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Le démantèlement du réseau cuivre attise les convoitises

Allumer la fiiiiiibre…

Le démantèlement du réseau cuivre attise les convoitises

Illustration : Flock

Le réseau cuivre en France compte, selon Orange, pas moins d’un million de kilomètres de câbles, soit des milliards d’euros au cours actuel. L’arrêt de la commercialisation des abonnements xDSL, la fermeture technique des accès et le décommissionnement du cuivre qui en découle soulèvent des questions sur le recyclage de ce métal très recherché.

La fermeture du réseau cuivre n’est pas nouvelle, Orange en parle depuis plus de cinq ans. « Des années 40 à 70, les câbles de cuivre ont été massivement déployés par France Télécom pour mailler les territoires. Un réseau qui a permis d’apporter le téléphone fixe, le fax, le minitel… puis enfin, Internet, la télévision, la visiophonie… 50 ans plus tard, c’est une page de l’histoire est sur le point de se tourner », explique l’opérateur.

Le réseau cuivre est dépassé sur tous les aspects techniques par la fibre optique. Elle permet d’avoir des débits largement supérieurs (des offres sont actuellement à 8 Gb/s symétriques) sans perdre en performance en fonction de la distance, contrairement au cuivre. De plus, la fibre a une empreinte écologique bien moindre : « un abonné à la fibre consomme quatre fois moins d’énergie qu’un abonné au cuivre », rappelle l’Arcep. Par contre, le coût est généralement plus élevé pour le client.

Le plan d’Orange, les craintes des opérateurs

Les choses sont devenues concrètes début 2022 avec la notification par Orange à l’Arcep d’un plan de fermeture, soumis à consultation publique. Comme nous l’avions alors expliqué, il y avait des inquiétudes dans les retours des opérateurs.

Iliad, par exemple, rappelait qu’il s’agit ni plus ni moins que d’« organiser l’inéluctable » avec la migration vers la fibre optique. Mais l’opérateur en profitait pour adresser une pique à son concurrent : « En pratique […] Orange décide, puis éventuellement concerte, et in fine Orange reste seule décisionnaire ». Altitude pointait du doigt un manque important dans le plan présenté : « Orange élude dans son plan toutes les questions sous-jacentes à la dépose du cuivre ».

La fermeture technique démarrera le 31 janvier 2025

2025 est une année charnière (2026 le sera aussi), rappelle le régulateur des télécoms : « Hors expérimentations, la fermeture technique démarrera quant à elle le 31 janvier 2025 sur certaines zones et courra jusqu’à fin 2030 ». Cette première échéance concerne 162 communes, dans lesquelles « le réseau cuivre qui vous permet actuellement de bénéficier des services Internet, TV et téléphone via l’ADSL sera coupé », explique Orange. L’opérateur donne la liste des communes concernées, où la fibre prend le relai pour l’ensemble des services.

Il y a pour rappel deux étapes pour la fermeture du réseau cuivre. La fermeture commerciale pour commencer (plus de commercialisations, mais les abonnements déjà souscrits restent actifs) et la fermeture technique ensuite. Dans ce dernier cas, l’ensemble des accès existants sur le réseau cuivre sont résiliés avec, le cas échéant, la dépose des câbles et gaines du réseau.

Dans un an (31 janvier 2026), il ne sera plus possible de souscrire à un abonnement xDSL « sur l’ensemble du territoire en métropole et en outre-mer ». Pour Orange, « 2026 va être une année charnière où plus aucun opérateur ne pourra vendre à ses clients une offre sur réseau cuivre, de l’abonnement téléphonique aux abonnements internet. À horizon 2030, les connexions cuivre ne devraient plus exister en France ».

Retirer le cuivre : un pic attendu en 2028 et 2029

La question est maintenant de savoir ce qu’il va advenir des kilomètres de cuivre qui ne vont plus avoir d’utilité. L’enjeu est à la fois écologique et économique. Sur le volet écologique, retirer le cuivre serait parfois plus polluant que de le laisser en place, c’est du moins la conclusion d’une étude suédoise mise en avant durant l’université d’été du THD en 2021. Des études devraient être menées au cas par cas : la situation n’est, par exemple, pas la même entre des câbles enfouis et des câbles aériens.

