Trump invite les 6 - 18 ans à « maintenir la domination mondiale de l’Amérique » sur l’IA
GrAIsser le mammouth
Illustration : Flock
Le 29 août 2025 à 16h23
Melania Trump et la Maison Blanche viennent de lancer un concours de développement d’intelligences artificielles destiné aux élèves d’écoles primaires, collèges et lycées, ainsi qu’à leurs enseignants. Or, dans la grille de notation, la note attribuée en fonction de l’adéquation « aux priorités, valeurs et vision du Président et de son Administration » aura plus de poids que le fait que « les méthodes et outils d’IA mentionnés sont pertinents et réalistes ».
Trump invite les 6 - 18 ans à « maintenir la domination mondiale de l’Amérique » sur l’IA
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Melania Trump et la Maison Blanche viennent de lancer un concours de développement d’intelligences artificielles destiné aux élèves d’écoles primaires, collèges et lycées, ainsi qu’à leurs enseignants. Or, dans la grille de notation, la note attribuée en fonction de l’adéquation « aux priorités, valeurs et vision du Président et de son Administration » aura plus de poids que le fait que « les méthodes et outils d’IA mentionnés sont pertinents et réalistes ».
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10 min
Melania Trump vient d’annoncer sur son compte X.com @FLOTUS (pour « First Lady of the United States ») le lancement d’un concours de développement d’IA destiné aux élèves de 6 à 18 ans, ainsi qu’à leurs enseignants et écoles allant de la primaire jusqu’à l’équivalent du lycée.
Ce « Presidential AI Challenge » les invite à développer des « solutions innovantes basées sur l’IA pour relever les défis de la communauté, tout en encourageant l’intérêt pour l’IA et les compétences dans ce domaine ». Objectifs : « résoudre les problèmes locaux, étatiques et régionaux émergents, stimuler l’innovation et le renouveau de l’Amérique au cours de l’âge d’or de notre pays » :
« Les étudiants et les enseignants de tous horizons et de toutes compétences sont encouragés à participer et à insuffler un nouvel esprit d’innovation alors que nous célébrons les 250 ans de notre indépendance et que nous nous tournons vers les 250 prochaines années. »
« Maintenir la domination mondiale de l’Amérique »
Les règles du concours précisent que l’objectif est d’ « encourager l’intérêt et l’expertise dans l’IA dès le plus jeune âge afin de maintenir la domination mondiale de l’Amérique dans cette révolution technologique pour les générations futures » :
« L’accélération de l’innovation en matière d’IA, l’un des trois piliers du plan d’action américain pour l’IA [ai.gov], dépend de la formation et de l’expérience précoces en matière d’utilisation responsable des outils d’IA, qui prépareront également les jeunes Américains à participer en toute confiance à la main-d’œuvre assistée par l’IA, propulsant ainsi notre pays vers de nouveaux sommets en matière de réussite économique et d’innovation scientifique. »
Des termes qui reprennent, aux mots près, ceux que Donald Trump avait formulés en avril dernier lorsqu’il avait lancé sa « Promesse à la jeunesse américaine » d’investir dans l’éducation à l’IA. Elle a depuis été endossée par plus d’une centaine d’entreprises et organisations, d’Apple à Zoom en passant par Google, Meta, Microsoft, OpenAI, Roblox et xAI.

Trump y précisait également : « pour préparer nos étudiants à devenir des leaders dans le domaine de la technologie de l’IA, il faut également investir dans nos enseignants, en leur fournissant les outils et les connaissances nécessaires pour former les étudiants à l’IA et utiliser la technologie dans la salle de classe ». Ce pourquoi le « Presidential AI Challenge » s’adresse également à eux.
Si les champions régionaux gagneront un « certificat présidentiel de participation » et une invitation à Washington et à la Maison Blanche pour un événement de trois jours, les lauréats des prix nationaux recevront quant à eux un certificat signé de la main du président Trump, et des prix d’une valeur de 10 000 dollars.
