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L’open data des décisions de justice sérieusement remis en question

Fermez-moi tout ça !

L’open data des décisions de justice sérieusement remis en question

Cour de Cassation, Paris 2 April 2014, DXR, licence Creative Commons by-sa

Un rapport remis au ministre de la Justice, Gérald Darmanin, émet six propositions de modification des conditions de publication des décisions de justice qui sont, depuis peu, diffusées en open data. Des informations comme les noms et prénoms des personnes physiques, mais aussi les noms d'entreprises mentionnées seraient occultées.

Le 16 juillet à 12h39

Ce vendredi 11 juillet, le conseiller honoraire à la Cour de cassation Daniel Ludet a remis au ministre de la Justice, Gérald Darmanin, son rapport sur l’open data des décisions de justice. Ce rapport, en ligne depuis le 15 juillet [PDF], remet fortement en question la diffusion de certaines informations qui permettent au public d'être informé et aux journalistes (entre autres) de faire leur travail.

Gérald Darmanin cadrait, dès sa lettre de mission, le travail du conseiller et de son équipe en leur demandant de « proposer des recommandations relatives notamment :

  • à l'occultation des informations relatives à l'identification des magistrats, personnels de greffe et plus largement tous professionnels de justice ;
  • au respect des secrets protégés par la loi dans les décisions, notamment liés à la protection d'intérêts économiques ;
  • au modèle de financement de l'open data au regard des ressources déployées. »

Rappelons que l'open data des décisions de justice est prévue depuis 2019 dans le code de l'organisation judiciaire. Ainsi, l'article 111 - 13 de ce code indique que, « sous réserve des dispositions particulières qui régissent l'accès aux décisions de justice et leur publicité, les décisions rendues par les juridictions judiciaires sont mises à la disposition du public à titre gratuit sous forme électronique ».

Un open data des décisions de justice qui se met tout juste en place

Le rapport explique que « la loi du 23 mars 2019 de programmation 2018 - 2022 et de réforme pour la justice a précisé et complété cet article en prévoyant notamment que les noms et prénoms des personnes physiques mentionnées dans la décision, lorsqu’elles sont parties ou tiers, sont occultés préalablement à la mise à disposition du public ».

La Cour de cassation a été la première institution judiciaire à appliquer l'open data de ses décisions. Elle a même développé un outil de pseudonymisation utilisant le machine learning pour que les décisions publiées soient lisibles de façon intelligible tout en ne publiant pas les informations personnelles protégées dans le cadre de cette loi.

Concernant le personnel judiciaire, le rapport ajoute que « le principe de la mention du nom des magistrats et des membres du greffe est retenu. Il est toutefois prévu que, "lorsque sa divulgation est de nature à porter atteinte à la sécurité ou au respect de la vie privée de ces personnes ou de leur entourage, est également occulté tout élément permettant d’identifier les parties, les tiers, les magistrats et les membres du greffe" ». L'équipe rédactrice du rapport commente : « ainsi, un magistrat ou un membre du greffe ne peut obtenir l’occultation de son nom, notamment, que dans le cadre d’une démarche individuelle s’appuyant sur des éléments particuliers de sa situation ».

Protection des magistrats mais aussi secrets des entreprises

Mais, sans donner de contexte détaillé, elle estime qu'il existe un « climat de critiques très vives de la justice, de ses décisions et de ceux qui la servent » et évoque des « insultes et de menaces proférées le plus souvent par le canal de réseaux sociaux et visant nommément des magistrats et d’autres professionnels de justice ». Ceci expliquerait donc la volonté de modifier l'encadrement judiciaire concernant la mention des noms du personnel judiciaire.

Le rapport ne se borne pas à vouloir mieux protéger les magistrats et membres du greffe. Ainsi, il explique qu' « avant même que les décisions des tribunaux de commerce ne rentrent dans l’open data, l’attention a été appelée par des acteurs de la justice commerciale relayés par le MEDEF et la CPME, sur les inconvénients importants, pour les entreprises, de voir des éléments "sensibles" de leur organisation et de leur fonctionnement ainsi que des secrets inhérents à leur activité ou légalement reconnus, largement accessibles, en particulier à travers les décisions rendues dans le domaine des "procédures collectives" concernant les entreprises en difficulté ».