De son côté, Le Monde rappelle que « la moitié des grosses artères, les plus gros câbles, ont déjà été retirées de leurs fourreaux enterrés », mais il reste toutes les autres lignes et notamment les dessertes locales jusqu’aux dizaines de millions de logements équipés d’une ligne cuivre.

Bénédicte Javelot, directrice des projets stratégiques et du développement d’Orange France, explique à nos confrères que d’ici 2030 elle prévoit de « déposer autant de câbles de cuivre que lors des quinze dernières années, avec un pic en 2028 et 2029 ».

Des milliards d’euros en jeu

On peut parler de « trésor de guerre » puisque la tonne de cuivre s’échange aux alentours de 10 000 dollars selon l’Insee. La Tribune avait estimé en 2022 que le seul poids du cuivre représentait une manne de 8,8 milliards d’euros, mais Orange jugeait cette estimation « excessivement élevée », sans donner de chiffres précis. Ce « trésor de guerre » attise les convoitises d’autres sociétés.

En juin 2024, Derichebourg Environnement inaugurait sa « nouvelle plateforme de recyclage de câbles à Escautpont (59) », soutenue par le plan France Relance. Elle vient épauler celle de de Saint-Marcel (Saône-et-Loire) spécialisée, elle aussi, dans le recyclage de câbles électriques.

« Cette plateforme de recyclage industrielle permet de broyer les câbles électriques pour séparer le cuivre
du plastique, grâce à une ligne de production constituée de différents équipements : broyeur, granulateurs, tables densimétriques, trieuse optique et tables à eau pour la séparation des matières
 », explique le groupe.

Derichebourg, Nexans : les usines de recyclages se multiplient

« Chacun de ces deux sites a la capacité de traiter 20 000 tonnes de câbles de cuivre par an », ajoute Derichebourg Environnement. À 10 000 euros la tonne, cela donne un chiffre d’affaires potentiel de 200 millions d’euros par an pour les deux usines. Le groupe rappelle que « le cuivre figure parmi la liste des matières critiques et stratégiques du nouveau règlement européen ».

D’autres poids lourds du secteur s’intéressent au cuivre et à son recyclage, notamment Nexans. Le groupe « anticipe et alerte sur la pénurie du cuivre depuis de nombreuses années », affirme Guillaume Teixeira (directeur général de Nexans). Il rappelle que le cuivre est aussi utilisé pour transporter l’électricité, dont la demande « doit augmenter de 35% d’ici 2050 et que le monde se dirige vers un risque de pénurie de matières première – dont le cuivre ».

Afin de répondre à la demande, le groupe a annoncé 90 millions d’euros d’investissement « pour le développement d’une usine innovante sur son site de Lens à l’horizon 2026 ». L’entreprise « augmentera sa capacité de production de plus de 50 % et permettra de recycler jusqu’à 80 000 tonnes de cuivre par an ».

Le cuivre déposé par Orange devrait donc trouver preneur assez facilement en France dans les usines de recyclage. Mais ce n’est qu’une partie du travail : « Si la France collecte, trie et traite très bien le cuivre pour le transformer en grenaille, elle ne dispose pas d’outils industriels pour le fondre », explique Jean-François Nogrette (directeur général de Veolia France) au Monde. Il précise que la dernière raffinerie de cuivre de l’Hexagone a fermée fin 2010.

Des vols de cuivre toujours plus nombreux

Le cuivre attise aussi les convoitises des voleurs : « Pour donner un ordre d’idée, nous avons enregistré plus de 1 300 vols sur ce premier semestre 2024 contre 1 500 sur toute l’année 2023, soit 1 200 km de câbles volés, 1 000 en 2022 et 200 en 2021 », explique Cyril Luneau (directeur des relations avec les collectivités locales chez Orange).

