Pour le Kremlin, le contrôle des données est un enjeu de survie
Il est pas libre Max
Illustration : Flock
Le 20 mai à 15h49
Depuis l’invasion de l’Ukraine, la maîtrise de la technologie permet au Kremlin d’étendre la surveillance de la population, que ce soit grâce aux données biométriques ou au contrôle d’Internet. Une partie de la population, consciente de la répression à l’œuvre s’adapte, entre VPN et autocensure.
Pour le Kremlin, le contrôle des données est un enjeu de survie
Il est pas libre Max
Illustration : Flock
Depuis l’invasion de l’Ukraine, la maîtrise de la technologie permet au Kremlin d’étendre la surveillance de la population, que ce soit grâce aux données biométriques ou au contrôle d’Internet. Une partie de la population, consciente de la répression à l’œuvre s’adapte, entre VPN et autocensure.
Droit
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12 min
Dans un wagon du métro moscovite, défilent sur un petit écran : une pub pour un médicament contre la fatigue, une autre appelant au recrutement de kontraktnik (militaires sous contrat), les derniers textes passés à la Douma (l’équivalent de l’Assemblée nationale), une vidéo vantant la technologie permettant aux habitants de valider leur titre de transports grâce à la reconnaissance faciale… Lancé fin 2021, le système FacePay compte aujourd’hui plus de 800 000 inscrits selon Maxime Liksoutov, le maire adjoint chargé des transports. Plus de 200 millions de trajets auraient été effectués avec le paiement biométrique.
Ce sont d’abord les banques, en Russie, qui ont commencé à collecter les données biométriques dans les années 2010, poussant leurs clients à laisser photos de leurs visages et échantillons de voix, en échange de services simplifiés. Sber, la plus grande banque du pays propose par exemple des terminaux permettant de « payer avec le sourire ». Autrement dit, par reconnaissance faciale. Comptant plus de 100 millions de clients dans le pays, la banque vante sur son site l’intérêt de la biométrie. Et tente de rassurer les inquiets, qualifiant de « mythe » l’idée selon laquelle les citoyens seraient « surveillés » grâce à ces données.
Arrestations dans le métro
« La promotion de la technologie est toujours présentée comme quelque chose de moderne, simplifiant la vie des gens, ce qui élude tout à fait la surveillance que permet cette collecte de données », analyse Marie-Gabrielle Bertran, post-doctorante au CIENS et affiliée au projet Géode, qui a consacré sa thèse à la « souveraineté numérique en Russie ». En décembre 2022 pourtant, une loi a été votée prévoyant que toutes les données biométriques, jusque là principalement collectées par les banques, devaient être stockées dans le système UBS (Système biométrique unifié), contrôlé par l’État et accessible aux services de police et de renseignements. Si le fait de fournir ses données biométriques est présenté comme « volontaire », les campagnes marketing des banques sont parfois agressives. Quant aux étrangers présents sur le territoire russe, ils sont, depuis janvier 2025, obligés de fournir des échantillons de voix et des photos de leur visage pour acquérir une carte SIM russe. 200 000 d’entre eux seraient désormais dans le système UBS.
De fait, cette collecte de données biométriques s’inscrit dans un contexte où les 220 000 caméras de reconnaissance faciale installées à Moscou, notamment dans le métro, ont permis de cibler des opposants à la guerre qui avaient pris part à des manifestations. Le commissaire militaire de Moscou, Maxim Loktev, a assumé, début 2023, que les systèmes de vidéo surveillance de Moscou seraient utilisés pour trouver les conscrits ne s’étant pas présentés au bureau militaire. Des « razzias », selon l’ONG « Passez par la forêt », qui a documenté l’arrestation de 90 conscrits dans le métro en octobre 2023 et 170 à l’automne 2024. L’organisation, qui aide les déserteurs et ceux ne voulant pas combattre, a même déconseillé aux conscrits de prendre le métro pendant les périodes de mobilisation. Ce système de surveillance ne se limite pas aux données biométriques. Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine de 2022, le contrôle d’Internet par l’État s’est également verrouillé.
« La maîtrise du récit est un enjeu de survie pour le Kremlin »
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Commentaires (3)
Il y a 51 minutes
Il y a 44 minutes
Et merci pour cet article intéressant et agréable à lire.
À l'instant
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