Le monde selon NVIDIA : l’IA pour l’IA par l’IA
1 milliard de dollars is the new centime
Comme à chaque conférence GTC, NVIDIA présente ses nouveautés et orientations. L’intelligence artificielle est au cœur des annonces, avec des partenariats tous azimuts, des datacenters toujours plus gros… NVIDIA partage aussi sa vision d’un monde robotisé dans lequel des machines « intelligentes et pensantes » vont « stimuler la réindustrialisation américaine ».
Le 30 octobre 2025 à 10h03
11 min
Hardware
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Mardi, l’action de NVIDIA a bondi de 20 % (avant de se stabiliser à+ 16 %), quelle peut en être la cause ? L’intelligence artificielle. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les annonces étaient nombreuses. Next vous propose un tour d’horizon de la vingtaine de communiqués de presse pour avoir une vision d’ensemble.
NVIDIA investit 1 milliard de dollars dans Nokia
On commence par un investissement de NVIDIA d’un milliard de dollars dans Nokia pour « contribuer au retour des États-Unis au leadership dans le secteur des télécommunications ». La somme pourrait presque paraitre anecdotique tant les milliards coulent à flot dans l’intelligence artificielle, mais elle ne l’est pas.
Les deux partenaires entendent aussi développer « une plate-forme informatique de télécommunications compatible 6G », avec des AI-RAN pour remplacer les RAN (Radio Access Network). Toujours sur la 6G et l’AI-RAN, d’autres partenaires américains sont annoncés : Booz Allen, Cisco, MITRE, ODC et T-Mobile
Un partenariat avec Palantir, un jumeau numérique de fusion nucléaire
NVIDIA annonce aussi un partenariat avec Palantir, une entreprise américaine spécialisée dans l’analyse et la science des données, mais aussi dans la surveillance. Avec NVIDIA, elle entend « transformer les données d’entreprise en intelligence décisionnelle dynamique ». Les outils du Caméléon vont intégrer l’AI Platform de Palantir et plus précisément l’ontologie.
Toujours grâce à l’intelligence artificielle, NVIDIA et General Atomics annoncent une nouveauté dans l’énergie de fusion nucléaire. Plusieurs projets se développent autour de cette nouvelle forme de production d’énergie, à ne pas confondre avec la fission nucléaire utilisée depuis des dizaines d’années.
NVIDIA, avec General Atomics et des équipes de chercheurs internationales, « ont construit un jumeau numérique haute fidélité, basé sur l’IA, d’un réacteur à fusion » : « La possibilité d’explorer virtuellement des scénarios grâce à ce jumeau numérique interactif change la donne […] Nous pouvons désormais tester, affiner et vérifier nos idées beaucoup plus rapidement », affirme le scientifique en chef Raffi Nazikian de General Atomics.
Les avantages sont nombreux selon le communiqué de NVIDIA : « En réduisant les temps de simulation de plusieurs semaines à quelques secondes, l’IA permet aux chercheurs d’interagir virtuellement avec le réacteur, d’explorer des scénarios susceptibles d’endommager le réacteur sans risque ».
NVQLink : mélanger CPU, GPU et quantique
NVIDIA n’oublie pas son cœur de cible actuel avec des annonces autour des GPU. Il y a tout d’abord le NVQLink pour « une interconnexion GPU-QPU [QPU correspond à des unités de traitement quantique, ou qubits, ndlr] haute vitesse qui intégrera le supercalcul par l’IA au calcul quantique afin d’ouvrir la voie à des avancées révolutionnaires en science computationnelle ».
Il s’agit donc de connecter deux « informatiques » : la quantique – le nouvel el dorado – et celle classique sur les GPU. Les processeurs quantiques (avec des qubits) peuvent utiliser NVQLink pour se connecter à des supercalculateurs du Brookhaven National Laboratory, du Fermi Laboratory, du Lawrence Berkeley National Laboratory (Berkeley Lab), du Los Alamos National Laboratory, du MIT Lincoln Laboratory, de l’Oak Ridge National Laboratory, du Pacific Northwest National Laboratory et des Sandia National Laboratories.
Le but ? Utiliser les supercalculateurs pour des algorithmes de contrôle indispensables à l’informatique quantique et à la correction d’erreurs, une des problématiques actuelles de cette discipline. Via la plateforme CUDA-Q, les développeurs peuvent tester des applications qui exploitent aussi bien des CPU, des GPU que des processeurs quantiques.
Cette annonce arrive avec une longue liste de partenaires dans le quantique avec notamment Alice & Bob, Atom Computing, Pasqal et Quandela. Chaque partenaire se félicite à son tour de cette annonce de NVIDIA.
Le plan de NVIDIA pour les datacenters (IA par l’IA pour l’IA)
Toujours sur la partie matérielle, la plateforme d’infrastructure BlueField passe la quatrième, avec 800 Gb/s contre 400 Gb/s pour BlueField-3. NVIDIA rappelle qu’elle « combine des capacités avancées de calcul intensif, des performances élevées pour la mise en réseau et une programmabilité complète qui facilitent la mise en œuvre de solutions définies par logiciel et accélérées matériellement pour les charges de travail les plus intensives ».
