Dans un contexte de crise, des CHU misent sur l’IA pour créer un « hôpital augmenté »
Ars longa, vita brevis
Illustration : Flock
Le 27 avril à 12h09
Portée par des financements publics et des partenariats privés, l’intelligence artificielle s’impose dans les centres hospitaliers universitaires français. Alors que six établissements de santé sur dix utilisent déjà des outils d’IA, les stratégies d’intégration se révèlent très hétérogènes sur le territoire.
Dans un contexte de crise, des CHU misent sur l’IA pour créer un « hôpital augmenté »
Ars longa, vita brevis
Illustration : Flock
Portée par des financements publics et des partenariats privés, l’intelligence artificielle s’impose dans les centres hospitaliers universitaires français. Alors que six établissements de santé sur dix utilisent déjà des outils d’IA, les stratégies d’intégration se révèlent très hétérogènes sur le territoire.
IA et algorithmes
IA
13 min
En janvier 2026, le centre hospitalier universitaire (CHU) de Montpellier a obtenu 14,9 millions d’euros d’argent public, dans le cadre du plan France 2030, pour son projet « Alliance Santé IA ». Porté par la directrice de l’établissement, Anne Ferrer, ce projet a pour ambition de créer « le premier hôpital pilote augmenté par l’IA ». Si le CHU de Montpellier se place en fer de lance de l’intégration de l’intelligence artificielle au sein de l’hôpital public, cette dynamique dépasse largement la métropole de l’Hérault.
Au niveau national, la transformation est déjà bien engagée. D’après la Fédération hospitalière de France, en 2025, plus de six établissements de santé sur dix utilisent déjà des outils intégrant de l’IA, et près de neuf sur dix prévoient de s’en équiper à court terme. En s’appuyant sur ces chiffres, le gouvernement souligne que « l’IA en santé n’est plus une perspective : c’est une réalité déployée sur le terrain », peut-on lire dans la stratégie intelligence artificielle et données de santé 2025 - 2028 (PDF).
« Au CHU de Poitiers, l’IA est surtout utilisée comme outil d’aide au diagnostic, principalement en radiologie, indique le Dr Guillaume Herpe, radiologue et coordinateur IA de l’établissement. Elle sert aussi à des tâches documentaires, comme la rédaction de comptes rendus ou l’assistance lors des consultations, même si ces usages sont encore en cours de déploiement. »
L’essor de l’IA hospitalière repose en grande partie sur des investissements publics, complétés par des partenariats avec des acteurs privés. À titre d’exemple, entre 2021 et 2025, environ 110 millions d’euros ont été mobilisés par l’État dans le cadre de France 2030 pour soutenir la constitution d’entrepôts de données de santé hospitaliers et des projets d’IA, impliquant plus de 30 CHU. Cette dépendance aux financements publics reste très marquée, le Dr Guillaume Herpe estime ainsi qu’ « environ 80 % des financements proviennent de budgets d’innovation ou d’investissement publics, contre 20 % issus de partenariats de recherche ».
Des stratégies inégales selon les établissements
Malgré l’essor des projets, les investissements restent souvent marginaux à l’échelle des budgets hospitaliers. Si certains établissements, comme Montpellier, bénéficient de financements conséquents, la majorité des CHU avancent avec des moyens limités. « Dans la plupart des CHU, les budgets dédiés à l’IA ne dépassent pas un million d’euros. À titre de comparaison, les coûts d’énergie et de consommables dépassent 20 millions par an, et une machine IRM peut coûter jusqu’à 3 millions », précise Guillaume Herpe.
Ces écarts de financement se traduisent par des trajectoires différentes. Les établissements les mieux dotés peuvent structurer des stratégies globales et expérimenter à grande échelle. À l’inverse, d’autres avancent plus progressivement, en fonction des appels à projets, et restent dépendants de prestataires extérieurs.