À une petite différence près : les deux équipes enseignantes d’école primaire lauréates du prix national seront en effet dotées de prix de 10 000 dollars « par école ». Les deux collèges et lycées primés recevront pour leur part 10 000 dollars « par participant », tout comme les membres de la catégorie enseignant de l’enseignement secondaire, mais sans que le règlement justifie cette différence de traitement.
Systèmes experts, arbres de décision et réseaux neuronaux, entre autres
Les élèves sont invités à réaliser un projet « impliquant l’étude, le développement ou l’utilisation d’une méthode ou d’un outil d’IA pour relever des défis communautaires », tandis que les enseignants se concentreront sur des « approches créatives de l’enseignement ou de l’utilisation des technologies d’IA dans le cadre de l’apprentissage de la maternelle au 12ᵉ grade [équivalent au lycée] ».
Le site web du challenge précise que les équipes sont encouragées à utiliser « tout type de technologie d’IA, telle que l’IA générative, les grands modèles de langage, l’apprentissage automatique, l’apprentissage profond, le traitement du langage naturel, la robotique, la vision par ordinateur, les systèmes experts, les arbres de décision et les réseaux neuronaux, entre autres », et fournit plusieurs exemples de projets susceptibles de candidater.
Les élèves de primaire pourraient notamment recourir à la reconnaissance d’images pour créer un robot distinguant matières recyclables et déchets ménagers, « retrouver des objets perdus », mais aussi leurs propriétaires, et même « mettre en relation les animaux perdus avec leurs propriétaires » (sic).
Les élèves de Middle Schools (l’équivalent US du collège) sont de leur côté invités à tester l’IA pour, par exemple :
- faire des économies d’énergie en surveillant la température et l’éclairage artificiel des classes,
- réduire la congestion des couloirs en prédisant quand les élèves se ruent vers leurs casiers,
- concevoir des repas plus sains et plus économiques pour les familles,
- créer des drones apicoles pour identifier et polliniser les plantes,
- identifier les serpents et champignons vénéneux.
Dans les High Schools (équivalent des lycées), les exemples donnés vont de l’optimisation des itinéraires de bus scolaires « en termes d’efficacité énergétique, de sécurité et de trajets plus courts » à celle des banques alimentaires locales pour les aider à « prévoir la demande, réduire le gaspillage et optimiser les itinéraires de distribution » en passant par la création d’un algorithme informant ses utilisateurs de la quantité d’énergie utilisée lorsqu’ils interrogent une IA.
La demande d’électricité devrait monter en flèche…
Les enseignants, de leur côté, sont par exemple invités à plancher sur des outils permettant d’accroitre l’engagement en classe, proposer aux élèves des plans d’apprentissage personnalisés, de soutien aux élèves en difficulté ainsi qu’aux enseignants lors de leurs premières années.
La page consacrée aux « lignes directrices » susceptibles d’aider les participants à identifier les challenges que des IA pourraient tenter de relever propose entre autres de « contribuer à réduire le risque d’incendie de forêt », ou encore de renforcer le réseau électrique national alors que « la demande d’électricité devrait monter en flèche dans les années à venir » :
« Comment les technologies d’IA peuvent-elles être utilisées pour aider à donner la priorité à des technologies énergétiques abordables, fiables et sécurisées, notamment les combustibles fossiles, le nucléaire avancé, la géothermie et l’hydroélectricité ? »
… alors que la Chine a rapidement développé son réseau
Le plan d’action américain pour l’IA, publié fin juillet, souligne en effet que « l’IA est le premier service numérique de la vie moderne qui met l’Amérique au défi de construire une production d’énergie beaucoup plus importante que celle dont elle dispose aujourd’hui » :
« La capacité énergétique américaine stagne depuis les années 1970, alors que la Chine a rapidement développé son réseau. Pour que l’Amérique puisse dominer l’IA, il faut changer cette tendance inquiétante. Pour ce faire, il faut rationaliser les procédures d’autorisation, renforcer et développer le réseau électrique et créer la main-d’œuvre nécessaire à la réalisation de ces projets. »
Signe de l’importance accordée à la formation de la jeunesse à l’utilisation de l’IA, le site AI.gov, consacré au plan d’action américain pour l’IA de la Maison-Blanche, ne propose à ce jour que trois « initiatives » : une page consacrée au programme mis en œuvre par le groupe de travail de la Maison-Blanche sur l’éducation à l’intelligence artificielle, le « Presidential AI Challenge », et la « Promesse à la jeunesse américaine » évoquée précédemment.

