Twitch accusé d’avoir donné les contenus de ses créateurs à Amazon et ses modèles IA
Collecter n'est pas jouer
Le 24 août à 16h58
Twitch accusé d’avoir donné les contenus de ses créateurs à Amazon et ses modèles IA
Collecter n'est pas jouer
Droit
Droit
3 min
À la stupeur générale de bon nombre de créateurs de contenus, Twitch exploite automatiquement le contenu des chaînes pour entrainer les modèles IA d’Amazon. S’il est possible de désactiver l’option, elle est activée par défaut et les données de discussions dans un chat restent exploitables si quelqu’un dans la discussion a accepté de participer à la collecte.
L’histoire n’allait pas en rester là. Une proposition de recours collectif (class action) a été déposée le 20 août en Californie contre Twitch et Amazon, propriétaire de la plateforme de streaming (PDF). L’accusation centrale du plaignant, Warren Pandiscia, streamer du Connecticut, est simple : Amazon aurait utilisé les contenus des créateurs de Twitch sans rémunération ni consentement.
L’évolution des CGU de Twitch appuie la plainte
Mike Minton, le directeur produit de Twitch, avait d’ailleurs justifié ce choix assez franchement : « si c’était à activer volontairement, personne ne le ferait. » La plainte va cependant plus loin que l’annonce du 12 août. Elle soutient en effet qu’Amazon utilisait déjà du contenu de Twitch pour ses modèles IA en 2024. À l’époque, il n’existait aucun mécanisme de refus.
Minton lui-même avait reconnu que Twitch servait effectivement à l’entraînement des modèles d’Amazon mais pour des prototypes, comme l’a rappelé 404media. Le fait que les conditions d’utilisation de Twitch aient été mises à jour le jour de l’annonce plaide en la faveur du plaignant, d’après sa poursuite.
La licence accordée aux utilisateurs permet à Twitch d’exploiter leurs contenus « en lien avec la monétisation des services de Twitch ». Le 12 août, la plateforme change la formulation : la licence peut désormais servir aux activités de Twitch et/ou de ses affiliés. Un changement qui sonne comme un aveu : si la licence précédente autorisait déjà l’utilisation des contenus des créateurs pour les activités d’IA générative d’Amazon, il n’aurait pas été nécessaire d’élargir la finalité de la licence de la sorte.
La plainte formule quatre chefs d’accusation : rupture d’un contrat implicite et du devoir de bonne foi contre Twitch, enrichissement injustifié contre Twitch et Amazon, rupture du contrat explicite contre les deux entreprises, et violation de la loi californienne sur les pratiques commerciales déloyales.
Le plaignant demande la certification de la plainte en class action, qui pourrait dès lors représenter les créateurs Twitch américains dont les œuvres auraient été indûment collectées pour entraîner les modèles d’Amazon.
Commentaires (19)
Abonnez-vous pour prendre part au débat
Déjà abonné ou lecteur ? Se connecter
Cet article est en accès libre, mais il est le produit d'une rédaction qui ne travaille que pour ses lecteurs, sur un média sans pub et sans tracker. Soutenez le journalisme tech de qualité en vous abonnant.
Accédez en illimité aux articles d'un média expert
Profitez d'au moins 1 To de stockage pour vos sauvegardes
Intégrez la communauté et prenez part aux débats
Partagez des articles premium à vos contacts
Abonnez-vousModifié le 24 août à 17h43
Et donc qu'un départ de masse vers une autre structure (quitte à la créer, ce ne sont pas des bleus dans le domaine du business en témoigne cet article) porterait un coup violent à cette plateforme.
Le 24 août à 19h08
Non car au final, le nerf de la guerre est là : c'est bien mignon de dire "quitter Twitch" ou "quitter Youtube", sauf qu'il faut une alternative où les annonceurs (ceux qui ramènent les brouzoufs) viennent et paient...
Et c'est probablement là que le bas blesse.
