La Belgique annule le marché « i-police » de 299 millions d’euros attribué à Sopra-Steria
Le 29 décembre 2025 à 07h57
3 min
Économie
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Lancé en 2017, signé en 2021, le projet « i-Police » était censé « moderniser les outils informatiques de la police fédérale » belge. Mais, révèle Le Soir, « suite à une évaluation approfondie, j'ai décidé d'arrêter le projet », explique Bernard Quintin, ministre de la Sécurité et de l'Intérieur.
« Les résultats sont loin des attentes », résume le cabinet du ministre, évoquant des « lacunes fondamentales dans l'exécution du marché public par le prestataire de services », à savoir le groupe français Sopra Steria, adossé à plusieurs partenaires.
Le Soir rappelle qu'il devait remplacer 80 applications existantes et « améliorer les services rendus aux citoyens ». Or, près de cinq ans plus tard, les 185 zones de police locales et les services fédéraux « doivent toujours composer avec une mosaïque de dizaines d’applications et de bases de données, dont certaines reposent sur des architectures héritées des années 1990 », souligne Le Soir.
Le système, précisait Télésambre, était censé pouvoir « rechercher automatiquement des informations dans d'autres bases de données auxquelles la police a accès », dont la Direction de l'immatriculation des véhicules et les bases de données de la Justice. Mais également proposer « une analyse et un recoupement automatiques des données, telles que les images des caméras, les photos, les empreintes digitales, les traces, les documents, … » :
« La standardisation des déclarations (numériques) et le suivi central des dossiers permettent d'assurer un échange d’informations plus rapide et efficace entre la police et les citoyens. En outre, le système offre aux citoyens une garantie de confidentialité et un contrôle transparent. Les fonctionnaires de police auront un accès limité et contrôlé aux informations des citoyens, sur la base de leur fonction et de leur mission à ce moment. »

Le Soir évoque de multiples griefs, « par exemple : une connaissance insuffisante des produits proposés pour les missions, une appropriation limitée des processus, une méthodologie insuffisante, et une implication tardive des sous-traitants et éditeurs de logiciels ».
En 2023, un audit de Deloitte avait déjà dénoncé « un manque de vision sur la transformation numérique, des priorités floues » ainsi que des « failles dans la sécurisation des données », des « abus constatés par certains agents et un contrôle interne jugé insuffisant ».
Initialement estimé à 299 millions d'euros, le projet en a d'ores et déjà coûté 75,8 millions. La police fédérale souhaiterait désormais en récupérer une partie.
Les autorités voudraient également pouvoir réaffecter les sommes restantes dans des projets plus ciblés, « développés en fonction des besoins du terrain et en étroite collaboration entre la police fédérale, les zones locales et les services informatiques », précise le cabinet du ministre.
Le 29 décembre 2025 à 07h57
Commentaires (11)
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Abonnez-vousModifié le 29/12/2025 à 08h29
Heureux de voir que le logiciel que j'ai développé sera donc vraisemblablement conservé 😍😅♥️
Le 29/12/2025 à 08h46
Modifié le 29/12/2025 à 11h05
Sur des projet monumentaux comme ça, il n'y a sûrement que les leader qui doivent pouvoir se positionner / remporter l'appel d'offre.
Le 29/12/2025 à 11h36
Le 04/01/2026 à 02h03
Modifié le 05/01/2026 à 03h57
Tout le monde sait que cet exercice est merdique, mais il est aujourd'hui contraint, en tous cas en France.
Cela finit avec des "arrangements" illégaux, aux limites de la corruption… que ce système prétendait combattre. Encore une fois : ce n'est pas l'emballage idéologique qui fait un mécanisme mal pensé.
Que l'on exige d'un processus de sélection une transparence avec arguments motivés & écrits sur les différentes propositions permettant de justifier du choix retenu, c'est une bonne chose, et cela permet à une instance de contrôle de s'en servir.
Mais imposer la sélection du moins cher, c'est une facette de ce mortel mensonge d'un marché qui serait autre chose qu'un nivellement par le bas et la loi du plus fort.
Le 29/12/2025 à 08h49
Pour le reste, entre les fiasco Arpège (avec le même éditeur) et XPN (Capgemini, mais dans un domaine très proche) ces dernières semaines, prendre un peu de recul, faire un audit, constater de graves manquements et donc décider d'arrêter avant que la perte ne soit encore plus colossale me parait être une bonne décision.
Il reste juste à s'assurer que l'audit de Deloitte n'est un audit "halluciné" par IA...
Modifié le 29/12/2025 à 10h01
Les cabinets de consulting devaient donc se contenter du mode opératoire habituel : un powerpoint template où ils changeaient le nom du client facturé 150k€.
(Entre ça, les consultants d'éditeurs à 2k€ / jour qui se contentent de te dire RTFM, et les infogéreurs qui demandent 1500 balles pour trois clics sur le portail d'un CSP, je me suis vraiment gouré de métier
Le 29/12/2025 à 10h14
Souvent, il y a aussi des problèmes côté cahier des charges et/ou product owner qui rendent les projets complexes presque impossibles.
Je n'est pas confiance en Sopra-Steria, mais je serais étonné que la faute soit entièrement du côté des fournisseurs.
Le 31/12/2025 à 10h22
Le 31/12/2025 à 11h03
Un appel d'offre exige un cahier des charges. Cahier des charges qui doit donc être défini dès le départ, et sans grande évolution possible (sinon, possibilité pour un concurrent ayant répondu mais non retenu d'attaquer en justice, en tout cas en France).
Sans grande évolution possible, cela sous-entend également que les besoins métier ne changent pas et sont figés dans le temps.
Autres conséquences de tout cela : le surcoût des projets. Comme personne n'a de boule de cristal pour connaître l'avenir, et qu'il est difficile de revenir sur les conditions d'un marché en cours de route, de très grosses marges de sécurité sont prises lors de l'évaluation des coûts par les répondants (et vu le contexte, on ne peut pas leur reprocher). Avoir un facteur x10 "juste au cas où", ça se fait (en plus de différentes marges de sécu qu'on peut trouver lors du chiffrage du projet).
Je sais bien que mon calcul est un brin simpliste, mais 300 millions, c'est 3000 année homme (sur une base de 100k/an, ce qui est plutôt très optimiste en France, pour la Belgique, je ne sais pas). Ou 300 personnes qui bossent dessus à temps plein pendant 10 ans.
Alors oui, dans les coûts, il n'y a pas que la masse salariale, on est d'accord. Mais même en considérant des coûts autres comme d'infrastructure de 50 millions par exemple (et il y a de quoi faire avec tout ça), on arrive à des tarifs qui restent malgré tout incompréhensible et semblant totalement hors sol. Le seul point qui pourrait expliquer un tel chiffre, c'est si l'appel d'offre incluait la formation des agents au nouveau logiciel (ce qui est peut être le cas, je ne sais pas, je n'ai pas vu l'appel d'offre)
Après, du côté des ESN, les 2 problèmes récurrents que l'on a :
- vendre des profils juniors comme des experts
- le turn over très important.
Du côté des donneurs d'ordre :
- besoins mal définis
- besoins exprimés pas en adéquation avec les besoins du terrain (dans mon domaine, la santé, c'est sacrément classique ce problème...)
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