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Meta et YouTube jugés responsables des troubles psychiques d’une mineure

Addiction by design

Meta et YouTube jugés responsables des troubles psychiques d’une mineure

Le procès opposant Kaley G. M. et sa mère à Google et Meta se termine sur une condamnation des deux entreprises à quelques millions d’euros chacune. Le montant est moins élevé que d’autres affaires médiatiques concernant les GAFAM, mais cette décision pourrait faire jurisprudence dans de nombreux cas similaires, si elle est confirmée en appel.

Le 26 mars à 11h50

Meta et YouTube ont mis en place des fonctionnalités conçues pour créer une dépendance à leurs réseaux sociaux et plateformes de vidéos, et celles-ci ont entraîné des troubles de santé mentale sur une jeune utilisatrice, a conclu le jury de la Cour supérieure de justice de Los Angeles.

Le procès opposait depuis un mois et demi Kaley G. M, une plaignante âgée actuellement de 20 ans accompagnée par sa mère, à Google et Meta.

Le jugement inclut des dommages-intérêts de 4,2 millions de dollars à verser par Meta et 1,8 million par YouTube. Kaley G. M les accusait d’avoir provoqué et entretenu son addiction à leur service alors qu’elle était mineure. Elle avait pu créer son compte Instagram à l’âge de 9 ans alors que l’application ne demandait pas encore la date de naissance de l’utilisateur à l’inscription.

« Je pense généralement qu’il existe un groupe de personnes, potentiellement assez important, qui mentent sur leur âge afin d’utiliser nos services », avait affirmé Mark Zuckerberg alors qu’il était pressé de justifier la politique de Meta relative aux préados au cours du procès.

L’avocat de Kaley G. M, Mark Lanier a montré que Meta a enterré une recherche menée en interne sur les conséquences de ses produits sur les adolescents qui ne lui convenait pas.

Le New York Times explique que, lors du procès, l’avocat a insisté sur les fonctionnalités de défilement infini, d’algorithmes de recommandation et de vidéos en autoplay, qui seraient conçues pour capter notamment les jeunes utilisateurs, et qu’ils utilisent Instagram, YouTube et autres plateformes de manière compulsive.

La jeune femme avait expliqué qu’elle était tous les jours sur les réseaux sociaux. « Je ne peux tout simplement pas m’en passer », répondait-elle à la question « Pourquoi n’arrêtez-vous pas ? ».

Son avocat avait insisté sur la politique interne de Meta pour attirer les ados, citant un document interne à l’entreprise datant de 2018 affirmant que « si nous voulons vraiment gagner auprès des adolescents, nous devons les attirer dès leur préadolescence ».

Si Meta et Google sont les deux seules entreprises à être condamnées, Snap et TikTok étaient aussi initialement visées. Mais celles-ci ont préféré négocier un accord confidentiel leur évitant que soient déballées au grand public des informations internes sur leur politique vis-à-vis des jeunes utilisateurs.

Le verdict de ce procès arrive juste après que l’entreprise de Mark Zuckerberg a été condamnée à 375 millions de dollars d’amende pour le déploiement d’outils dangereux pour la santé mentale des mineurs.

Si la somme versée ici à Kaley G. M est très inférieure à cette amende, cette décision pourrait faire tache d’huile. En effet, près de 2 500 autres procès attendent les quatre entreprises de réseaux sociaux aux États-Unis, selon le média spécialisé Courthouse News. Et le verdict pourrait faire jurisprudence si la décision est confirmée en appel.

Car les deux entreprises ont déjà planifié de faire appel, selon Reuters. « Cette affaire repose sur une mauvaise compréhension de YouTube, qui est une plateforme de streaming conçue de manière responsable, et non un réseau social », assure au New York Times le porte-parole de Google.

Les deux entreprises avaient mis en avant le fait que les poursuites étaient irrecevables selon l’article 230 du Communications Decency Act, qui protège les plateformes de la responsabilité des contenus publiés par leurs utilisateurs. Mais, comme l’explique Reuters, les juges avaient rejeté cet argument et avaient permis la poursuite de l’instruction. Il sera cependant sans doute réutilisé par les avocats de Google et Meta en appel.