Dans l’optique de « l’IA pour l’IA et par l’IA », NVIDIA annonce avec des partenaires (notamment institutionnels) la création d’une « infrastructure d’IA avancée pour alimenter les usines d’IA et accélérer le développement de l’IA aux États-Unis ». Jensen Huang, fondateur et CEO de NVIDIA, partage sa vision des choses :
« Il est impératif que les États-Unis mènent la course vers l’avenir – c’est le moment Apollo de notre génération. La prochaine vague d’inventions, de découvertes et de progrès dépendra de la capacité de notre pays à faire évoluer ses infrastructures IA. Avec nos partenaires, nous construisons la plus avancée jamais créée, en veillant à ce que les États-Unis disposent des bases d’un avenir prospère et que l’IA repose sur l’innovation, l’ouverture et la collaboration américaines, pour le bénéfice de tous ».
NVIDIA pense aussi aux enjeux de sécurité nationale et propose, avec des partenaires, AI Factory for Government : « une nouvelle conception de référence pour permettre aux agences fédérales et aux industries réglementées de créer et de déployer une IA complète conforme à des normes de sécurité rigoureuses ».
NVIDIA veut des DC pour l’IA « à l’échelle du GW »
NVIDIA ne se contente pas de GPU, de cartes ou de baies (racks), mais parle aussi de datacenters avec Omniverse DSX Blueprint : un « plan complet et ouvert pour la conception et l’exploitation d’usines d’IA à l’échelle du gigawatt ».
Pour rappel, le GW est l’ordre de grandeur de la production électrique d’un réacteur nucléaire d’une centrale française. Le partenariat entre OpenAI et NVIDIA portait sur une puissance de 10 GW, sans oublier les 6 GW avec AMD et encore 10 GW avec Broadcom.
NVIDIA explique que la conception des datacenters commence par un jumeau numérique du bâtiment avec l’idée d’arriver à la densité la plus élevée, tout en prenant en compte les ressources disponibles chez les partenaires pour ensuite passer à la construction.
« Une fois que l’usine d’IA a été conçue virtuellement, les partenaires de NVIDIA tels que Bechtel et Vertiv fournissent des modules préfabriqués qui sont construits en usine, testés et prêts à être branchés. Cela réduit considérablement le temps de construction et permet une évolutivité modulaire ».
Recherche, pharmaceutique : des GPU Blackwell par (dizaines de) milliers
Jensen Huang et Chris Wright, secrétaire américain à l’Énergie, en profitent pour annoncer une « collaboration historique avec Oracle pour construire le plus grand supercalculateur d’IA du département américain de l’Énergie (DOE) ».
Le système Solstice qui en résultera sera équipé de plus de 100 000 GPU NVIDIA Blackwell. Durant la première moitié de 2026, un autre système, Equinox, sera mis en service avec 10 000 GPU Blackwell. « Les deux systèmes seront interconnectés et offriront un total de 2 200 ExaFLOPS de performances pour l’IA », mais sans indication sur le niveau de précision pour arriver à cette performance.
Un rapide calcul permet de voir qu’il s’agit de FP4. En effet, Blackwell a une puissance maximale de 20 000 TeraFLOPS en FP4. Avec 110 000 GPU (100 000 de Solstice et 10 000 d’Equinox), cela donne 2 200 000 000 TeraFLOPS, soit 2 200 000 PetaFLOPS ou encore 2 200 ExaFLOPS.
Puisqu’on est dans les annonces de GPU pour l’IA, le groupe pharmaceutique Eli Lilly déploie « la plus puissante usine d’IA au monde pour la découverte de médicaments à l’aide du DGX SuperPOD basé sur NVIDIA Blackwell ». Il est question de 1 016 GPU Blackwell. Le but ? « Réduire les délais de découverte de médicaments et à accélérer les percées en génomique, en médecine personnalisée et en conception moléculaire à l’échelle industrielle ».
D’autres partenariats à grand renfort de GPU sont aussi annoncés : Global AI avec 9 000 GPU (128 NVIDIA GB300 NVL72), un datacenter de plus de 100 MW pour Lambda (Kansas City, Missouri) avec 10 000 GB300 NVL72 de NVIDIA, etc. Une liste est disponible en bas de ce communiqué.
IA et robotique pour la « réindustrialisation américaine »
NVIDIA Omniserve ne se limite pas aux datacenters, cette recette peut aussi s’appliquer aux « leaders américains de l’industrie et de la robotique pour la réindustrialisation des États-Unis ». Comprendre la réindustrialisation par l’intelligence artificielle et la robotique.
« Les principaux constructeurs, développeurs de logiciels industriels et entreprises de robotique du pays utilisent les technologies NVIDIA Omniverse pour construire des usines robotiques de pointe et de nouveaux robots autonomes afin de surmonter les pénuries de main-d’œuvre et de stimuler la réindustrialisation américaine »
Jensen Huang n’y va pas par quatre chemins et parle de « machines intelligentes et pensantes » pour la « nouvelle révolution industrielle ».