Du côté des directions, l’enjeu est également stratégique. Pour Sébastien Florek, directeur des services numériques du CHU de Bordeaux, l’hôpital public doit s’adapter pour ne pas décrocher face au privé : « Est-ce qu’on veut que le service public reste avec une technologie des années 90 ? Les citoyens attendent des services publics des outils modernes qu’il faut être en capacité de proposer. »
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Commentaires (12)
Le 27 avril à 12h52
Le problème n’est donc pas l’IA en elle-même. Le problème, c’est l’usage politique et budgétaire qu’on risque d’en faire... 🤔
En présentant une modernisation technologique comme une réponse à une crise qui est d’abord humaine, organisationnelle et sociale. 🫤
Un hôpital public de qualité a besoin d’outils modernes, certes, mais surtout de soignants en nombre suffisant, correctement rémunérés, écoutés, formés, et associés aux décisions. L’IA doit rester un complément au service des professionnels et des patients, pas un substitut aux moyens humains. 🙄
Si elle permet de gagner du temps médical réel, de mieux diagnostiquer, de sécuriser certains parcours et d’améliorer la prise en charge, très bien. Mais si elle sert à rationaliser encore davantage, à réduire les effectifs, à externaliser vers des prestataires privés ou à masquer l’effondrement du service public hospitalier, alors elle devient un problème.
La priorité devrait être claire. D’abord des moyens humains et de bonnes conditions de travail, ensuite une IA encadrée, transparente, souveraine, évaluée scientifiquement, et réellement utile au soin. Pas l’inverse.
Le 27 avril à 12h59
Sécurité !!! Sécurité !!! On a un flagrant délit de propos sensés.
A 1 an des présidentielles, il faudrait déposer les textes. On va se les faire piquer par les candidats à ce train la.
Le 27 avril à 13h39
Ma direction, je suis soignant, ne sachant même pas ce que sait qu'une signature numérique et des donnée-patients étant partagées en clair sur des lecteurs réseaux, j'ai un peu peur que cela soit un carnage avec des LLM par-dessus.
Le 27 avril à 14h12
Le 27 avril à 15h21
Mais il y a des domaines d'activité où l'humain, et la chaleur humaine, sont plus qu'essentiels.
Quand aux emplois non qualifiés perdu, ça serait une excellente occasion pour pousser et aider les gens à acquérir des compétences dans un domaine où l'humain est nécessaire, voir vital.
Le 27 avril à 14h58
Chacun y va de sa solution de son côté en shadowIT et il est très compliqué de cadrer ces usages qui évoluent tous les jours.
La secrétaire qui utilise l'IA pour rédiger le courrier ou mail en 3s au lieu de 20 minutes, le médecin qui veut comparer des études statistiques. La recherche clinique qui demande à utiliser des outils d'IA pour résumer les réunions avec des partenaires extérieurs. Le traitement et l'analyse d'examens d'imagerie pour accélérer le processus... (oui c'est du vécu...)
L'un des enjeux reste la manipulation de données patients. L'usage de la majorité des IA se fait en ligne et donc avec l'envoi des données patients de manière non contrôlée par des soignants qui n'ont soit pas conscience des risques soit le font délibérément car le gain de temps est trop important pour eux.
Alors oui, l'hôpital public doit faire de l'IA encadrée pour éviter des usages shadowIT pour lesquels ce n'est pas le soignant qui sera inquiété en cas de fuite de données, mais l'établissement lui-même.
Le 27 avril à 13h01
L'un n'exclut pas l'autre mais l’IA au prix du reste ce n'est pas ce qui est demandé...
Si vous avez des proches dans le secteur médical, pas besoin de vous faire un dessin.
Le 27 avril à 14h44
En pleine réduction des budgets, cela ne semble pas adapté. Libre au privé de tenter l'aventure.
Merci à ces nouveaux journalistes !
Le 27 avril à 13h47
Le 27 avril à 16h06
Le 27 avril à 16h44
Le 29 avril à 21h38
Histoire d'avoir un retour sur les "outils" plus larges et surtout permettre aux plus "petits" CHU d'être aussi avancés que les "gros".
Je sais que c'est un voeu pieux, mais sachant qu'on manque de moyens, le gain financier trouvé pourrait être réinjecté dans l'humain.
OK j'arrête de rêver.
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