(et y a qu'à voir le "quitter Twitter", il a très bien marché :)).
Modifié le 24 août à 20h08
L'audience, c'est pas Twitch et YouTube qui la génèrent, mais les créateurs de contenus. Je pense que c'est ça qu'ils oublient dans l'équation.
M'enfin, comme j'avais dit sur un autre commentaire : on a les dépendances qu'on se créé.
Et perso je ne consomme pas ces contenus, donc si le Stockholm leur plaît, grand bien leur fasse. J'irai pas les pleurer à la prochaine arnaque du même type que celle de l'article.
Le 24 août à 20h57
Résultat, ces streamers sont revenus sur twitch.
Bref, créer un concurrent semble difficile, même pour des géants.
Le 25 août à 08h41
Une plateforme montée par des gens qui ont l'expertise du domaine aurait plus de chances.
Mais bon, quand je vois toutes les réponses, je me dis que le défaitisme semble la norme dans ce domaine. Bref, je ne pleurerai pas pour leur Stockholm.
Modifié le 25 août à 10h04
Modifié le 24 août à 22h09
________
Erreur de ma part, il semble ne pas exister d'instance Peertube chez Mediapart
https://www.mediapart.fr/nous-suivre
Le 24 août à 23h23
Comme tu le dis, les streameurs ne sont plus des gamins mais des entrepreneurs.
Ils connaissent donc l'etat des finances de Twitch : des contrats pour que les gros streameurs restent et la diffusion de l'e-sport à hauteur de 100 millions et surtout une perte estimée de 250 millions en 2025 (source).
Pas vraiment de quoi leur donner envie de se lancer
Modifié le 25 août à 07h11
Le 25 août à 09h56
Le 25 août à 12h13
Ces zigotos sont capables d'avoir des montages fiscaux avec plusieurs entreprises et tout un business autour de leur marque, y compris avec des produits en rayon avec leur tronche, mais ils ne seraient pas capables de créer une joint venture pour sécuriser ce business et éviter de se voir floués par les caprices d'une plateforme qui tire partie de son hégémonie ?
J'ai du mal à y croire, ou alors c'est le point de vue défaitiste du manque d'entrepreneuriat français qui parle...
Modifié le 25 août à 17h37
Le résultat est un peu long, et en me basant sur le min, mais tu as un budget initial 300~800k€ + 30~150k€/mois pour un "MVP Crédible" (Web, comptes, chat, abonnements, dons, quelques streamers). Si tu veux un vrai challenger de Twitch, tu es à 8~25M€ + 1~5M€.
Après j'ai pas compris son découpage, mais j'ai l'impression que le mensuel ne comprends pas la consommation de data :
Pour 1000 spectateurs, ça donne 100k h/mois, un coût de 10~50k€/mois et un budget total plausible de 40~120k€. 50k spectateurs tu passes à 500k~2.5M€/mois pour un budget total plausible de 1~5M€/mois.
DuckAI m'indique aussi des coûts non techniques, genre juridique, etc.
En gros, j'imagine que tu vas avoir
1) les ayants droits pour la musique, et même les jeux vidéos je dirais : JDG l'expliquait hier mais en gros, il ne peut pas diffuser ses épisodes sur Twitch car ils paient des droits musicaux et que ça ne s'applique qu'à YouTube pas Twitch
2) les annonceurs : je suis pas sûr que les annonceurs, quelque soit le streamer, aient envie de se lancer dans un truc sorti en mode "pouf".
3) 2/3 histoires de peering, etc : si c'est en France, est-ce que tu vas pas avoir une histoire de trafic interne (ton centre de données doit pouvoir recevoir et émettre de la data en conséquence).
Donc je sais pas si les "influenceurs" (qui ne sont pas tous des streamers) touchent 5M€ / mois, ni s'ils ont envie de changer une situation qui ne doit probablement pas les déranger outre mesure : d'accord, ça doit en faire chier certains cette histoire de l'IA, mais de là à les motiver de se barrer de Twitch pour un pari aussi risqué, je doute.
