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Jules, wikimédien de l’année : « au lycée, j’avais trouvé ma vocation pour être utile »

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Jules, wikimédien de l’année : « au lycée, j’avais trouvé ma vocation pour être utile »

Jules Xenard, Wikimédien de l’année 2026, CC @JJxFile

Depuis ses 17 ans, Jules* est l’un des 147 administrateurs de Wikipédia (en français). 15 ans plus tard, il en est aussi l’un des 20 contributeurs les plus prolifiques en France et vient d’être désigné « wikimédien de l’année » à l’international. Il a également bloqué de nombreux « vandales » (dont l’adresse IP du ministère de l’Intérieur) et « faux nez » (dont une cellule d’infiltrés d’Éric Zemmour). Auteur d’articles de qualité sur le changement et la désinformation climatique, il nettoie aussi Wikipédia des sites d’info générés par IA et cherche un « taf semi-alimentaire » afin de pouvoir continuer à y contribuer, bénévolement. Portrait.

À l’occasion de ses 25 ans, Wikimédia organisait fin juillet sa conférence mondiale annuelle Wikimania 2026 à la Cité des sciences et de l’industrie de Paris. Intitulée « Liberté, Équité, Fiabilité », elle a notamment mis l’accent sur « la vérifiabilité, la factualité et la neutralité des contenus […] à une époque où la fiabilité scientifique et la crédibilité du travail journalistique sont de plus en plus attaquées ». Wikimédia France y a d’ailleurs présenté un livre blanc, « Vers une société des communs numériques », auquel nous avons consacré un précédent article.

Comme chaque année depuis 2011, le fondateur de Wikipédia Jimmy Wales y a aussi récompensé le « wikimédien de l’année ». Cette mention honorifique (elle est primée par une peluche de Bébé Globe, la mascotte du 25e anniversaire de Wikipédia) a cette année été décernée par des bénévoles de toute la planète à un Français : Jules Xénard. Sur l’encyclopédie, celui-ci est connu sous le pseudonyme de Jules*.

Jimmy Wales et Jules Xenard, entourés des quatre autres personnes honorées à Wikimania 2026 – CC Mateusz Kopeć

Wikimedia précise que Jules* « consacre une grande partie de son temps à annuler les actes de vandalisme, à améliorer les nouvelles contributions, à aider les nouveaux contributeurs, à lutter contre les modifications rémunérées non déclarées et à répondre aux demandes d’aide de la communauté », mais pas seulement :

« En tant qu’auteur, Jules* se consacre principalement au thème du changement climatique. Il aborde chaque article dans le plus pur esprit wikimédien, en rassemblant des sources fiables et en vérifiant les faits. La rédaction d’un seul article peut lui prendre plusieurs mois. Il est particulièrement fier de ses articles consacrés au sixième rapport d’évaluation du GIEC ou au rapport Charney [une publication scientifique américaine qui annonçait en 1979 un réchauffement climatique résultant de l’émission de gaz à effet de serre par l’usage humain des combustibles fossiles, NDLR]. »

Lors de la cérémonie, rediffusée sur YouTube, des messages partagés par d’autres wikimédiens soulignaient qu’ « il accomplit depuis des années un travail incroyable et de grande envergure, notamment sur le front de la lutte contre la désinformation », et qu’ « il a joué un rôle moteur dans la lutte contre la désinformation sur le changement climatique sur la plateforme, en veillant à ce que le contenu reste strictement conforme au consensus scientifique ».

C’est la deuxième fois qu’un Français est désigné Wikimédien de l’année. En 2013, Rémi Mathis, alors président de l’association Wikimédia France, avait en effet été récompensé pour son rôle dans la controverse de la création de l’article « Station hertzienne militaire de Pierre-sur-Haute », que la direction centrale du Renseignement intérieur (DCRI, devenue DGSI) avait alors cherché à censurer.

Ayant déjà eu l’occasion de mentionner Jules dans plusieurs articles (il est le contributeur de Wikipédia le plus cité sur Next), nous avons jugé opportun de revenir sur son parcours, tout autant improbable qu’impressionnant.