« Le cuivre est un métal qui a de la valeur. La demande en cuivre a doublé au cours des 25 dernières années au niveau mondial, en raison de son utilité dans divers secteurs tels que la conception de câbles, de batteries, de circuits électroniques, la tuyauterie, les transports et la fabrication de pièces de monnaie », ajoute-t-il.

Durant l’été dernier, Véronique Fontaine (déléguée régionale en Pays de la Loire) affirmait que l’opérateur historique avait été touché « un jour sur deux » par des vols de câbles de cuivre, entrainant des coupures d’Internet et de téléphone pour les clients affectés. La responsable tenait les comptes : « on a dû nous voler environ 40 kilomètres de câbles, ce qui représente une cinquantaine de tonnes », comme le rapporte France Bleu.

Il y a trois semaines, Damien de Kerhor (délégué régional Bretagne d’Orange) tirait lui aussi la sonnette d’alarme : « Dans le Finistère, on recense 55 vols de câbles en 2024. Ça représente 50 tonnes et 40 kilomètres de câbles […] On observait déjà ce phénomène depuis plusieurs années, en particulier dans le Finistère. À l’échelle de Bretagne, on constate une augmentation de 70 % des vols de câbles », rapporte Ouest France.

Pour les clients, les réparations prennent du temps car, « avec la transition vers la fibre, les câbles en cuivre sont amenés à disparaître d’ici 2030. On ne s’attendait pas à une telle demande et il est plus difficile de les produire ».

Le délégué régional en profite pour lancer un appel : « Si vous apercevez, à la nuit tombée, une camionnette suspecte et des personnes qui manipulent des câbles, n’hésitez pas à contacter la gendarmerie. Les techniciens d’Orange ne pratiquent pas ce genre d’interventions la nuit. C’est le bon réflexe à adopter ».

Commentaires (17)

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Ça me semble assez simple : on ne fait rien, le réseau va se faire démonter tout seul, comme par magie.
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L'état pourrais même donner un TOP pour que chacun démonte ce qu'il veut et puisse le revendre. En 2 semaines, tu aurais démonté tout le réseaux cuivre....
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Après, faut quand même faire gaffe aux dégâts collatéraux. Du moins, tant qu'on n'a pas inventé le transport d'électricité par fibre optique.
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" Si vous apercevez, à la nuit tombée, une camionnette suspecte et des personnes qui manipulent des câbles[...]"
=> "Si vous apercevez une camionnette suspecte qui traine derrière elle 300m de cuivre sortant en flux continu d'un regard de telecom [...]"
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« Si la France collecte, trie et traite très bien le cuivre pour le transformer en grenaille, elle ne dispose pas d’outils industriels pour le fondre », explique Jean-François Nogrette (directeur général de Veolia France) au Monde. Il précise que la dernière raffinerie de cuivre de l’Hexagone a fermée fin 2010.

ptre la partie la plus affligeante... on nous "recyclage" mais on va faire fondre ailleurs , sûrement là où les normes environnementales sont absentes. Et nos usines du Nord, elles pouvaient s'en occuper => toute la valeur ajoutée reste en France (récolte, tri, transformation, fonderie, production des câbles).
Ce cuivre il va partir en Chine pour y être fondu et ne reviendra pas, sauf dans les batteries => perte totale de la VA.
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Ça va principalement en Espagne, Belgique et Allemagne qui ont des fourneaux pour ça. C’est dommage qu’on ait rien en France effectivement.
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Ma commune, bien qu’entièrement fibrée, du moins au niveau des rues, mais pas de toutes les habitations, n’est pas dans la liste des 162 communes qui ferment le cuivre au 1er janvier 2025, mais des communes proches sont concernées.

