#Le brief du 24 mars 2026

Pour le patron de Grammarly, tout expert pourrait tirer profit d’agents d’IA à son nom

Patron de Superhuman, la société éditrice de Grammarly, Shishir Mehrotra est revenu sur les débats relatifs à sa fonctionnalité « Expert Review », qui permettait de réviser un texte avec l’aide de rendus automatisés présentés comme inspirés des travaux d’autrices et auteurs, scientifiques ou journalistes réels.

Après avoir créé un large débat dans la sphère anglophone, cette dernière a été suspendue le 12 mars, quelques heures après que nous retrouvions les noms de plusieurs scientifiques, écrivaines et journalistes francophones dans l’outil.

Sur les 1 500 personnes travaillant chez Superhuman, nom adopté par la société quelques mois après une levée de fonds d’un milliard de dollars, Shishir Mehrotra explique à The Verge que la décision de lancer un tel outil est revenue à une poignée de personnes, « probablement un gestionnaire de produit et quelques ingénieurs ». Il explique sa décision de la supprimer au fait qu’il s’agissait d’une « mauvaise fonctionnalité », utile « ni pour les utilisateurs, ni pour les experts ».

Illustration : Flock

Interrogé sur la rémunération qui aurait dû être proposée aux universitaires, journalistes, ou autrices et auteurs cités par la machine, l’entrepreneur répond sur la thématique de la visibilité : « Comme experts, vous avez besoin de vous rendre visibles sur internet. »

N’importe quelle personne qui publierait en ligne, estime-t-il, veut voir son contenu utilisé par d’autres, que d’autres utilisateurs y fassent référence, et que les auteurs des contenus en question soient cités. « Et pour citer, il faut utiliser votre nom ». C’est, en substance, ce que Grammarly souhaitait mettre en avant avec son outil « expert review », avance l’entrepreneur, qui considère les accusations d’usurpation d’identité « un peu exagérées ».

La journaliste Julia Angwin et d’autres poursuivent néanmoins l’entreprise en justice aux États-Unis pour usage non consenti du nom et de l’identité de personnes, sans leur consentement.

Relancé sur la question de la rémunération qui aurait pu être proposée aux personnalités citées par la machine, Shishir Mehrotra évacue à nouveau : « Nous ne devrions pas usurper votre identité, point. Nous ne l’avons pas fait. Si nous utilisons votre travail, si n’importe quel LLM ou n’importe quel produit utilise votre travail, il devrait citer la source de ces éléments et fournir les liens qui y renvoient. »

Interrogé une troisième fois sur le sujet, l’entrepreneur évoque finalement un modèle d’affaire en cours de construction – notamment la possibilité de créer des agents d’IA supposés représenter un ou une experte, qui pourrait ensuite partager les revenus tirés de l’usage de cet outil avec Grammarly, sur une répartition de l’ordre de 70 % pour l’auteur, 30 % pour la plateforme. Concrètement, Shishir Mehrotra propose un mode de financement très similaire à ce qui existe déjà dans l’écosystème des créateurs et créatrices de contenu, sans considération particulière sur la volonté des universitaires, journalistes ou autrices et auteurs cités pour ce type de nouvelle activité.

Quant aux noms cités par la fonctionnalité Expert Review – côté français, nous avions noté la présence de Valérie Masson-Delmotte, Annie Ernaux ou encore Florence Aubenas – ces derniers « viennent directement des LLM populaires ». Autrement dit, Grammarly n’aurait rien construit d’autre qu’une forme d’itération sur la pratique consistant à interroger Claude ou Gemini en lui demandant d’améliorer un texte en « s’appuyant sur les personnes les plus utiles pour donner des retours constructifs, prenant leurs travaux les plus intéressants, et utilisant cela pour fournir une révision ».

Sur Tiktok, une campagne d’influence en amont des élections législatives hongroises

Chez Arte, les revenus des traducteurs chutent à mesure que l’IA est adoptée

Début février, chez Arte, des représentants du collectif de traducteurs et traductrices qui travaillent aux sous-titres de la chaîne franco-allemande étaient venus sonner l’alerte : depuis le début de l’année 2025, leurs revenus étaient en forte baisse.

Depuis plus d’une décennie, la chaîne recourt à leurs services pour adapter les magazines et documentaires vers l’anglais, l’espagnol, le polonais, l’italien et le roumain.

Sur place, les responsables du programme multilingue de la chaîne ne s’en sont pas cachés, rapporte Mediapart : ils sont très satisfaits des résultats de leurs expérimentations de traduction automatisée, menées à partir de mai 2023 et généralisées un an plus tard. À terme, le recours à l’intelligence artificielle devrait devenir « inéluctable ».