Il entre dans le Top 125 des contributeurs l’année de son bac

Toutes encyclopédies confondues, Wikipédia lui dénombre désormais plus de 500 000 éditions, dont 376 000 contributions en français depuis la création de son compte le 14 septembre 2010, alors qu’il n’avait que 16 ans. Sa toute première contribution, ce jour-là, consista à rétorquer à l’intention d’un certain Antoine1989 « Pas d’opinions personnelles, SVP. Merci. ». Cinq mois plus tôt, ce dernier avait en effet rajouté « VIVE LE MARÉCHAL! » à l’article consacré à Philippe Pétain. Un vandalisme bas de gamme qui fut d’ailleurs effacé 3 minutes plus tard seulement.

Sur son journal de bord, Jules* indique avoir effectué sa 10 000ᵉ contribution en mars 2011, soit six mois seulement après la création de son compte, mois où il figura aussi en 795ᵉ position du « Top 1000 » des wikipédiens (en français) par nombre d’éditions (il y figure aujourd’hui à la 20ᵉ position).

Le 15 septembre 2011, un an et un jour après son inscription, il totalise déjà plus de 27 000 contributions. Alors qu’il n’a que 17 ans, il est élu au statut d’administrateur de l’encyclopédie. Dans sa lettre de candidature, il explique à l’époque avoir besoin des outils d’administrateur « principalement pour la lutte contre le vandalisme, et, plus généralement, pour conserver le niveau actuel de l’encyclopédie ».

En juin 2012, il s’accordait un « wiki-break 3 semaines en raison de révision du bac, puis du bac lui-même », après avoir dépassé le cap des 50 000 contributions (soit près de 25 000 l’année de son bac !), le plaçant au 117e rang du « Top 1000 ». Suivirent deux années d’études de journalisme qui, bien que « très prenantes et fatigantes », ne l’empêchèrent pas de franchir le cap des 100 000 contributions, au point de figurer en 35ᵉ position du « Top 1000 » en janvier 2014.

« Au lycée, j’avais trouvé ma vocation : wikipédien », expliquait Jules* en 2024 dans une interview pour RAW, la wikilettre d’information de l’encyclopédie :

« Je ne voyais pas pourquoi j’aurais dû choisir un métier alors que j’avais trouvé ma manière d’être utile à la société. Mais la réalité est ce qu’elle est, pas de revenu universel qui permettrait à chacun de participer à sa manière à la société sous des formes qui actuellement ne sont pas rémunérées. Un diplôme de journaliste en poche, j’ai vu en l’association Wikimédia France une manière de pouvoir vivre de ma passion (et donc y consacrer encore plus de temps ^^). »

Licencié pour avoir refusé de censurer des contributeurs de Wikipédia

De mai 2015 à mars 2016, âgé de 20 ans, il entamait un service civique de huit mois suivi d’un CDD de deux mois et demi à Wikimédia France, chargé d’animer le projet WikiMOOC, un cours en ligne gratuit pour apprendre à contribuer à Wikipédia, d’effectuer des formations auprès d’enseignants et d’étudiants, et d’animer un wikiconcours lycéen.

En décembre 2015, il bloquait l’adresse IP du ministère de l’Intérieur en écriture pendant un an pour « passage en force alors que vos modifications ne sont pas consensuelles », invitant les utilisateurs du ministère à « vous familiariser quelque peu avec les usages de Wikipédia » :

« Après lecture de l’historique […] des blocages déjà opérés sur cette IP, j’en conclus qu’entre vandalismes et attitude non-collaborative (passages en force, pistage des contributions d’autrui et foutage de gueule en prime), cette IP pose plus de problème qu’elle n’apporte de chose positive à Wikipédia. »

Parmi les vandalismes, l’insertion de « sale batar » dans un article, ou encore celle d’une blague graveleuse dans la devise d’une commune, relevait à l’époque Le Monde. Bon prince, Jules* indiquait cela dit qu’il « reste possible aux personnes travaillant au ministère de l’Intérieur avec cette IP de contribuer en créant un compte ».

