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Pour le Kremlin, le contrôle des données est un enjeu de survie

Il est pas libre Max

Pour le Kremlin, le contrôle des données est un enjeu de survie

Illustration : Flock

Depuis l’invasion de l’Ukraine, la maîtrise de la technologie permet au Kremlin d’étendre la surveillance de la population, que ce soit grâce aux données biométriques ou au contrôle d’Internet. Une partie de la population, consciente de la répression à l’œuvre s’adapte, entre VPN et autocensure.

Dans un wagon du métro moscovite, défilent sur un petit écran : une pub pour un médicament contre la fatigue, une autre appelant au recrutement de kontraktnik (militaires sous contrat), les derniers textes passés à la Douma (l’équivalent de l’Assemblée nationale), une vidéo vantant la technologie permettant aux habitants de valider leur titre de transports grâce à la reconnaissance faciale… Lancé fin 2021, le système FacePay compte aujourd’hui plus de 800 000 inscrits selon Maxime Liksoutov, le maire adjoint chargé des transports. Plus de 200 millions de trajets auraient été effectués avec le paiement biométrique.

Ce sont d’abord les banques, en Russie, qui ont commencé à collecter les données biométriques dans les années 2010, poussant leurs clients à laisser photos de leurs visages et échantillons de voix, en échange de services simplifiés. Sber, la plus grande banque du pays propose par exemple des terminaux permettant de « payer avec le sourire ». Autrement dit, par reconnaissance faciale. Comptant plus de 100 millions de clients dans le pays, la banque vante sur son site l’intérêt de la biométrie. Et tente de rassurer les inquiets, qualifiant de « mythe » l’idée selon laquelle les citoyens seraient « surveillés » grâce à ces données.

Arrestations dans le métro

« La promotion de la technologie est toujours présentée comme quelque chose de moderne, simplifiant la vie des gens, ce qui élude tout à fait la surveillance que permet cette collecte de données », analyse Marie-Gabrielle Bertran, post-doctorante au CIENS et affiliée au projet Géode, qui a consacré sa thèse à la « souveraineté numérique en Russie ». En décembre 2022 pourtant, une loi a été votée prévoyant que toutes les données biométriques, jusque là principalement collectées par les banques, devaient être stockées dans le système UBS (Système biométrique unifié), contrôlé par l’État et accessible aux services de police et de renseignements. Si le fait de fournir ses données biométriques est présenté comme « volontaire », les campagnes marketing des banques sont parfois agressives. Quant aux étrangers présents sur le territoire russe, ils sont, depuis janvier 2025, obligés de fournir des échantillons de voix et des photos de leur visage pour acquérir une carte SIM russe. 200 000 d’entre eux seraient désormais dans le système UBS.

De fait, cette collecte de données biométriques s’inscrit dans un contexte où les 220 000 caméras de reconnaissance faciale installées à Moscou, notamment dans le métro, ont permis de cibler des opposants à la guerre qui avaient pris part à des manifestations. Le commissaire militaire de Moscou, Maxim Loktev, a assumé, début 2023, que les systèmes de vidéo surveillance de Moscou seraient utilisés pour trouver les conscrits ne s’étant pas présentés au bureau militaire. Des « razzias », selon l’ONG « Passez par la forêt », qui a documenté l’arrestation de 90 conscrits dans le métro en octobre 2023 et 170 à l’automne 2024. L’organisation, qui aide les déserteurs et ceux ne voulant pas combattre, a même déconseillé aux conscrits de prendre le métro pendant les périodes de mobilisation. Ce système de surveillance ne se limite pas aux données biométriques. Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine de 2022, le contrôle d’Internet par l’État s’est également verrouillé.

« La maîtrise du récit est un enjeu de survie pour le Kremlin »

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Commentaires (11)

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Un truc à rajouter : la fuite des cerveaux due à cette guerre. Bon nombre des informaticiens russes les plus talentueux ont fui le pays dès les premiers mois de la guerre.
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Bienvenue Pauline !

Et merci pour cet article intéressant et agréable à lire.
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Effectivement, et arrivée toute récente (aujourd'hui) qui plus est. Bienvenue !
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Merci pour cette triste, mais réelle analyse !
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Bienvenue Pauline !
C'est un bon article. Intéressant de lire sur la vie en Russie et de voir la progression de la surveillance.

Je ne comprends juste pas le dernier paragraphe. En quoi les fuites de données fragilisent-elles l'extension du contrôle par l'Etat russe ?

Est-ce que ça rend la population encore plus réfractaire au contrôle et c'est ça qui a un impact négatif sur la surveillance ? Car concrètement, l'élargissement de l'acquisition de données et leur contrôle n'est en soit pas du tout limité par les fuites.
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Je l'ai plus pris pour nous, la passoire française (cf. toutes nos dernières fuites de données) et que cela peut sans aucun doute servir d'autres, comme certains états et dont la Russie.
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Je pense au contraire que c'est bien de la Russie qu'on parle ici.
Comme il y a corruption, il y a fuite de données par corruption (par exemple : "est-ce que le FSB surveille tout ?" est une donnée qu'on peut obtenir en payant un cadre du FSB qui a la donnée).
Ça permet notamment de savoir que la guerre en Ukraine ne se passe pas si bien que ça pour les russes, ce qui peut amener à une fuite des appelés (qui, au lieu de ça, y seraient aller la fleur au fusil) : concrètement, on peut perdre une guerre à cause de ça. On peut aussi perdre le pouvoir, si trop de monde est mécontent et n'a plus aucune confiance en toi (et quand je dis "plus personne", c'est littéralement que tu peux à tout moment te retrouver avec un couteau planté dans le cœur par ton numéro 2 : sans confiance, aucun système humain ne fonctionne bien longtemps).


Et bienvenue à Pauline ! Merci beaucoup pour cet article éclairant !
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Peut-être que c'est plus à voir comme une défaillance notamment liée à la corruption plutôt qu'une fragilisation. Cela montrerait que le système tres autoritaire contient toujours des _failles_ qu'une permettent par ailleurs le travail journalistique a minima.

Ou pas. Pauline pourra nous en dire plus.
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Je suis allé lire l'article en lien. Pour moi je ne vois toujours pas de rapport direct avec ce que dit Pauline.

Ce que j'en tire c'est qu'en effet la population est résistante à Max, et sinon que les données étant accessible à tout le monde et pour tout le monde (notamment les données de personnages importants), avec la corruption qui aide aux fuites règles , il y a beaucoup d'escroqueries en cours, notamment par des groupe ukrainiens. Ça n'empêche pas l'État pour autant de développer son contrôle.

@PaulineMussche, j'ai loupé autre chose ?
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collecter les données
qualifiant de « mythe » l’idée selon laquelle les citoyens seraient « surveillés » grâce à ces données
« La promotion de la technologie est toujours présentée comme quelque chose de moderne, simplifiant la vie des gens, ce qui élude tout à fait la surveillance que permet cette collecte de données »
Toute ressemblance avec notre contrée, si une pression exercée par les modernistes et/ou technologistes présentant les sceptiques et/ou résistants comme réfractaires y existait, serait purement fortuite.
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Bienvenue Pauline et merci pour cet article très agréable à lire. Pour les problèmes d'espionnage de conversations, je serais curieux de connaître si les citoyens Russes utilisen les appli type Briar qui permettent une conversation chiffrée sans passer par le réseau, juste en sautant de téléphones en téléphones. Au vu de la quantité de terminaux en circulation, on pourrait tous se passer d'un réseau téléphonique et communiquer qu'avec ça pour l es messages écrits. Pas obligé que ce soit ultra rapide non plus.