Cancers : aux USA, des datacenters accusés d’amplifier l’exposition aux nitrates
Données nitratées
Le comté de Morrow, dans l’Oregon, accueille d’immenses fermes et des usines agroalimentaires, mais aussi plusieurs centres de données de très grande taille (hyperscales) d’Amazon. Pour certains experts, ce mélange mène à un taux très élevé de nitrate dans l’eau potable, avec des effets délétères sur la santé humaine.
Le 02 décembre à 08h37
5 min
Société numérique
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Éleveur de bétail, ancien commissaire du comté, Jim Doherty n’était initialement pas tellement intéressé par les problématiques d’eau. C’est l’accumulation de récits de maladies étranges et d'interruptions spontanées de grossesses, depuis son élection au comité de commissaires en 2016, qui lui a mis la puce à l’oreille : les habitants liaient ces enjeux à la qualité de l’eau potable.
Dans le comté et autour, 45 000 personnes tirent leur eau du bassin inférieur de l’Umatilla. D’après les relevés du ministère de la qualité environnementale de l’Oregon, la qualité de son eau se dégrade régulièrement depuis 1991, à mesure que la concentration en nitrates y augmente.
Si, en France, l’essentiel des centres de données sont refroidis en circuit fermé, aux États-Unis la technique la plus courante consiste à utiliser de l’eau en circuit ouvert. Par ailleurs, depuis 2022, deux tiers des centres de données nouvellement construits le sont dans des zones subissant déjà des stress hydriques. Dans le comté de Morrow, cela dit, ce ne sont pas les conflits d’usage qui posent problème, mais bien la pollution de l’eau : certains nitrates et nitrites présentent des risques cancérogènes (notamment de cancer colorectal) et génotoxiques pour l'être humain, ce qui explique que l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) recommande à la population française d'en limiter la consommation.
Depuis l’installation de son premier data center de près de 1 000 mètres carrés dans le comté de Morrow, en 2011, Amazon en a créé sept autres dans la région, et a obtenu des accords pour en construire cinq autres. Soutenus par un abattement fiscal de 15 ans octroyé pour chaque hyperscale, ces centres de données démultiplieraient la pollution de l’aquifère qui approvisionne les populations, d'après une enquête de Rolling Stones.
Reins en moins et interruptions de grossesse
En 2022, Jim Dohertey a mené ses propres tests : sur six premiers échantillons d’eau potable prélevée dans six foyers choisis au hasard, les six présentaient une concentration de nitrate beaucoup plus élevée que celle autorisée au niveau fédéral. Le commissaire a reproduit l’expérience avec 70 échantillons supplémentaires, pour constater que 68 d’entre eux présentaient des concentrations trop fortes, souvent proches de quatre fois celle autorisée.
Accompagné par un représentant du bureau local de la santé, Jim Doherty a sonné aux portes pour demander si des membres des foyers présentaient certaines des problématiques liées à la surexposition au nitrate. Auprès du magazine, le commissaire indique que sur les 30 premières visites, 25 se sont traduites par des déclarations d’interruptions spontanées de grossesses et au moins six comptaient une personne vivant avec un seul rein.
Accélération de la concentration en nitrates
Depuis près de trente ans, la pollution de l’eau s’accroît à force de rejets dans la nature d’eau pleine du nitrate issu des engrais des mégafermes installées dans la région. Depuis quinze ans, l’ajout des centres de données accélérerait la problématique : en pratique, les hyperscales d’Amazon pompent des millions de litres d’eau de l’aquifère chaque année, qu’ils redirigent ensuite vers les bassins d’eaux usées déjà traitées par le port de Morrow.
Historiquement, le port s’occupe d’en extraire les résidus solides, de brûler le méthane, puis de rediriger vers les plantations les eaux riches en azote qui, au contact du sol, produiront du nitrate. Avant même l’arrivée des centres de données, cela dit, les plantes peinaient à absorber tout le nitrate, et l’excédent était absorbé par les sols puis par l’aquifère du sous-sol. Divers experts interrogés par Rolling Stones estiment que l’arrivée des centres de données d’Amazon a aggravé cette logique de concentration de nitrate, puis de pollution via les rejets dans les champs.