En avril 2016, il rendait publique sur Wikipédia une enquête consacrée à des contributions rémunérées de Wikipédiens expérimentés pour le compte de clients de Racosch, une entreprise de relations publiques suisse, qui fut reprise dans la foulée par L’œil du 20 heures de France Télévisions.

En septembre, Jules* était de nouveau recruté par l’association Wikimédia France, afin de coordonner la sensibilisation du grand public aux projets Wikimédia, de servir de point de contact et de faciliter le dialogue entre l’association et la communauté wikipédienne (« en plus de mes activités bénévoles sur Wikipédia », précisait-il dans le message annonçant son recrutement).

En octobre, il lançait Bot de pluie, un robot recourant à des expressions régulières puis à un script rédigé en Python pour effectuer des corrections orthographiques et typographiques de manière automatisée. Près de 10 ans plus tard, il figure en 8ᵉ position des bots ayant effectué le plus de modifications, avec près de 1,2 million de contributions.

En juillet 2017, Jules* était mis à pied puis licencié pour « faute grave » par la directrice de l’association et son adjoint (qui était aussi son mari), pour avoir refusé de censurer trois courriels adressés par des adhérents sur la liste de discussion interne de l’association, puis d’avoir également refusé de censurer plusieurs contributions à sa wikilettre d’information. Des refus qu’il justifia au motif que ces demandes de censure lui semblaient « contraires aux intérêts de l’association et […] à l’encontre de mon éthique ».

En 2017, Jules annonce son licenciement pour faute grave » sur Twitter – archive.org

L’association traversait alors une crise profonde, après que dix salariés et stagiaires aient été reconduits, résuma Thierry Noisette sur le nouvelobs.com. Ses sources déploraient « des pratiques de harcèlement ou d’autoritarisme, de la part de la directrice », incitant la moitié du conseil d’administration à démissionner.

Jules* n’a pas cessé, pour autant, de continuer à contribuer bénévolement pour Wikipédia. Au mois d’août de la même année, un mois seulement après son licenciement, il lançait avec d’autres le compte Twitter @wikipedia_fr, afin de « mieux faire connaître le fonctionnement auprès du grand public et [de] mettre en valeur les contenus de l’encyclopédie ».

À compter d’avril 2018 et durant toute une année, il apprend cela dit à conduire des trains, activité qui deviendra son nouveau métier alimentaire. En septembre 2019, il n’en est pas moins élu au statut de « bureaucrate », sorte de « super-administrateur » nommé par la communauté pour assurer la gestion de certains statuts de contributeurs de Wikipédia.

Débusquer les « faux-nez » qui instrumentalisent l’encyclopédie

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Commentaires (7)

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Un grand merci pour ce portrait d'un parfait inconnu pour moi. J'en retiens entre autres son site deni-climatique.fr qui me donne enfin une preuve que certains médias sont climato-menteurs.

Le travail des citoyens comme lui vaut de l'or.
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Jimmy Wales et Jules Xenard, entourés des quatre autres personnes honorées à Wikimania 2026 – CC Mateusz Kopeć
Juste pour dire que la personne a droit semble se demande ce qu'elle fout là :transpi:
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Portrait très intéressant d'un wikimédien qui l'est tout autant. :)
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Toutes mes félicitations à ce citoyen très cultivé. :yes: :incline:
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Merci pour cet article.
L'évidente altérité de cette personne est rafraîchissante dans notre monde égocentré.
:pciwin:
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Merci jean-Marc pour ce très beau portrait. Et félicitations à Jules* pour son titre de wikimédien de l'année qu'il mérite amplement au vue de son implication dans l'encyclopédie. C'est avec des gens comme lui que Wikipédia s'améliore avec le temps et conserve sa fiabilité. Féliciations
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Bravo à Jules* pour son titre amplement mérité et merci pour cet article !