Illustration : Flock

Concrètement, cela leur permet de réduire de moitié la facture actuelle versée au prestataire d’Arte Transperfect. Pour un traducteur humain, cette facture s’élève à 10 euros la minute, dont 4 à 5 euros sont finalement reçus par le ou la traductrice. Pour ces derniers, en revanche, cela réduit la qualité du travail tout en réduisant les revenus.

Comme nous l’expliquait Margot Nguyen Béraud, membre du collectif En chair et en os, dans le dernier épisode d’Entre la chaise et le clavier, à l’ère de l’IA, le travail demandé aux professionnels de la traduction n’est plus de partir du texte initial pour l’adapter, mais d’une version « pré-mâchée » par le robot, qu’il s’agit ensuite de « post-éditer ».

L’effet sur les revenus est direct : quand bien même les principaux concernés estiment que ces post-éditions ne leur font pas tellement gagner de temps, Transperfect ne paye plus la minute que 2 ou 2,5 euros lorsqu’un système d’IA (ici, Claude d’Anthropic) est mobilisé.

Côté Arte, en revanche, l’économie permettrait de multiplier les traductions vers vingt-quatre langues à terme, et de mettre ces traductions à disposition en moins de 24 h pour les programmes d’actualité.
Pour les représentants de plusieurs syndicats et collectifs de traducteurs et traductrices, l’affaire est malheureusement « banale », le symptôme d’une tendance qui conduit de plus en plus de professionnels à quitter le métier.

Le public n’y gagne pas forcément, pointe la présidente de l’Association des traducteurs adaptateurs de l’audiovisuel (Ataa), avec des traductions médiocres dans lesquelles des marqueurs comme le tutoiement ou le vouvoiement sont mélangés, des mots intervertis, ou encore l’intégralité du texte retranscrite, alors que les experts du sous-titre tendent à proposer des élisions pour permettre au public de suivre.

La première bêta de Mageia 10 est disponible

Après une version alpha au début de l’année, l’heure est à la bêta. L’équipe annonce que de nombreux correctifs ont été effectués et de nouvelles versions de logiciel sont arrivées. Pour rappel, « Mageia est développé par une communauté d’utilisateurs dévoués, soutenue par l’organisation à but non lucratif Mageia.org – un groupe d’individus élus par le conseil d’administration de Mageia ».

Le noyau Linux passe en version 6.18 LTS, tandis que LibreOffice est en version 26.2 avec Firefox ESR 140.8, RPM 4.20 et Mesa 26.0.2 pour les pilotes graphiques. Mageia annonce aussi le passage à Plasma 6.5 pour KDE, GNOME 49 (alors que la version 50 vient d’arriver) et XFCE 4.20. L’équipe prévoit la publication d’une bêta 2 « intégrant la nouvelle apparence et la documentation pour Mageia 10 ».

Illustration : Flock

En plus des images ISO pour installer la distribution sur votre machine, quatre options de LiveCD avec trois environnements de bureau au choix sont disponibles : Plasma (64 bits), GNOME (64 bits) et Xfce (32 ou 64 bits). Le 32 bits est donc toujours supporté, mais avec des exigences matérielles renforcées puisqu’il faut un processeur compatible SSE2.

Les notes de version détaillées se trouvent par ici ; pour les téléchargements. c’est par là.

WWDC 2026 : Apple donne rendez-vous le 8 juin, avec des « avancées en matière d’IA »

La keynote d’ouverture du 8 juin sera le moment fort de cette semaine d’annonces pour Apple, avec très certainement iOS 27 et des mises à jour pour les autres systèmes d’exploitation de l’entreprise. Les conférences s’enchaineront ensuite pendant la semaine, pour se terminer le 12 juin.

Bien évidemment, vous ne couperez pas à l’intelligence artificielle : « La WWDC26 mettra en lumière des mises à jour exceptionnelles pour les plateformes Apple, notamment des avancées en matière d’IA et de nouveaux logiciels et outils de développement passionnants », explique Apple dans un communiqué.

Pour rappel, Apple a recruté fin 2025 Amar Subramanya (ex Google et Microsoft, il s’est notamment occupé de Gemini) comme vice-président de l’IA, sous la responsabilité de Craig Federighi (vice-président senior de l’ingénierie logicielle).

Quelques jours plus tard, mi-janvier, Apple annonçait qu’elle allait utiliser les modèles Gemini de Google pour tous ses produits IA, dont Siri. Les deux protagonistes expliquaient que « la prochaine génération de modèles fondation sera basée sur les modèles Gemini et la technologie cloud de Google », sans entrer dans les détails. Nous devrions en avoir davantage en juin.

L’année dernière, Liquid Glass se taillait la part du lion. Cette année sera certainement celle de l’IA, un domaine où Apple est clairement en retard sur la concurrence.