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Gigafactory IA en France : Scaleway, Bull, Orange, EDF… unis pour l’appel d’offres de l’UE

Des promesses qui tardent à se concrétiser

Gigafactory IA en France : Scaleway, Bull, Orange, EDF… unis pour l’appel d’offres de l’UE

AIArchitecture © Anton Grabolle / Better Images of AI

Les industriels français du secteur se réunissent pour pousser la Commission européenne à réaliser sa promesse d’investissement de 20 milliards d’euros dans cinq gigafactories IA à travers l’Europe.

Scaleway voit Orange, EDF, Ardian et Capgemini la rejoindre dans son consortium AION lancé en juin 2025 pour répondre à un futur appel d’offres de l’UE sur une gigafactory IA. AION prétendait réunir des « partenaires publics, privés et académiques pour bâtir une infrastructure IA puissante et souveraine en Europe ».

À l’époque, Bull (anciennement Eviden, qui a repris son nom d’origine en parallèle de son rachat par l’État français), VSORA, Kyutai (filiale aussi d’iliad et de CMA CGM), Sopra Steria, SiPearl, Artefact, ZML, Hugging Face et H company faisaient déjà partie du projet, avec le soutien de l’infrastructure publique de recherche GENCI et de l’Inria. Mais AION semble montrer les muscles alors qu’il attend impatiemment la publication de l’appel d’offres de l’UE.

L’idée est surtout de répondre à un futur appel d’offres de l’UE sur les 20 milliards d’euros dédiés à des « gigafactories » de l’IA que la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avait annoncés en février 2025 à l’occasion du Sommet pour l’action sur l’IA.

Un financement européen qui se fait attendre

Elle avait promis le financement de quatre futures giga-usines d’IA dans l’ensemble de l’UE. La Commission et EuroHPC avaient lancé une consultation publique sur le sujet en avril 2025 et Scaleway avait créé AION pour y répondre. Depuis, la Commission parle plutôt de financer cinq projets sur le territoire de l’Union européenne en évoquant toujours le même investissement. Finalement, l’institution européenne expliquait avoir reçu « 76 manifestations d’intérêt proposant la création de gigafactories d’IA dans 16 États membres, sur 60 sites différents » et promettait « de lancer, au quatrième trimestre 2025, un appel à projets officiel pour la création de « gigafactories » d’IA dans l’UE ».

Mais, depuis, les 76 potentiels candidats n’ont toujours rien vu venir. L’annonce de l’arrivée d’Orange, EDF, Ardian et Capgemini dans AION a tout d’un appel du pied du secteur français à la Commission pour qu’elle n’oublie pas sa promesse faite à un moment où les annonces d’investissements fleurissaient. Scaleway et ses partenaires veulent montrer leurs ambitions et leur détermination, d’autant qu’un pays ne pourrait accueillir qu’un lauréat.

L’affichage d’un besoin de souveraineté aussi pour l’IA

« Il n’y en aura pas 27 [dans chaque pays membre], il faut qu’il y en ait une en France », a déclaré Damien Lucas, le directeur général de Scaleway. Les entreprises évoquent un investissement de 10 milliards d’euros (dont 4 milliards environ pour le groupe iliad) pour un projet qui devrait d’abord demander une puissance de 100 mégawatts à l’ouverture et affiche un besoin de 1 gigawatts à terme. De fait, il pourrait être réparti sur plusieurs sites comme celui de Montereau-Fault-Yonne, en Seine-et-Marne, où la filiale d’iliad, Opcore, développe un data center ou chez Orange et Verne, la filiale d’Ardian.

Benoît Gaillochet, responsable des infrastructures Europe chez Ardian, s’appuie aussi, dans le communiqué commun, sur le nucléaire français pour en faire une force du consortium : « Il est temps de bâtir ensemble une Europe de l’IA basée sur des infrastructures européennes de classe mondiale ancrée sur nos formidables capacités énergétiques décarbonées ».

Et les porteurs du projet surfent sur le sujet de la souveraineté : « Il est important de maîtriser l’IA en Europe. Des opérations critiques seront faites par des agents d’IA, il faudra pour les réaliser un endroit souverain et de confiance, immunisé contre les lois extraterritoriales américaines », affirme Jérôme Berger, directeur de la stratégie et du capital-investissement d’Orange.

Les partenaires espèrent que l’appel d’offres arrive à la fin du printemps et être le seul consortium à se présenter côté français. « L’équipe de France est prête », assure Jérôme Berger même si le consortium reste ouvert à d’autres ralliements.

Quand la souveraineté « s’exporte »

S’il est question d’une « équipe de France » avec une forte connotation de souveraineté, d’autres acteurs français ne sont pas aussi chauvins, C’est le cas de Thales qui s’est associé à Google pour monter S3ns, une offre désormais qualifiée SecNumCloud par l’ANSSI. Ce même Thales continue sur sa lancé et annonce un partenariat stratégique avec Google Cloud pour lancer un « nouveau cloud souverain en Allemagne ».

Le groupe français s’appuie dans sa communication sur « le succès de S3NS, la filiale de cloud de confiance de Thales en France et opératrice de sa première région de cloud souverain en Europe ».

« Pour répondre à la demande du marché allemand en solutions souveraines protégeant les données sensibles des lois extraterritoriales » et sa vision originale de la « souveraineté ». Une approche qui n’est pas sans rappeler celle d’OVHcloud qui met aussi en avant sa qualification SecNumCloud pour proposer des offres « qui peuvent être certifiables SecNumCloud » (sans l’être).

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