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Semiconducteurs : ASML ne vend aucune machine en Europe

Où sont les usines ?

Semiconducteurs : ASML ne vend aucune machine en Europe

Deux exemplaires du Twinscan EXE:5000, le premier scanner lithographique High-NA d’ASML, sont déjà installés chez Intel

Frank Heemskerk, responsable des affaires publiques mondiales d’ASML, a déclaré que le groupe ne vend actuellement aucune machine en Europe, faute d’usines de semi-conducteurs en construction. Un constat que confirment les résultats trimestriels d’ASML, alors que l’Europe travaille à réviser sa législation sur les puces.

ASML est l’une des entreprises les plus importantes au monde actuellement. Elle fabrique et commercialise des machines de lithographie par rayonnement UV, qui permettent à leur tour la gravure des puces les plus avancées. ASML occupe ainsi une place de choix dans l’industrie des semiconducteurs.

L’entreprise vient de faire parler d’elle, par l’intermédiaire de son directeur des relations publiques, Frank Heemskerk (qui fut également ministre aux Pays-Bas). « Nous ne vendons rien du tout en Europe. C’est parce que l’Europe n’investit pas et qu’aucune usine de puces n’est construite ici. Et c’est vraiment inquiétant », a-t-il déclaré durant un débat le 22 septembre. Une position remarquée, alors que l’Europe travaille sur son Chips Act 2.0 et que certains tentent de dérouler le tapis rouge à ASML.

ASML fustige l’absence d’usines de pointe

Selon Frank Heemskerk, l’Europe risque un décrochage pendant que les États-Unis, la Chine et l’Inde investissent massivement dans leur propre industrie des semi-conducteurs. Il explique l’absence de vente en Europe par le manque d’investissements et l’absence de nouvelles usines de puces sur le continent.

Quand ASML pointe l’absence de vente en Europe, elle ne signifie pas un refus de vendre aux clients européens, mais bien l’absence de demande. Pour nuancer le propos, il y a bien des usines en construction, comme ESMC (partenariat entre TSMC, Bosch, Infineon et NXP) à Dresde en Allemagne, avec une production en volume prévue pour fin 2027, puis une pleine capacité en 2029. Mais on parle de finesse de gravure oscillant entre 28/22 nm et 16/12 nm, alors qu’ASML évoque surtout les gravures de pointe, comme le 2 nm de TSMC utilisé pour les nouvelles puces Apple.

La position tranchée d’ASML se reflète dans ses bilans financiers. Dans un document publié mi-juillet en même temps que les derniers résultats trimestriels, on peut lire l’état des ventes sur tout le premier semestre 2026, avec une ventilation géographique. Sur environ 18 milliards d’euros de ventes diverses, seuls 407 millions viennent de la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique), soit 2,24 %. Or, non seulement la part de l’Europe n’apparait pas seule, mais il s’agit du chiffre d’affaires total, services compris.

Dans son rapport financier annuel 2025, ASML affichait déjà une nette cassure entre 2024 et 2025. On ne connait pas exactement la raison de cette chute brutale. Rappelons tout de même qu’ASML a vendu des machines à Intel, qui a ouvert sa Fab 34 en Irlande en 2023.

Rien dans l’absolu ne permet de contredire l’affirmation de Frank Heemskerk. D’autant que certains projets ont disparu en cours de route, comme les usines Intel en Allemagne.

La situation complexe de l’Europe

La déclaration d’ASML vient appuyer sur une situation délicate pour l’Europe actuellement. Elle se trouve dans une dépendance technologique à de nombreuses entreprises étrangères, notamment pour la plupart des puces qui ont le vent en poupe aujourd’hui, dont les GPU ou encore les puces spécialisées dans l’inférence.

Un rapport de la Cour des comptes française, sorti en avril 2026, évoquait ainsi le danger pour l’Europe de se retrouver entre le marteau américain et l’enclume asiatique. Notant que l’Europe ne réalisait que 7 % des ventes mondiales de puces (toutes catégories confondues), elle dressait un sombre bilan : les usines sont pratiquement toutes en Asie, la conception se fait en grande partie aux États-Unis, les CPU et GPU ne sont pas fabriqués en Europe. Elle relevait également qu’en 2020, les deux seules entreprises au monde à produire des puces en 5 nm étaient Samsung et TSMC, via les machines vendues par ASML. L’Europe, elle, ne disposait d’aucune capacité de production pour des semiconducteurs de moins de 22 nm.

Un an plus tôt, la Cour des comptes européenne tirait elle aussi la sonnette d’alarme. Elle fustigeait alors le premier Chips Act et ses investissements insuffisants, son manque d’envergure et son absence de réponse à plusieurs problématiques liées, notamment celle de l’écosystème. Il ne suffit pas en effet d’implanter une usine de pointe : mieux vaut que les fournisseurs soient proches. La Cour déplorait un texte « né dans l’urgence », sans évaluation complète ni étude d’impact.

L’objectif de 20 % de parts de marché en 2030 lui paraissait irréalisable. De fait, Emmanuel Macron a confirmé en mai que c’était raté : « L’objectif que l’on s’était fixé […] ne sera pas atteint. Nous sommes encore en retard sur ce Plan de début de reconquête de souveraineté ».