Quand la fermeture du cuivre interviendra pour ma commune, qu’en sera-t-il des habitations où la fibre n’est pas installée actuellement, soit parce que leurs propriétaires ne voient pas l’intérêt de passer à la fibre ou tout simplement parce que le gestionnaire du réseau, XPfibre pour mon département le 77, a oublié d’appliquer la convention de déploiement de la fibre dans un immeuble signée pourtant depuis plusieurs années?
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si la personne est en cuivre, car pas besoin d'internet (genre tel fixe uniquement) : ils prennent rdv pour faire une "modification technique". En gros, ils t'installent la fibre,et un boitier permettant de mettre la ligne fixe dessus.
Ca sera donc quasi transparent pour les personnes qui veulent pas changer. Ils auront un "adaptateur" en plus quoi :)

Pour les immeubles, je sais pas par contre :) Certainement qu'ils vont finir de les fibrer avant de décommissionner le cuivre, ça me semble être la condition minimum
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Le Minitel a été démantelé. Les autocommutateurs (qui connectaient le modem RTC 56 kb/s par exemple) ont été progressivement démantelés (remplacés par l'Adsl, la fibre).
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Ça veut dire que la fibre va être deployable pour tout nouvel abonnement sur l’ensemble du territoire d’ici 1 an ?
J’ai comme l’impression que c’est une nouvelle échéance à ne pas tenir !

Dans mon village à 30km de Grenoble ils ont tiré des câbles principaux il y a peu mais j’ai un flaire qu’on aura rien de dispo avant 12-18 mois. En Bretagne y a pas mal de coins où ça fait 2 ans que ça doit arriver dans les prochains mois…
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Mou ça fait 4 ans que ma commune est en cours de déploiement fibre.
Et je viens enfin d'y passer.

Et l'article dit que le retrait du cuivre sera progressif d'ici 2030, pas que d'ici 1 an tout le cuivre doit être enlevé.
Juste plus autorisé à utiliser des services cuivre.
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Ça veut dire que Orange continue de démanteler son réseau cuivre progressivement. Il y a une chance que ce soit moins long que de démanteler Superphénix (site nucléaire de Creys-Malville) dont le démantèlement dure depuis 2006 (fin prolongée récemment en 2035).
Autrement-dit, ça se fait par zones localisées, par petites touches, en commençant par le plus facile. Et je suppose que la paire de fils qui arrive en fin de ligne, dans les bâtiments, ne sera jamais déposée.
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J'ignore si c'est la norme mais dans mon cas, quand ils ont déposé le cuivre dans la rue, ils ont sonné pour prévenir et ils ont coupé le câble à la limite de propriété. À ma charge de retirer le cuivre qui passe dans la propriété (sous terre et dans les murs), ce que je trouve logique.
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  1. Le cuivre jusqu'à la prise PTO est censé être propriété d'orange

  2. Ils ne sont pas censés couper le cuivre si la fermeture technique n'a pas encore eu lieu (je ne sais pas dans votre cas)

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Merci pour ces précisions, je l'ignorais pour le premier point.

Pour le second, j'avoue ne pas m'être renseigné sur le planning de fermeture technique à l'époque. La fibre était présente depuis plusieurs années (2018) lorsqu'ils ont décommissionné le cuivre (2022). Après discussion avec les ouvriers qui retiraient le cuivre dans la rue, j'ai moi-même retiré la partie privée, et Orange n'est jamais venu réclamer le bout de câble qui a fini à la déchetterie.

Je viens de consulter le plan de transition et ma commune n'y est pas listée, donc j'ignore à l'initiative de qui s'est fait le retrait, peut-être est-ce une décision de la mairie. En consultant le site Ariase, la fermeture technique n'est prévue qu'en 2028 :keskidit:
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Ou bien des petits malins se sont fait passer pour Orange pour récupérer le cuivre en avance sur l'agenda d'orange.
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Il y aura certainement une clause pour ne plus proposer d'abonnements cuivre aux logements raccordables à la fibre mais toujours proposé du cuivre pour les logements non raccordables.

Par contre, j'ai hâte de voir le cirque que ça va être pour les logements raccordables sur le papier mais non raccordables sur le terrain.

A dans 1 an pour voir ce qu'il se passera.