Les centres de données consomment en effet eux aussi des eaux pleines de nitrates pour refroidir leurs serveurs. Par l’évaporation provoquée par la chaleur des équipements, les relevés de certains centres ont constaté des concentrations de l’ordre de 56 ppm, soit huit fois la limite de sécurité établie par l'État de l’Oregon. Or, en bout de course, cette eau rejoint elle aussi les bassins d'eaux usées, accélère la concentration globale en nitrate, puis, par le jeu des arrosages dans les champs, celle du stock d'eau potable.
Amazon se défend d’avoir un rôle dans l’affaire : sa porte-parole Lisa Levandowski indique que l’entreprise n’utilise aucun additif à base de nitrates, et que « le volume d'eau utilisé et rejeté par nos installations ne représente qu'une infime partie du réseau d'approvisionnement en eau », donc a un impact insignifiant sur le circuit du comté.
Sur place, une partie de la population pense le contraire. La directrice du groupe de défense des droits liés à l’eau Oregon Rural Action, Kristine Octrom, souligne notamment l’écart de pouvoir entre les différentes industries et sociétés concernées dans la production et la concentration de nitrates dans l’eau et celle des populations impactées.
Cancers : aux USA, des datacenters accusés d’amplifier l’exposition aux nitrates
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Commentaires (10)
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Abonnez-vousLe 02/12/2025 à 09h33
Mais la méthodologie de Jim Doherty pour le montrer me parait pour le moins bancale.
Sans un groupe de référence, ses relevés ne démontrent pas une corrélation aux taux de nitrate.
Et dans l'article de RS, il cite également le cas d'un cancer du poumon.
Est-ce vraiment un effet secondaire connu du nitrate ?
Ca mérite une étude en bonne et due forme par une autorité compétente (et indépendante !).
Et surtout une action immédiate concernant les taux de nitrate dans l'eau, qu'elle qu'en soit la cause.
Le 02/12/2025 à 10h57
D'abord, pourquoi autant de nitrates dans l'eau ? Ensuite, quelles sont les impacts (attendus, probables, improbables) d'un DC sur la qualité de l'eau ? Puis on fait une étude en double aveugle.
Là 30 foyers, au mieux t'as du bol et ils sont représentatifs, mais c'est trop faible pour conclure quoi que se soit.
@MathildeSaliou je trouve que reporter ce genre d'études, avec un "X accusé de Y" dans le titre, c'est trop facile. Pour moi là news c'est "des chercheurs s'intéressent à l'impact sur la qualité de l'eau et le taux de nitrates aux abord des DC". Moins accrocheur mais plus réaliste quant au contenu.
Le 02/12/2025 à 09h56
Le 02/12/2025 à 10h42
Le 02/12/2025 à 11h41
Le 02/12/2025 à 18h49
En plus, il y a des sujets pas loin. Elle est pas belle la vie ?
Le 02/12/2025 à 15h17
"la qualité de son eau se dégrade régulièrement depuis 1991, à mesure que la concentration en nitrates y augmente."
"Avant même l’arrivée des centres de données, cela dit, les plantes peinaient à absorber tout le nitrate"
"Depuis près de trente ans, la pollution de l’eau s’accroît à force de rejets dans la nature d’eau pleine du nitrate issu des engrais des mégafermes installées dans la région."
Ok, c'est pire avec. Mais reporter le poids du problème sur les data centers ne résoudra rien.
Le 02/12/2025 à 16h57
Tu peux démonter et interdire tous les datacenter de l'Oregon si tu ne régule pas l'utilisation du lisier et des engrais azoté la concentration en nitrate de l'eau ne fera qu'augmenter, peut etre moins vite que si les datacenter etaient là mais inexorablement.
Bref, la paille, la poutre....
Le 02/12/2025 à 20h04
Ça fait un peu épouvantail comme annonce à mes yeux.
Le 03/12/2025 à 05h59
Bon, après c'est bien dit dans le titre: c'est un aggravateur, pas la source du problème.
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