À Courthouse News, l’une des jurées a affirmé : « Nous voulions que [Meta et Google] comprennent que cela n’était pas acceptable ». Mais, selon elle, le jury craignait de « remettre la totalité de la somme à une seule personne », avant d’ajouter : « Nous avons pensé que si cette somme pouvait être versée petit à petit, pour être dépensée à bon escient et durer longtemps, nous aurions probablement fixé un montant plus élevé. »

Commentaires (14)

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Google et Meta sont des entreprises pouvant être hautement méprisable, mais ce qui me choque c'est ça :
[...]Elle avait pu créer son compte Instagram à l’âge de 9 ans [...]

Ok, il n'y avait pas de vérification d'age MAIS, qui lui a fourni le materiel pour se connecter ? Qui lui a permis de continuer ce matériel pendant tout ce temps ?
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Aux news ils ont ajoutés qu'elle était déjà accro a Youtube a 6 ans...
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Merci les parents (comme à chaque fois)...
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Youtube ou Youtube Kid?
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Peu importe. On peut vouloir rejeter la faute sur les parents, il n'en reste pas néanmoins que Meta cible délibéremment les enfants. Et vu la puissance de frappe de Meta, c'est un problème.

Citation de l'article:
Son avocat avait insisté sur la politique interne de Meta pour attirer les ados, citant un document interne à l’entreprise datant de 2018 affirmant que « si nous voulons vraiment gagner auprès des adolescents, nous devons les attirer dès leur préadolescence ».
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En tant que parent c'est extrêmement difficile de l'empêcher. Dès la sixième avoir un téléphone et un accès à internet est indispensable pour les cours : les devoirs et les notes arrivent par pronote / école directe, les profs partent du principe que les élèves ont accès à internet pour leurs recherches, et que les élèves comminquent entre eux par les messageries pour collaborer sur leurs exposés / devoirs.
Alors oui, on peut toujours arguer qu'il existe le contrôle parental. Mais ça reste un outil limité. Quand la prof d'anglais ou de maths donne des vidéos Youtube à regarder, difficile de donner l'accès en étant sûr que c'est uniquement cette vidéo qui est regardée. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que les réseaux sociaux et les plateformes de diffusion incorporent tous des messageries : suffit que le groupe de la classe pour échanger sur les TPs soit sur Instagram, Messenger ou autre pour que les parents se retrouvent obligés de donner l'accès à l'ensemble de l'écosystème... Et impossible d'être à côté pour surveiller, sauf à avoir un boulot qui permet d'être chez soi à 16h, ce qui est loin d'être le cas pour la majorité des parents. Au lycée c'est carrément la Région qui fournit le PC, et il suffit d'un partage de connexion pour que ça devienne open bar...
Alors là c'est sûr qu'on parle d'un peu plus jeune (mais pas tant que ça). Mais il y a aussi la pression sociale, et le fait que les gamins s'exposent les uns les autres à ça. Il suffit d'un seul à l'école avec un téléphone pour que tout le monde regarde la vidéo.
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9 ou 11 ans (âge habituel d'entrée en 6eme en France) , ça semble peu mais c'est déjà un monde.
Les arguments que vous avancés sont entendable. Cependant le sujet de l'article est étasunienne elle à commencer à 9 ans et en mentant sur son age pour s'incrire...

P S:
J'ai essayé de trouver des equivalence age degré d'étude. Je suis tombé sur ce site.
https://additioapp.com/fr/que-savez-vous-du-systeme-educatif-aux-etats-unis/
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Ok, il n'y avait pas de vérification d'age MAIS, qui lui a fourni le materiel pour se connecter ? Qui lui a permis de continuer ce matériel pendant tout ce temps ?
Attention avec ce genre d'argument, c'est du même acabit que de dire "elle n'avait qu'à pas se fringuer comme une pute si elle voulait pas se faire violer". Il ne faut pas s'amuser à renverser les responsabilités d'un revers de la main.

La place du portable peu, voire pas, surveillé entre les mains d'un mineur est une question de société et ses impacts sont de plus en plus visibles en négatif. C'est pas pour rien qu'il y a de plus en plus de réglementations à ce sujet, notamment lorsque ça vise les mineurs.