Le rapport remet aussi en question « le principe de gratuité de la mise à disposition des décisions » en évoquant « une période de fortes contraintes pesant sur les finances publique » alors qu' « en même temps », il fait le constat « d'activités lucratives, florissantes, d’entreprises concevant et vendant des produits dont l’élaboration tire profit de la révolution technologique permanente et dont la matière provient précisément de ces décisions de justice accessibles à tout public ».

Crescendo vers une restriction de plus en plus forte des informations publiées

L'équipe en charge du rapport fait quatre premières propositions de modification de l'article 111 - 13 au ministre de la Justice, allant crescendo vers une restriction de plus en plus forte des informations publiées. Elle préconise, dans sa première proposition, que l'article « devrait mentionner que les noms et prénoms des personnes physiques sont occultés préalablement à la mise à disposition du public » mais, dans sa deuxième proposition, elle suggère que ça soit aussi le cas pour « la dénomination sociale des sociétés mentionnées dans la décision ».

Elle ajoute même, dans sa troisième proposition que « les occultations préalables à la mise à disposition du public devraient comprendre également les adresses et les localités, les dates relatives à l’état des personnes et les chaînes de caractères directement identifiantes mentionnées dans la décision, ainsi que ses motifs lorsque la décision a été rendue en chambre du conseil ».

Sa quatrième proposition ajoute « l’occultation complémentaire de tout élément dont la divulgation est de nature à porter atteinte non seulement à la sécurité ou au respect de la vie privée de ces personnes, mais aussi au secret en matière industrielle ou commerciale lorsqu’il s’agit d’entreprises, ainsi qu’à d’autres secrets légalement protégés ».

Toutes ces informations sont pourtant importantes pour informer le public d'éventuelles condamnations d'entreprises et de connaître leur contexte.

Le rapport propose, sans le dire réellement, de tourner la page de l'open data de décisions de justice et de ne laisser accéder aux données importantes qu'aux personnes et entreprises qui s'engageraient devant la Cour de cassation à des conditions fixées par des conventions. La cinquième proposition du rapport ouvrirait l'accès de ces données à des « utilisateurs pour les besoins de leur activité professionnelle ou économique, dans le cadre de conventions, conclues avec la Cour de cassation, et qui précisent les obligations des intéressés quant aux garanties entourant la réutilisation des décisions, la diffusion de décisions à des tiers, et la préservation des secrets légalement protégés auxquels elles pourraient donner accès ».

Dans sa sixième « proposition », le rapport reconnait qu'il y a besoin que se « prolonge la réflexion, notamment, sur la nécessaire articulation du régime de délivrance des copies aux tiers avec celui de l’open data et sur l’applicabilité ou non du principe de gratuité à la mise à disposition d’utilisateurs de flux spéciaux de décisions de justice intègres ou plus intègres, d’où découlera la nécessité ou non d’une modification de la loi ».

Commentaires (21)

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Et dire que la justice est rendue au nom du Peuple Français et donc sa décision est publique.
Un compromis serait de publier que les 3 premières lettre d'un juge.
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j'arrive pas à savoir si les demandes sont "légitime" sous couvert de l’anonymat, ou c'est pour éviter qu'il y ai du "big data" et tirer des conclusions comme: tel juge est plus souple qu'un autre et ainsi orienté les jugements.
Même si cela est déjà le cas entre les avocats qui connaissent et discute entre eux et avec les juges, pour tourner leur discours de la bonne façon.
je souhaite que celui qui est condamné soit pas "anonymiser" contrairement à la victime, surtout pour les sociétés.
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Vive la justice populaire, qui n'est pas toujours d'accord avec la peine...
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Autant pour les personnes physiques je peux comprendre, cela va à l'encontre au droit à l'oubli et au principe de réinsertion (ne devrait le savoir que les personnes ayant un intérêt à savoir), autant pour les entreprises c'est n'importe quoi, en tant que citoyen/clients, ça parait un peu normal de savoir si une entreprise a été condamnée...et j'irai même plus loin en obligeant à son affichage sur la page d'accueil de l'entreprise, au moins c'est dissuasif contrairement aux amendes qui sont souvent bien trop faibles.
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et j'irai même plus loin en obligeant à son affichage sur la page d'accueil de l'entreprise, au moins c'est dissuasif contrairement aux amendes qui sont souvent bien trop faibles.
Faut pas exagérer : condamné ne signifie pas être marqué à vie (c'est en tous cas tel que j'interprète ton propos).

