Recall de Windows 11 encore épinglé pour ses failles de sécurité
A feature, not a bug
Illustration : Flock
Le 16 avril à 09h13
Microsoft pensait avoir réglé tous les problèmes de Recall, mais peut-être pas. Annoncée en juin 2024, la fonction IA de Windows 11 a subi pratiquement un an de retard pour boucher de sérieux trous de sécurité. Elle est de nouveau sous le feu des projecteurs suite à la découverte d’un chercheur.
Recall de Windows 11 encore épinglé pour ses failles de sécurité
A feature, not a bug
Illustration : Flock
Microsoft pensait avoir réglé tous les problèmes de Recall, mais peut-être pas. Annoncée en juin 2024, la fonction IA de Windows 11 a subi pratiquement un an de retard pour boucher de sérieux trous de sécurité. Elle est de nouveau sous le feu des projecteurs suite à la découverte d’un chercheur.
Sécurité
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5 min
Recall, alias « Retrouver », est une fonction des PC Copilot+ qui permet de remettre la main sur n’importe quel document, page web, application ou tout autre information, en piochant dans l’historique de l’utilisateur. Elle réalise des captures d’écran à intervalles réguliers (« quelques secondes », indique Microsoft). Avec l’aide de modèles IA, elle analyse ensuite les images pour en extraire toutes les données exploitables.
Un édifice sécuritaire aux pieds d’argile
La fonction devait être lancée en 2024, mais très rapidement Recall a été la cible de critiques de la part des défenseurs de la vie privée, mais aussi des chercheurs en sécurité. Microsoft a dû remettre l’ouvrage sur le métier et repartir de zéro. Le chantier a mis près d’un an pour être achevé.
Microsoft a profondément revu l’architecture de sécurité de la fonction. Les données sont désormais stockées dans une enclave sécurisée, isolée du reste du système, et chiffrées de bout en bout. L’accès est conditionné par une authentification Windows Hello, censée empêcher tout logiciel malveillant de profiter de la session de l’utilisateur pour accéder aux informations.
Recall n’est par ailleurs plus activé par défaut, et exclut de sa base de données des informations sensibles comme les identifiants bancaires. Tout n’est pas parfait pour autant. Alexander Hagenah, chercheur en sécurité, avait démontré avec son outil – baptisé… TotalRecall, évidemment – qu’il était très simple de récupérer des informations sur n’importe quel PC avec Recall première génération.
Il récidive avec TotalRecall Reloaded, disponible sur GitHub : cette nouvelle version montre qu’il est possible d’injecter du code (une bibliothèque DLL) dans AIXHost.exe, le processus Windows chargé d’afficher la chronologie de Recall. Le programme est en mesure d’accéder aux données déchiffrées (captures d’écran, texte extrait par OCR, métadonnées) au moment où elles sont manipulées par le système.
L’attaque ne nécessite pas de droits d’administrateur, ni d’exploitation complexe. Il suffit d’un simple logiciel pour intercepter ces informations, à condition toutefois qu’une authentification Windows Hello ait eu lieu au préalable (empreinte digitale, scan facial, code de déverrouillage). Pour le chercheur, le système de protection mis en place par Microsoft est « réel », mais il s’arrête trop tôt.
TotalRecall Reloaded est également en mesure de récupérer la dernière capture d’écran réalisée par Recall, cette fois sans passer par Windows Hello, ou même d’effacer complètement l’historique.
« Lorsque vous utilisez Recall normalement, TotalRecall Reloaded laisse discrètement la porte ouverte derrière vous, puis extrait tout ce que la fonction a enregistré. C’est précisément ce type de scénario que l’architecture de Microsoft est censée empêcher. »
Le problème ne vient pas de l’enclave, qualifiée de « solide », ni du modèle d’authentification. Pour Alexander Hagenah, « ce n’est pas le chiffrement, ni l’enclave, ni l’authentification qui posent problème, mais le fait que les données déchiffrées soient transmises à un processus non protégé ». Le souci, c’est que le système transmet les données de Recall au processus AIXHost.exe qui ne bénéficie pas du même niveau de sécurité.