Mais ça ne doit pas vouloir dire qu'il faut permettre à d'autres de profiter de cette brèche. La protection se fait donc à plusieurs niveaux, en particulier quand le service a l'intention de rendre addict les plus jeunes le plus tôt possible comme l'article l'indique.
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Pour moi votre exemple n'est pas le bon.
L'analogie que je ferrai, est-ce qu'on reproche au fabriquant d'arme, le fait qu'un gamin l'est utiliser et s'est blessé avec.

Peut importe ce que l'on peut penser des fabriquant d'armes, je ferai plutôt souligner le fait que l'arme en question était en libre service par le gamin.
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L'inversion de responsabilité revient à dire que c'est la faute aux parents si l'enfant a fini addict aux médias sociaux. Mon exemple sur le viol, ce sont des propos qu'on peut encore entendre régulièrement et qui rejettent la responsabilité sur la victime.

Sauf que l'intention de nuire ici n'est pas de la part des parents, mais bien des plateformes qui mettent en oeuvre des mécanismes reposant sur ceux de l'addiction pour garder captif l'enfant et ont une stratégie pour embarquer le plus tôt possible.

Comme je disais, c'est une question de société à plusieurs niveaux. Se contenter de renverser la faute sur la victime n'est pas la meilleure des approches à mes yeux.
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Comme dit en avant propos, oui ces compagnies ont des comportements délétères.

Cependant, dans ce cas-ci, à 9 ans ce n'est la Meta ou Google qui ont mi un tél dans les mains de la demoiselle.

Je ne veux pas aller sur l'exemple vêtement=> Viol car pour moi, l'analogie ne marche pas.
En forçant le trait, toujours dans ce cas ci et de ce que j'entends pas là, et dedans ma compréhension de la situation il n'y a pas deux mais trois parties.
La fille (9 ans à l'époque) ; Les Parents ; Les R S. diffuseurs. [voir pt être 4, avec les contenus]

Dans le cas que vous proposez, si on veut vraiment prendre cette situation (et que je continue à dire que ç'est délicat et différent) ça donnerait :
La fille (tjrs 9ans) ; Les parents ; les compagnies de vêtements. [Les vêtements]

Avec la fille qui se serait habillée avec des vêtements qui la faisait passé pour une péripatéticienne (et pas qu'en période de carnaval), et qui aurait attaqué Jennifer ou Morgan à ses 20ans parce qu'elle s'habille comme cela depuis ses 9ans.
A 9 ans, ce seraient bien les parents qu'ils lui auraient fourni et accepté de l'habiller comme cela.

En y repensait serait encore mieux de dire que la métaphore serait à la place des compagnies de vêtements se seraient des magazines de modes type BIBA ou J&J.



[ENCORE UNE FOIS RIEN, ABSOLUMENT RIEN NE JUSTIFIE UN VIOL OU UNE AGRESSION SEXUELLE ; JE CONTEXTUALISE JUSTE L EXEMPLE FOURNI]
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Cependant, dans ce cas-ci, à 9 ans ce n'est la Meta ou Google qui ont mi un tél dans les mains de la demoiselle.
Et c'est pas une raison pour rendre les gamins addict aux médias sociaux.

Voilà là où je voulais en venir avec l'exemple du viol et de l'habillement.
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BTW une péripatéticienne peut être victime de viol. Et, non, les parents ne seraient pas plus responsables du viol de leur fille que leur fille elle-même même en l'habillant de façon séxuée et provocante (sauf à avoir autorisé une relation sexuelle sur le corps de leur fille). Pourquoi ? Parce que le désir et la pulsion sexuelle de l'agresseur appartient à l'agresseur et seulement à lui. Autrement-dit, faire du mal à un tiers est de l'entière responsabilité de l'auteur ou de l'autrice des actes d'agression.

NB: juste ma propre observation à l'égard de cette analogie qui n'est pas pure et parfaite.
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Si les plateformes de réseaux sociaux étaient réglementées comme la vente, la possession et l'usage des armes à feu, il n'y aurait plus de réseaux sociaux depuis longtemps. Les plateformes de jeux d'argent sont aussi beaucoup plus réglementées que les plateformes de réseaux sociaux. La responsabilité des réseaux sociaux est prouvée depuis quelques temps déjà. Le nier est au moins de la méconnaissance ou du désintérêt pour les questions de santé mentale.