…
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Ma mairie aussi adore ça. Quand on voit certaines affiches générées par IA, on a l'impression que les événements ont lieu dans une version fantasmée de la région plutôt que d'ici. Les personnes représentées ressemblent à des modèles de banque d'images ou à des acteurs de publicité, et les incohérences sautent souvent aux yeux dès qu'on regarde un peu plus près.

Au final, ça donne une communication artificielle et déconnectée de la réalité locale. Personnellement, c'est aussi le genre de choix qui entre en compte quand vient le moment de juger le sérieux et le discernement d'une équipe municipale.
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Ce que je retiens de cet article c’est que les travers constatés dans les méthodes de travail "historiques" se retrouve avec l’IA.

Le fait que l’IA soit un outil qui nécessite beaucoup d'ajustements pour fonctionner ne me semble pas un pb (contrairement à l’étude/l’article qui semble prendre cela comme une constatation majeure). Si au final le temps gagné est plus important que le temps paramétrage+exécution, cela reste positif.

Ce qui est étonnant de mon point de vue, c’est que le sentiment de fragilité à conserver son poste face à l’IA, conduit, non pas à montrer que l’on fait mieux sans IA, mais au contraire, à l'utiliser plus (et mal).

Puis dernier point intéressant, c’est que la voie qui semble optimale n’est pas de chercher à mettre l’IA partout même si ce n’est qu’un peu, mais de bien définir les activités où il y aura de l’IA (à des degrés divers) et celles où elle n’a pas sa place.

Intéressant tout ça. Un article qui fait réfléchir !
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Si au final le temps gagné est plus important que le temps paramétrage+exécution, cela reste positif.
Mouai ce qui est indiqué aussi, c'est que :
Pour chaque augmentation de 10 % du temps que les employés consacrent à alimenter l’IA en contexte, ils sont 25 % plus susceptibles de se sentir épuisés par cette tâche, relève l’étude :
« La plupart des tâches liées à la supervision des modèles d’IA relèvent du travail fastidieux : il s’agit notamment de recharger le contexte dans différents outils, de repérer les erreurs de raisonnement et de vérifier les résultats qui semblent sûrs d’eux, ou pire encore, qui flattent les utilisateurs en leur donnant les réponses qu’ils souhaitent entendre plutôt que la vérité. »
Donc le temps ne doit pas être le seul critère.
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Très intéressant car ça permet d'avoir une bonne vision d'ensemble. On pourrait avoir tendance à se faire une idée soi-même de cette situation, alors que cette perception - du moins pour ma part - est faussée par un classique biais de projection. Je ne me reconnais pas toujours dans ces chiffres mais maintenant j'ai une idée plus juste de ce qui est pratiqué.
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L'I.A. c'est stressant et dévalorisant. D'un côté j'ai pu augmenter ma vélocité entre x2 et x5 selon les tâches, en même temps, même si je passe beaucoup de temps à bosser mes prompts, mes interactions et que je ne lâche rien question qualité, j'ai l'impression que mon travail est toujours factice et j'ai du mal a regarder les résultats en face même s'ils sont très bons alors que je me suis beaucoup investi pour y arriver.
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Oui c'est bien dit et je ressent ça aussi.
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ah bah justement j'en parlait sur les internets y'a même pas 1h:

le dev de ma boite est en stress total car le prix des jetons vagin péteur a explosé, et qu'il ne sait plus coder...
pas "coder sans chatte j'ai pété", non... coder tout court. il a quasiment tout perdu!

a mettre en correlation avec la vidéo sur la fabrique a idiots: youtu.be YouTube
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Merci pour cet article qui devrait être lu et acté par tous les n+ 👍