Face à la « course aux armements », le Pape érige l’éthique de l’IA en impératif
Homines quod volunt credunt
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Le 25 mai à 17h24
Comment « faire progresser la technique sans faire régresser le cœur » ? Cette interrogation cimente la toute première encyclique signée par Léon XIV en ce lundi 25 mai de Pentecôte. Signe de son engagement en la matière, le pape a présenté lui-même cette lettre doctrinale depuis le Vatican – une première dans l’histoire.
Face à la « course aux armements », le Pape érige l’éthique de l’IA en impératif
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Comment « faire progresser la technique sans faire régresser le cœur » ? Cette interrogation cimente la toute première encyclique signée par Léon XIV en ce lundi 25 mai de Pentecôte. Signe de son engagement en la matière, le pape a présenté lui-même cette lettre doctrinale depuis le Vatican – une première dans l’histoire.
Droit
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9 min
Le document était autant attendu par le monde des nouvelles technologies que par l’Église. Car Magnifica Humanitas (« Magnifique humanité ») représente le premier grand texte de son pontificat et fixe la position du Saint-Siège sur la brûlante question de l’intelligence artificielle (IA). Élu en mai 2025, Léon XIV a fait de ce sujet l’une de ses priorités. Non content de multiplier les prises de position en faveur d’une plus grande régulation du secteur, ce connaisseur des nouvelles technologies formé aux mathématiques a récemment lancé une commission vaticane sur l’IA. Cet organe interdicastère (équivalent des ministères au Saint-Siège) doit permettre une meilleure coordination du travail et des réflexions sur cette thématique.
Anthropic impliquée dans la préparation du texte
Le nouveau pape a également poursuivi le travail de « dialogue » avec une myriade d’acteurs de la Silicon Valley, entamé par son prédécesseur François. Avec son think tank implanté à Rome, la Human Technology Foundation, le père dominicain Eric Salobir a continué d’organiser des événements réunissant des représentants de Google, Amazon, Meta et des membres de la curie. L’évêque Paul Tighe, éminence grise du Saint-Siège sur les sujets numériques, a rencontré ces derniers mois George Osborne, chargé des relations avec les pays pour le géant de l’IA OpenAI. Le prélat a par ailleurs contribué à la « Constitution de Claude », sorte de document programmatique servant autant de socle normatif que d’outil d’entraînement pour les modèles d’Anthropic.
Il semblerait que l’entreprise dont les prévisions de croissance dépassent désormais celles d’OpenAI a joué un rôle important dans la préparation de cette encyclique. À sa présentation, le Saint-Père était accompagné de Christopher Olah, cofondateur du laboratoire. Reconnaissant que « la pression de rester commercialement viable, de rester en pointe de la recherche [et les]pressions géopolitiques » pouvaient « entrer en conflit avec le souhait de faire le bien », ce chercheur spécialiste de l’interprétabilité a salué l’initiative du Saint-Père : « Nous avons besoin d’une critique éclairée qui alertera nos laboratoires lorsque nous nous égarerons ».
Une critique de l’industrie du numérique
Dans un style allusif mêlant théologie, références historiques et contemporaines caractéristique de la communication papale, les 90 pages du texte forment une critique assez directe de l’industrie du numérique à l’ère de l’IA. L’expansion du « pouvoir technologique » et des acteurs privés qui se l’accaparent évoquent au pape l’image de la tour de Babel, « qui prétend dominer le ciel », au risque de déshumaniser les utilisateurs de ces outils. Le pape invite tout au long de cette note à prendre la voie d’un autre épisode biblique : celui de la reconstruction des murs de Jérusalem. Une référence à cet épisode durant lequel le peuple juif, après son exil à Babylone, revient dans la ville et la reconstruit « grâce à la responsabilité partagée de tout le peuple : prêtres, artisans, chefs de famille, femmes et jeunes ».
Pour faire face aux défis posés par l’IA, trois principes issus de la doctrine sociale de l’Église sont invoqués : la justice sociale, la destination universelle des biens et la subsidiarité. En d’autres termes, le pontife en appelle à une meilleure application des droits humains, une déconcentration de l’accaparement des ressources (« brevets, algorithmes, plateformes numériques, infrastructures technologiques, données »), et à l’émergence de corps intermédiaires contribuant au bien commun. Ces principes ont été posés il y a tout juste 135 ans dans Rerum novarum (« Des choses nouvelles »). Cette encyclique, écrite par Léon XIII en pleine révolution industrielle (1891), était la première à formuler un ensemble de recommandations en faveur d’un ordre social plus juste. « Léon XIV a clairement voulu s’inscrire dans la lignée de son prédécesseur en s’attaquant à ce qu’il y a de nouveau dans la vie sociale, analyse François Euvé, docteur en théologie et rédacteur en chef de la revue Études. Et l’IA est le sujet de notre époque ».
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Commentaires (2)
Modifié il y a 45 minutes
Une allusion peut-être plus subtile qu'il y parait, quand on connait le goût des Thiel, Luckey et autres milliardaires transhumanistes de la Valley pour l'oeuvre de Tolkien... (Palantir, Anduril, les fonds Valar Ventures, Narya Capital et Mithril Capital, les holdings Rivendell One et Lembas Capital, la banque Erebor, etc…), et leur crainte maintes fois exprimées d'un « luddite qui voudrait stopper la science » :
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