Le critère de départage ? La « vision du Président et de son Administration »
Le New York Magazine s’étonne de voir que « bizarrement, certains des projets proposés favorisent le recyclage, l’économie d’énergie et l’aide aux cantines locales, ce qui ne semble pas être une priorité pour l’administration du président ». Il relève aussi et surtout qu’il suffit de « creuser un peu dans les règles du concours » pour retrouver la « patte MAGA » (pour « Make America Great Again », le slogan de Donald Trump) de ce « Presidential AI Challenge ».
La page consacrée aux grilles de notation du concours souligne en effet que les projets seront évalués sur une échelle de 100 points, et que le critère d’adéquation « aux priorités, valeurs ou à la vision du Président et de son Administration » y vaudra jusqu’à 10 points.
Une note de bas de page souligne en outre ce que le NYMag qualifie de « score de Trumpiness » : bien que seulement doté de 10 point, il sera « utilisé comme premier critère de départage » entre les concurrents.


À titre de comparaison, le fait que « les méthodes et outils d’IA mentionnés sont pertinents et réalistes » et expliquent « comment la solution peut améliorer les résultats » vaudront eux aussi chacun jusqu’à 10 points. Mais ils ne pourront pas, par contre, servir de critère de départage.
L’IA et les réseaux sociaux sont les « bonbons numériques » de la prochaine génération
Melania Trump a déclaré au quotidien populiste et conservateur New York Post que, grâce à ce concours, elle espérait se tailler« un nouveau rôle de Première dame de la technologie » (« First Lady of Technology »).
The Daily Beast s’amuse de voir qu’elle y vante son expertise en la matière au motif qu’elle aurait externalisée la voix de son audiobook à une IA. Il rappelle aussi que, lors de l’une de ses rares interventions publiques, en mai dernier, Melania Trump avait déclaré que « L’intelligence artificielle et les médias sociaux sont les bonbons numériques de la prochaine génération : ils sont sucrés, créent une dépendance et sont conçus pour avoir un impact sur le développement cognitif de nos enfants », tout en soulignant les dangers posés par les deepfakes.
Gizmodo, de son côté, y consacre un article cinglant intitulé « Melania Trump est la personne idéale pour conduire les enfants vers le bac à spams de l’IA » (AI slop, en VO). Il rappelle notamment que la Première Dame a déjà plusieurs fois été accusée de plagiats et d’infractions au droit d’auteur, à l’instar de nombre des Big tech’ de l’IA. Des memecoins crypto à son effigie ont aussi fait perdre des millions de dollars à certains spéculateurs, concluant que, « tout comme l’IA, elle [Melania, ndlr] pourrait être utile, mais la plupart du temps, elle fait plus de mal que de bien ».
Commentaires (10)
Le 29/08/2025 à 17h05
Le 29/08/2025 à 17h39
Modifié le 29/08/2025 à 18h26
Tu veux progresser dans la vie ? Tu vois le type là-bas ? Vas nettoyer ses chaussures et (peut-être qu') il fera quelque chose pour toi (éventuellement).
C'est pas vraiment le rôle des enfants d'école primaire (mais bon, ils rédigent déjà des business-plans donc ...).
Par contre, fin de collège et lycée, pourquoi pas.
Le 29/08/2025 à 18h36
Le 29/08/2025 à 20h24
T'as un vague air latino (pas de Lorie ? l'IA te signale a l'ICE
Le 29/08/2025 à 22h57
Modifié le 30/08/2025 à 00h44
Le 30/08/2025 à 12h12
Le 30/08/2025 à 15h16
Le 31/08/2025 à 11h46
« Mais… tu as écris ton nom ?!
(Ceux qui ont la réf … ^^)
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