Il n’y a pas de vulnérabilité, selon Microsoft
Alexander Hagenah a alerté Microsoft début mars, mais l’éditeur a fermé le dossier en expliquant qu’il ne s’agissait pas d’une vulnérabilité. « Après un examen approfondi, nous avons déterminé que les modes d’accès observés sont conformes aux protections prévues et aux contrôles existants », détaille l’éditeur à The Verge. Ces modes « ne constituent pas un contournement d’une barrière de sécurité ni un accès non autorisé aux données. »
Microsoft ajoute que la période d’autorisation pour accéder aux données de Recall est limitée dans le temps et que le système intègre des protections contre les requêtes répétées. Mais pour le chercheur, le délai d’expiration est neutralisé, et surtout « [le] principal problème reste le fait qu’ils affirment, dans leur annonce officielle, que l’enclave empêche un “malware latent de se greffer” — ce qui n’est clairement pas le cas. »
Pour Microsoft, il s’agit d’un comportement normal de Windows : un logiciel avec les droits utilisateur, ce qui est le cas après une authentification, peut injecter du code dans un autre logiciel. C’est une souplesse qui peut se justifier pour des besoins légitimes, mais cela ouvre aussi la porte à des abus potentiels. Et la nature même de Recall, qui collecte un grand nombre de données, en fait une cible particulièrement attractive.
Recall pourrait cependant faire l’objet de nouveaux et profonds changements. La fonction, « dans sa forme actuelle, a échoué », auraient affirmé des sources internes en février dernier. Microsoft n’envisagerait pas un abandon, mais une évolution du concept.
Commentaires (18)
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Abonnez-vousLe 16 avril à 10h01
Donc, pour résumer (et pour reprendre le sous-titre), on peut vraiment dire que certaines failles de sécurité sont de réelles fonctions voulues par Microsoft ?...
Le 16 avril à 11h00
Le 16 avril à 10h53
Le 16 avril à 11h00
Le 17 avril à 07h32
Le 16 avril à 19h53
Le 16 avril à 11h26
Et personne de dire "ok on arrête les frais sur Recall, personne en veut" ?
Le 16 avril à 18h30
Ça serait assez intéressent de voir la liste des features requests pour voir si vraiment ya de la demande à toute ces fonctionnalités d'IA douteuse.
Le 16 avril à 14h44
S'il faut installer un logiciel pour avoir accès aux infos, alors le logiciel pourrait tout à fait faire la même chose tout seul sans avoir besoin de Recall (en faisant keylogger, en prenant des screenshots,…).
C'est la puissance et le défaut d'un PC en même temps: n'importe quel logiciel installé a accès à (casi) tout.
Non?
Modifié le 16 avril à 15h11
Le 16 avril à 15h49
Et on revient au débat d'un OS "fermé" (type iOS) versus un OS "ouvert" (type Windows). Et les impacts pour MS et les utilisateurs pour changer ça sont alors énormes. En sécu, tout est une question de compromis avec les cas d'utilisation.
Modifié le 16 avril à 18h32
Et son corollaire "OS fermé type iOS" ?
Le 17 avril à 09h29
Windows est "ouvert" en ce sens que n'importe qui peut écrire et installer une application qui héritera automatiquement de tous les droits de l'utilisateur (si l'utilisateur peut lire de ficher mon_journal_secret.txt, alors l'application pourra le faire aussi. En contrepartie, plusieurs applications peuvent interagir extrêmement facilement (p. ex. via les API DCOM / Active X / automation)
iOS est fermé en ce sens que d'une part une application doit (en théorie) passer par un store pour être installée, et une fois installée ses droits sont limités par application, ce n'est pas parce que l'utilisateur la installée, ou même lancée, qu'elle pourra lire le répertoire Documents (ou ce qui en tient lieu sous iOS). En contrepartie de ce compartimentage, il est beaucoup plus difficile sous iOS de faire collaborer plusieurs applications si elles ne sont pas expressément prévues pour.
Modifié le 19 avril à 09h29
D'où ma question, car des termes mal employés peuvent préter à confusion.
Le 16 avril à 15h39
Le 16 avril à 15h53
Mais qu'est ce qui empêcherait un logiciel d'aller modifier Chrome ou Firefox pour récupérer tout l'historique de navigation + les potientiells passwords par exemple? Or on ne dit pas qu'il y a une faille dans Chrome/FF pour autant.
Pour moi dans ce cas, c'est juste que Recall est en effet un aspirateur à data privé, et que comme n'importe quel logiciel sur Windows, un autre logiciel peut aller modifier son fonctionnement. Mais ce n'est pas une faille de sécu en soi.
Le 18 avril à 00h10
Le 18 avril à 14h25
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