Depuis, le Chips Act 2.0 a été présenté en juin dernier. Le texte met davantage l’accent sur la demande, rejoignant le discours de Frank Heemskerk. Il prévoit aussi des procédures d’autorisation limitées à 12 mois au maximum. Le dossier est à l’ordre du jour du Conseil Compétitivité du 24 septembre 2026, c’est-à-dire aujourd’hui. La déclaration d’ASML tombe donc en pleine négociation, éclairant la portée de son plaidoyer.

Dans le débat, Frank Heemskerk était d’avis que l’Europe devrait moins se concentrer sur son rapport de force avec les Etats-Unis et la Chine et s’occuper davantage de renforcer son propre appareil de production, en supprimant notamment les barrières au sein du marché commun. La solution n’est pas, selon lui, dans l’argent public, les subventions n’entrainant pas automatiquement d’effet levier. Il imagine davantage des regroupements de besoins en cloud et datacenters entre entreprises et gouvernements, capables de générer des demandes suffisamment fortes. De quoi amorcer la pompe, en quelque sorte. En outre, il milite pour des politiques prévisibles, ajoutant : « Plus c’est ennuyeux, mieux c’est ».

Commentaires (11)

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Navrant, alors que l'Europe n'est pas si mauvaise sur la production de puces, mais simplement on ne va pas chercher les puces qui sont les plus demandées et stratégiques aujourd'hui.

L'Europe semble continuer à miser sur le monde des Bisounours où la mondialisation nous permet de continuer à tous se développer les uns à côté des autres, quand la Chine et les US semblent miser sur un "chacun pour sa gueule" à venir. Jusque là, c'est un débat d'idéologies, le problème c'est justement que comme le dit la news, la Chine et les US qui ont cette stratégie sont justement nos fournisseurs.
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quand des clients étatiques te demandent des équipement "souverain", tu te trouve très limité. tous les connecteurs miniature viennent de chine/taiwan. les puces CPU ou affichage vidéo sont soit chinoise ou USA.

On a pas de fondeur fabless en france, il y a bien le CEA pour les puces "strategiques" mais c'est limité.
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Intéressant, mais une nuance : ASML ne vend pas « rien » en Europe.

Le CEA-Leti (Grenoble) est client ASML depuis 2018, avec un scanner de lithographie par immersion (10 nm - 7 nm) installé en 2024 : https://www.leti-cea.fr/cea-tech/leti/Pages/actualites/News/Le-CEA-Leti-et-ASML-collaborent-au-developpement-des-technologies-des-puces-subnanometriques.aspx

Cela dit, CEA-Leti reste un laboratoire de recherche, pas une usine de production commerciale. L'affirmation d'ASML vise la production industrielle.

Egalement, on a construit la seule salle blanche mobile du monde : fr.wikipedia.org Wikipedia
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Bonjour, j'indique en effet ce genre de nuance dans l'article :chinois:
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Je crois comprendre qu'on focus surtout sur la prod "de pointe". Comme tu le dis le scanner du CEA est surtout une installation de recherche techno (et puis 10 - 7 nm je sais pas si AMSL range encore ca dans "la pointe).

Par contre je suis ettoné de ne rien voir du tout ches STm. Il me semblait que à Crolles on avait quand meme une vrai fab et ambition de faire de la validation de procédés pour le reste des fab du groupe.. et donc a Crolles ils ne sont jamais passé sour les 13 nm ?
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ASML, entreprise située aux Pays-Bas… en Europe.
Je comprends mieux leur tristesse.
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Quand la Chine arrivera à remplacer ASML, on va sauver ASML en lui achetant des machines et en établissant des fonderies publiques avec des années de retard ?
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C'est peut-être aussi leur intérêt dans l'histoire. Je me suis fait la même remarque.
Je me demande aussi combien de dépendance à ASML à de possibles fournisseurs chinois.
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"En outre, il milite pour des politiques prévisibles, ajoutant : « Plus c’est ennuyeux, mieux c’est »."

Avec notre gérontophile flamboyant et bronzé, brassant de l'air en paroles comme en actes, on ne s'ennuie pas à le regarder gesticuler dans les sables mouvants auxquels sa politique a bien contribué, mais rien n'avance en effet!

Va falloir en faire un film: "Les bronzés président!"
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Disons qu'il ne faut pas que des machines à puces. Ils faut aussi des archi. Si c'est pour faire du x86, je pense pas qu'on aurait la licence. Si c'est pour faire de l'ARM, ça pourrait être interessant, mais uniquement sur le plan économique et sur un marché très compétitif. Mais on serait dépendant d'une licence non EU. Si l'objectif est une relative indépendance crédible, la seule seule chose que je voix est soit RISC-V comme archi à faire évoluer, soit une nouvelle archi. Ça va être compliqué de convaincre les OS proriétaires non EU de migrer sur cette archi, sauf si on développe un compilateur C/Rust qui permet de recompiler Linux et de dire, "on peut faire sans" ou du moins de montrer un minimum de crédibilité en faisabilité. Et il faut voir toute la chaîne, pas juste la fabrication de puces. C'est assez ambitieux quand même. Quoi qu'il en soit, je trouverais le projet très intéressant. Ensuite, je suis pas spécialiste, mais je trouve qu'une coopération entre Etats EU m'apparait plus efficace qu'une gestion centralisée UE pour ce genre de projet. Tout ça pour dire que c'est un peu logique aussi qu'on ne se lance pas aussi facilement que ceux déjà installés dans le marché, mais ça ne devrait pas être une raison de ne pas y aller.