Intelligence artificielle : le Medef exhorte les entreprises à s’emparer du sujet
En retard, en retard, j'ai rendez-vous que'qu'part
Illustration : Flock
Mathilde Saliou
Le 05 février 2025 à 18h24
Le 4 février, le MEDEF et Numeum dressaient le bilan de leur Tour de France de l’IA auprès des entreprises. Next y était.
Intelligence artificielle : le Medef exhorte les entreprises à s’emparer du sujet
En retard, en retard, j'ai rendez-vous que'qu'part
Illustration : Flock
Le 4 février, le MEDEF et Numeum dressaient le bilan de leur Tour de France de l’IA auprès des entreprises. Next y était.
Le 05 février 2025 à 18h24
IA et algorithmes
IA
8 min
Faire le bilan du Tour de France de l’intelligence artificielle en amont du Sommet sur l’IA qui se tiendra à Paris à partir de jeudi, tel était l’objectif de l’événement organisé ce 4 février au siège du MEDEF.
À l’issue de vingt rencontres organisées de Saint-Denis de La Réunion jusqu’à Valbonne, Laval ou Vierzon, depuis le mois d’octobre 2024, le syndicat patronal a rencontré plus de 3 000 participants auprès desquels il a tenté de « démystifier » l’IA, de « positiver » le sujet, selon les mots de son président Patrick Martin, « pour que les entreprises s’en emparent, tout simplement ».
Si les discours de la Ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du numérique Clara Chappaz et du président du MEDEF Patrick Martin sont résolument tournés dans le sens d’une adoption rapide de l’IA, les échanges rapportés du terrain laissent, eux, transparaître les nombreux questionnements qui traversent les patrons d’entreprise française.
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Mercredi 08 janvier 2025 à 09h10 08/01/2025 09h10
Obtenir un agenda pro-innovation
Mais commençons par cet échange survenu en fin de rencontre. À l’envoyée spéciale du président de la République pour l’IA, Anne Bouverot, le directeur éditorial de La Tribune, qui anime les discussions, demande si l’on peut s’attendre « à des discussions sur l’AI Act » pendant le sommet, voire « à ce qu’il soit démantelé… ou du moins allégé ? » Les tensions autour de l’application du texte, dont le premier volet est entré en vigueur il y a quelques jours, restent vives, et pourraient s’accentuer sous la pression du nouveau gouvernement états-unien.
L’ingénieure tire un trait entre deux textes européens, le Règlement général sur la protection des données (RGPD) et celui sur l’IA. « Sur les valeurs, sur l’intention, la protection des données des citoyens est essentielle, on est d’accord », déclare-t-elle, après une allusion à l’histoire européenne. « Sur la mise en œuvre, peut-être que le RGPD n’a pas besoin d’être aussi lourd qu’aujourd’hui. »
Et d’expliquer que les équipes du Sommet sur l’IA travaillent depuis plus d’un an avec la Commission « pour avoir un agenda plus pro-innovation ».
Faire de l’IA un sujet
Car l’« IA est un enjeu de progrès tellement fondamental », indiquait Clara Chappaz un peu plus tôt, qu’« il ne faut absolument pas qu’on prenne de retard ». Un positionnement tout à fait cohérent avec celui de Patrick Martin, qui, citant les rapports de l’ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi et de l’ancien eurodéputé et Premier ministre italien Enrico Letta, déclare nécessaire d’aller « beaucoup plus vite et beaucoup plus loin sur le sujet de l’intelligence artificielle ».
Pour cela, admet-il, « il faut encore que tous les entrepreneurs de France le voient comme un sujet ». Ghislain de Pierrefeu, partner intelligence artificielle et data chez Wavestone, se fera rassurant sur l’idée d’un retard permanent : « Les gens ont toujours l’impression d’être en retard parce qu’il y a beaucoup de communication sur les innovations, mais il y a un décalage fort entre ce qui est dit ou testé en Proof of Concept et la conduite du changement réel. »
C’est tout de même pour aider à la prise en compte des enjeux posés par l’IA que le MEDEF et Numeum, syndicat professionnel de l’industrie du numérique, se sont associés pour organiser leur Tour de France de l’IA.
Dans la vague de question posée à 2008 personnes en septembre 2024 par Odoxa pour le MEDEF, 61 % des répondants identifiaient l’IA comme une menace plutôt qu’une opportunité, mais 77 % de ceux qui l’utilisaient professionnellement y voyaient une opportunité. Conclusion des sondeurs : plus l’IA est utilisée (elle l’est quatre fois plus chez les cadres ingénieurs que chez l’ensemble des salariés), plus elle « est considérée comme une opportunité ».