Par contre, l'affichage public peut faire partie d'une condamnation, c'est déjà arrivé à plusieurs reprises. D'ailleurs, la DGCCRF publie un flux avec toutes ses décisions et les sanctions contre les entreprises.

Pour moi, il ne faut pas systématiser l'affiche public. Cela contribuait à banaliser les comportements à mon sens.
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Mais, sans donner de contexte détaillé, elle estime qu'il existe un « climat de critiques très vives de la justice, de ses décisions et de ceux qui la servent » [...]

Peut-être qu'une partie de ce climat de critiques vient du ministre de la Justice lui-même (ici ou par exemple)
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Que le nom du juge et des personnes concernées par le jugement soit masqué, je trouve cela exagéré.
Mais quand d'un autre côté je vois le business de certains sites qui exposent l'ensemble du registre des entreprises avec tout l'état civil des dirigeants, les dates de naissances et les mêmes informations sur les conjoints qui n'ont rien demandés et les adresses personnelles, je me dis que c'est une bonne chose de censurer ce qui n'est pas essentiel.
Ce n'est pas normal que parce qu'on ouvre une société, tout l'état civil soit public. Cela rend l'usurpation d'identité extrêmement facile.
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Mais si rien n'est publié, ça devient extrêmement facile d'ouvrir une nouvelle entreprise alors qu'on a été interdit de gérance, non ?
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Non, car une personne condamnée à l'interdiction de gérer se retrouvera fichée au FNIG.
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Il suffit alors d'utiliser un prête nom et c'est reparti. Sauf qu'en rendant public le nom du gérant, un éventuel client se demandera pourquoi le gérant effectif n'a pas le même nom que sur les sites d'infos
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Quand tu fais ta procédure au guichet unique, tu dois fournir des documents d'identité. À un moment si t'as envie de faire une fausse déclaration, ça devient ton problème.
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Ton problème, et celui des potentiels futurs clients
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Dans le cas de la déclaration d'une micro entreprise, ça signifie que :

- Tu créés un compte à un nom qui n'est pas le tien sur le guichet unique
- Tu déclares une entreprise à un nom qui n'est pas le tien et la domicile à une adresse différente
- Tu fournis un numéro de sécurité sociale qui n'est pas le tien
- Tu fournis des faux justificatifs dans le cas où c'est une activité réglementée
- Tu fournis de faux papiers d'identité ou ceux d'une autre personne
- Tu fournis une fausse attestation de domiciliation de l'entreprise

Quant aux autres types de structures, ça veut dire que tu publies de faux statuts d'entreprise.

Une fois le guichet unique passé, tu fais de même pour la CFE et l'Urssaf.