Et vu qu'il n'y a pas non plus d'autres alternatives avec les reins solides j'ai un gros doute que ça n'existe...
Sans compter qu'au final, streamer célèbre ne veut pas dire que les viewers du dit streamer iront voir ailleurs.
Bref.
Le 25 août à 20h10
(et perso j'éviterai de faire un business plan avec je ne sais quel LLM)
Tant pis pour eux, on verra au prochain article où ils viendront chialer parce que la plateforme la leur a faite à l'envers.
Le 26 août à 09h48
Monter un équivalent à Twitch oui c'est impossible.
Mais le faire pour soi même ou quelques uns c'est complètement différent.
Je rejoins @SebGF sur ce point. En investissant dans Peertube/Owncast par exemple il y a moyen. Rester complètement dépendant d'une plateforme ça reste très dangereux.
Idem pout Youtube.
Les streameurs les plus importants en ont largement les moyens financiers.
Le 26 août à 12h57
Moi de ce que je comprends du streaming, et surtout de leur revenu, tu as trois parties :
Je sais pas comment ça se réparti tout ça, mais investir dans peetube ou son fork du projet opensource parce que pas d'accord sur l'orientation (un grand classique de l'opensource !) ça veut dire convaincre 1 et 2 d'y venir.
Pour 1, ça veut dire monter une plateforme de vente avec tout ce que ça implique en terme de sécurité (coucou les multiples fuites en France hein :))
Pas sûr que les abonnés suivront donc ...
Pour 2, ça veut convaincre les partenaires/sponsors d'y aller, sauf que le montant de la sponsor dépend des abonnés, du nombre de vue. Si tu n'as pas un moyen indépendant, comment un sponsor peut-il croire à une plateforme gérée par le sponsorisé ? Et s'il trichait ?
A mon avis, c'est plus de l'utopie pour les gros streamers et s'il y a une plateforme alternative, elle doit bien remplir tout ces conditions : quand tu changes d'employeur, c'est en général pas pour perdre de l'argent, et je doute que les streamers n'aient envie de ça non plus :)
Après je pense que certains font maintenant du multi plateforme, entre YouTube et Twitch, donc c'est pas impossible que ça puisse exister dans une certaine mesure.
Modifié le 26 août à 00h44
Une idée séduisante sur le papier qui a autant de chance d'arriver qu'une grève dans une entreprise sans organisation de la colère (un syndicat digne de ce nom) : aucune.
Modifié le 24 août à 22h04
Il faut faire attention de ne pas regarder cette affaire d'un point de vue européen.
Par exemple, de ce que j'ai pu lire, pour l'équivalent de notre RGPD, CCPA, dans les États qui en ont un comme la Californie, l'opposition à l'utilisation des données se fait en opt-out.
Pour les changements dans les Terms of service, le passage relevé a plutôt pour but de préciser certains usages sans les limiter.
Du premier ToS de 2017 au dernier publié, il est écrit:
En gros, si c'est sur Twitch, ils font ce qu'ils veulent avec et peuvent le donner à qui ils veulent.
Pour moi, Twitch a juste voulu expliciter l'utilisation des données et permettre un opt-out à cause des différentes polémiques sur l'entraînement des IA.
Le 25 août à 05h20
Une fois que les modèles seront suffisamment entraînés, ils pourront générer du contenu calibré pour des audiences bien spécifiques.
Une bien belle aubaine pour Amazon de générer du chiffre pour les actionnaires à partir des contrats publicitaires des annonceurs qui retombent à 100% dans le coffre de Twitch sans avoir à rémunérer un quelconque streamer.
Et je pense qu'il y aura toujours des viewers pour s'abonner à ces contenus.
Le 25 août à 06h21
Signaler un commentaire
Voulez-vous vraiment signaler ce commentaire ?