Bon client, le président du groupe Isospace Philippe Savajols illustre l’enjeu : à l’origine, pour lui, l’IA, « c’était les filtres que mes enfants mettaient sur des photos. C’était rigolo, mais je ne voyais pas ce que je pouvais en faire professionnellement. » À la tête d’une entreprise d’aménagement d’espaces (bureaux, commerces, hôtels), il a saisi l’intérêt lorsqu’il a discuté avec son prestataire informatique d’application d’IA à la comptabilité. En automatisant la collecte et le suivi des multiples factures fournisseurs et clients inhérentes à son activité, « on relève moins d’erreurs et on gagne en qualité de vie au travail ».
Numérisés, numérisants
« Une prévision n’a de sens que si elle colle à un besoin opérationnel », précise le directeur des systèmes d’informations (DSI) du groupe ADP, David Krieff. Citant l’intérêt de ses équipes pour le machine learning, il décrit l’adoption de plusieurs outils de prévision des flux répondant à des besoins concrets. Grâce à l’IA, ADP prévoit les flux de fréquentation des aéroports à plusieurs années, « pour prévoir nos investissements » ; à un mois, « pour réserver nos effectifs » ; à un point de contrôle donné dans une semaine, « pour faire le calendrier des prestataires ». Il rapporte, aussi, un exemple d’échec : ses équipes auraient voulu construire un score de prévision du nombre d’usagers de taxi, mais il n’est parvenu qu’à une précision de 30 minutes. Les vagues successives de voyageurs, elles, se suivent toutes les dix minutes.
David Krieff expose, aussi, sa vision des mutations technologiques, qu’il considère se dérouler en trois phases. « La première, c’est celle pendant laquelle certains collaborateurs voient l’enjeu, mais l’entreprise ne s’est pas saisie du sujet ; la deuxième est une phase de re-centralisation, quand l’entreprise s’empare de la question, et la troisième consiste en une situation plus pérenne. » Chez ADP, le DSI estime en être à la fin de deuxième phase.
Dans l’ultime étape, estime-il, le but est la « décentralisation maximale des compétences et des données », à la fois parce que « doter les collaborateurs de ces compétences fait partie de nos exigences, mais aussi parce que les cas d’usage les plus pertinents viendront de ceux qui sont sur le terrain ».
Ce faisant, il met le doigt sur l’enjeu de la formation, soulevé quelques semaines plus tôt par les syndicats, et sur lequel l’ambassadeur du Tour de France de l’IA Robin Rivaton reviendra quelques minutes plus tard. Pour ce dernier, la question de l’emploi ne tourne pas tant autour des suppressions de postes, dont il ne veut « pas parler pour le moment », que de celle de la qualité des emplois. Il cite le patron de Nvidia, qui déclarait en octobre : « Ce n’est pas l’IA qui prendra votre job, c’est une personne utilisant l’IA [si vous-même ne le faites pas]. »
Au gré des rencontres du Tour de France de l’IA, le programme s’est chaque fois divisé, comme ce 4 février, en deux grandes phases : des tables rondes avec des « numérisés », des entreprises clientes, et d’autres avec des « numérisants », les acteurs du numérique qui leur vendent leurs solutions.
« Les échanges ont été riches, décrit la présidente de Numeum Véronique Torner, que ce soit autour de cas d’usage précis, sur les inquiétudes, sur l’identification des opportunités… » L’enjeu, pour le secteur qu’elle représente, est de « sortir de notre couloir de nage, de parler aux autres acteurs économiques. »
Comme Patrick Martin, elle souligne le retard de la France : « dans son programme d’action pour une décennie numérique, la Commission européenne fixait un objectif de 75 % d’entreprises recourant au cloud et à l’IA. » En 2023, la Commission constatait que 22,9 % utilisaient des solutions cloud, en dessous de la moyenne de 38,9 % des sociétés européennes.
Pour Véronique Torner, l’adoption « s’accélère, mais il y a encore du travail ». Et de citer les enjeux « stratégiques, de souveraineté de compétitivité, d’emploi, de transition environnementale… » que l’IA représente pour la France et l’Europe.
Intelligence artificielle : le Medef exhorte les entreprises à s’emparer du sujet
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Obtenir un agenda pro-innovation
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Faire de l’IA un sujet
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Numérisés, numérisants
Commentaires (3)
Le 06/02/2025 à 10h14
Le 06/02/2025 à 10h26
Le 06/02/2025 à 15h47
Après, il faudrait que le décideur entende le terrain: l'IA, c'est intéressant, mais ça ne s'applique pas bien.
Et quand l'usage est trouvé, que le décideur et le terrain entendent: on va le faire, mais attention, le taux d'erreur est très supérieur à ce que le commercial a montré, et le travail pour maintenir l'outil est énorme.
Enfin, 1 an après le début du projet, que le décideur entende: "l'IA est une boîte noire, et en informatique tout boîte noire a tort aux yeux du terrain. Elle s'est trompée une fois, elle n'est plus utilisée, ce n'est pas à l'informatique de gérer cela".
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