Je ne dis pas que c'est impossible, quand on est motivé on est motivé. Mais avec tout ce qu'il faut faire et les déclarations officielles, les chances que ça bloque par rapport au fichage des interdis de gérer ne sont pas nulles. Surtout qu'à un moment, tu as le greffe qui rentre dans la boucle.
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"Que le nom du juge et des personnes concernées par le jugement soit masqué, je trouve cela exagéré."
Ce n'est pas "rien".
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Et pendant ce temps, si vous créez une SCI familiale vous trouverez en open-data sur internet vos noms, prénoms, date de naissance, et les documents dans lesquels figurent d'autres infos personnelles et peut-être même votre signature ... On est comment là "par apport au respect de la vie privée de ces personnes" ?
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Quand tu créés une micro entreprise / entreprise individuelle, tu peux indiquer sur le guichet unique refuser la publicité des données personnelles dans le fichier SIRENE. Perso je l'ai fait pour la mienne.
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Pour les associations bénévoles à but lucratif, c'est la même chose. Je vois le problème à l'envers. "SCI familiale". Entreprise lucrative. Le problème n'est pas qu'on puisse accéder librement, en tant que client, locataire (cas le plus fréquent) aux données de cette "SCI familiale", pour savoir à qui on à faire et quelles personnes on rémunère. C'est normal. Je loue à une "SCI familiale", j'ai besoin de comprendre si elle est solvable et si par exemple l'entretien minimal pour lequel je paie sera effectué, où s'il n'y a pas un risque d'être expulsé demain par décision de justice. Par contre on s'interroge toujours pourquoi d'autres mécanismes fiscaux infiniment plus avantageux que ces "SCI familiales" ne font pas l'objet de publications librement accessibles? Ou ont été limitées comme la détention de l'actionnariat ou non publiques telles que les holdings? Personnellement, je fais toujours une recherche sur une personne avec laquelle je contracte grâce à ce genre de site. Une commerciale bien sous tout rapport me proposait des panneaux solaires et parlait beaucoup d'éthique et de l'aider. Grâce à ce genre de site, j'ai découvert une "SCI familiale" très (TRES) florissante fondée suite à un héritage très clairement sous estimé par le notaire. Même genre de situation pour un logement où j'ai été locataire et qui voulait que je paie les travaux d'installation de la fibre... J'entends bien que c'est de l'empirisme, et que cette situation n'est pas reproductible systématiquement.
Pour en revenir à l'article, il est complètement anormal, aussi bien pour les professionnels, pour les citoyens et les étudiants, que ces décisions de justice ne soient pas librement et gratuitement accessibles.
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Pour ma part, je trouve plutôt cohérent de masquer par défaut ces informations. Elles peuvent très rapidement être utilisées par des personnes malintentionnées pour des représailles ou du harcèlement, et donc les mettre en danger.

Vu la connerie qu'est la vindicte populaire et cette tendance à passer à l'acte, il vaut mieux éviter de leur faciliter le travail.
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La transparence de la justice n'est possible qu'en assurant la publicité des décisions.
C'est le principe du contrôle des institutions par les individus que se soumettent aux lois qui les régissent.

Ce rapport semble sacrifier cette transparence (remise au goût du jour par le principe d'open data de la loi de 2019) au nom de la sécurité des parties.
Il est probable qu'il est moins cher de protéger les juges, le greffe et les justiciables en anonymisant les décisions de justice plutôt qu'en mettant les moyens pour poursuivre et condamner ceux qui utilisent ces informations pour commettre des délits (injures publiques, appels au meurtre, etc.).

Au fond, c'est surtout un calcul comptable de la part du ministre demandeur, mais le droit n'en sort pas grandi.

S'agissant des personnes morales, faire passer la préservation de la réputation d'entreprises condamnées devant le droit du public à connaitre les condamnations me semble choquant.
Cela ne va pas non plus dans le sens de la simplification du travail des journalistes ... :roll:
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Il est probable qu'il est moins cher de protéger les juges, le greffe et les justiciables en anonymisant les décisions de justice plutôt qu'en mettant les moyens pour poursuivre et condamner ceux qui utilisent ces informations pour commettre des délits (injures publiques, appels au meurtre, etc.).
Et si ça fini par passer à l'acte ? (il y a des précédents dans la justice, mais pas que)
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Le plus gros problème, à mes yeux, n'est pas la transparence ou non de la justice.

Le plus gros problème est qu'aujourd'hui, il y a une justice "parallèle", celles des réseaux sociaux, qui est bien plus rapide et surtout plus vindicative, basée non plus sur la loi (commune à tous), mais sur la morale (propre à chacun).

Qui plus est, il se passerait quoi si, par hasard, un groupe organisé ou une mafia décidait de s'en prendre à chaque personne ayant participé à un procès ?

Peut être que ce n'est qu'un problème comptable comme vous dites. Mais à l'heure où nous allons encore avoir à faire un sérieux effort budgétaire, je crains que nous n'ayons pas beaucoup d'alternatives...

L’open data des décisions de justice sérieusement remis en question

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