« 650 modèles et 250 jeux de données ouverts »
On change de registre pour la partie logicielle. NVIDIA annonce « des modèles et des données ouverts » dans plusieurs familles. Commençons par les modèles de raisonnement spécialisés avec Nemotron Nano 3, Nemotron Nano 2 VL (image et vidéo), Nemotron Parse (texte et tableaux) et Nemotron Safety Guard (modération et détection de contenus dangereux dans neuf langues).
NVIDIA annonce aussi de nouveaux modèles IA ouverts pour la physique avec Cosmos, mais aussi Isaac GR00T pour la robotique et Clara pour le biomédical. NVIDIA revendique « plus de 650 modèles et 250 jeux de données ouverts désormais disponibles » sur Hugging Face.
IGX Thor : un ordinateur « de bureau » à 5 581 TFLOPS
Parlons enfin d’IGX Thor, une « plateforme d’IA de nouvelle génération adaptée aux entreprises pour l’IA physique ». Ce petit ordinateur prend la suite de IGX Orin avec des performances en « calcul d’IA jusqu’à 8 fois supérieures ».
IGX Thor « comprend deux types de GPU NVIDIA Blackwell : un GPU intégré (iGPU) et un GPU dédié (dGPU), offrant 5 581 TeraFLOPS de calcul IA en FP4 avec une connectivité 400 GbE ».
5 000 milliards de dollars en bourse
Mercredi à Wall Street, soit au lendemain des annonces de Jensen Huang, l’action NVIDIA a grimpé de 5 % à l’ouverture pour atteindre 211,47 dollars, marquant ainsi un record inédit : la capitalisation boursière de l’entreprise (entendue comme le nombre d’actions en circulation multiplié par la valeur unitaire de l’action) a franchi le cap des 5 000 milliards de dollars pour la première fois de l’histoire.
L’entreprise de Santa Clara avait déjà brisé un précédent record le 10 juillet dernier, en devenant la première entreprise au monde à atteindre une valorisation de 4 000 milliards de dollars. Cette croissance exceptionnelle (+ 25 % en quatre mois,+ 1 300 % sur trois ans) contribue bien sûr à alimenter le débat relatif à une potentielle bulle spéculative autour de l’IA.
Une hypothèse que récuse toutefois Jensen Huang. « Je ne crois pas que nous soyons dans une bulle de l’IA », a déclaré ce dernier à Bloomberg à l’issue de la conférence inaugurale de la GTC. Sur scène, le CEO s’est même voulu résolument optimiste. « Nous avons maintenant atteint notre cercle vertueux, notre point d’inflexion », promet-il, tablant sur 20 millions de puces livrées sur la génération Blackwell.
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Commentaires (18)
Le 30/10/2025 à 10h12
Le 30/10/2025 à 12h18
Modifié le 30/10/2025 à 18h07
Tellement de dollars injectés par les banques (US surtout) dans ce bazar, la chute sera rude. Mais l'inflation, elle va rester pour tous les américains.
Le 30/10/2025 à 12h21
Le 30/10/2025 à 13h45
Le 30/10/2025 à 18h36
Modifié le 30/10/2025 à 19h49
https://discord.com/channels/88569538362249216/88569538362249216/1432684248040476833
Le 31/10/2025 à 16h23
Le 31/10/2025 à 17h25
Juste pour voir j'ai tenté DropBox mais ces gros nazes veulent carrément un N° de CB pour l'offre gratuite. Bref C'est pire qu'à mon dernier essai qui date de... loin.
Et on ne peut pas inclure des image sur les commentaire.
Je peux la poser qqpart. Ftp, yopmail ?
Le 31/10/2025 à 22h42
Le 31/10/2025 à 21h38
Bref, Discord n'est malheureusement pas adapté au partage d'information.
Le 31/10/2025 à 23h03
https://rehost.diberie.com/Picture/Get/f/444323
Merci @Patch! J'avais perdu ce site et comme Gogol est une petit sale-hope...
Le 01/11/2025 à 00h51
au final, je reste sr AMD dans le sens ou il bouffe le moins au râtelier de i'IA (en tout cas par rapport a nvidia)
Le 01/11/2025 à 17h59
Le 01/11/2025 à 19h06
Le 30/10/2025 à 19h08
Le 01/11/2025 à 23h03
Comme on est à fond dans le "il faut être les premiers" et "america first", avec une guerre commerciale entre la Chine et les USA, ce scénario me semble malgré tout relativement probable...
Modifié le 03/11/2025 à 00h18
Le coût d'exploitation vas être énorme, rien qu'en électricité.
Pour autant, même si ça capote à court terme pour des questions de rentabilité financière, je doute qu'on puisse revenir en arrière.
Au bout du compte, s'il y a une bulle, il y aura une correction. Mais l'éclatement d'une bulle ne signifie pas non plus un retour en l'an 2000.
Il y en aura toujours qui tirerons leur épingle du jeu, comme ce fut le cas avec les début d'internet.
Notre époque "paisible" est terminée. Il faudra conjuguer avec l'IA et les bouleversements qu'elle implique...
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