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A. Hoskins : « L’IA ne se contente plus d’archiver le passé, elle en fabrique un nouveau »

Radicalisation de la mémoire

A. Hoskins : « L’IA ne se contente plus d’archiver le passé, elle en fabrique un nouveau »

Plus de trente mémoriaux allemands ont alerté sur la prolifération d’« IA slop », ces fausses images générées par IA, représentant des victimes fictives de l’Holocauste. Next s’entretient avec Andrew Hoskins, spécialiste des liens entre mémoire, guerre et technologies.

Depuis l’été 2025, des fermes à contenu inondent les réseaux sociaux d’images générées par IA (ou slop) prétendant illustrer la Shoah. Le 13 janvier dernier, les sites mémoriaux de Bergen-Belsen, Buchenwald, Dachau et des dizaines d’autres institutions ont publié une lettre ouverte dénonçant un phénomène « en expansion » qui « déforme l’histoire par la trivialisation et la kitschification ». 

Titulaire de la chaire en IA, mémoire et guerre à l’université d’Édimbourg, Andrew Hoskins étudie l’irruption de l’IA générative dans notre rapport au passé. Son article « Intelligence artificielle, une nouvelle réalité pour la mémoire », vient de paraître en version française dans l’ouvrage collectif Technomémoires, mémoire, souvenirs et technologies émergentes (PUQ, 2026). Sa théorie : l’IA générative produit un passé hybride, au-delà du consentement et du contrôle de ceux qui l’ont vécu. Entretien. 

>> Plusieurs mémoriaux de l’Holocauste alertent contre la montée en puissance de contenus « entièrement fabriqués » ciblant la Shoah. Comment analysez-vous ce phénomène ?

Les fausses images de l’Holocauste représentent un cas particulièrement frappant. Le problème central est le suivant : comment pouvons-nous encore faire la différence entre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas, entre ce qui est factuel et ce qui est inventé ?

Ces « fakes » sont une forme de mémoire hybride homme-machine, fondamentalement perturbatrice. Ici, nous perdons l’humain à deux niveaux. Premièrement, notre capacité à reconnaître quelque chose comme réel, authentique ou véritablement humain est diminuée. Ensuite, à travers nos interactions avec de fausses images, des avatars ou des deadbots produits par l’IA, nous générons un nouveau type de mémoire, qui n’est pas entièrement humaine.

À mesure que ces couches d’interaction homme-machine s’accumulent, il devient de plus en plus difficile de distinguer si un contenu est d’origine humaine et d’en identifier l’auteur.

« Les archives sont empoisonnées, car elles ne sont plus contenues »

>> Vous parlez d’un passé rendu toxique par l’IA…

Il s’agit d’une intoxication du passé, car nous ne comprenons pas l’IA. J’appelle cela une « mémoire boîte noire » [black box memory, ndlr] : on ne sait pas ce qui a été injecté dans les modèles de transformeurs qui nous permettent d’interroger et d’extraire de l’information sur le passé. Comme nous avons si peu de compréhension du fonctionnement de ce processus, il devient facile de le manipuler, de transformer certains aspects du passé en armes afin qu’ils soient intégrés dans ce qui est régulièrement suggéré dans les modèles d’IA actuels. Il s’agit d’une forme d’effondrement du modèle : les archives sont empoisonnées, car elles ne sont plus contenues.

>> Comment les institutions mémorielles peuvent-elles faire face ?

Il reste 65% de l'article à découvrir.

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Commentaires (9)

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C'est assez intéressant (et inquiétant) de constater que l'avènement de la GenAI se fait parallèlement à la mise en application de façon systémique des “vérités alternatives”. L'un va nourrir l'autre et favoriser les discours qui servent aujourd'hui la montée des nationalismes (que ce soit de l'autre côté de l'atlantique ou ici).
Lire cet article après avoir lu la chronique de Frédéric Lordon d'hier (https://blog.mondediplo.net/les-collaborateurs) est particulièrement préoccupant...
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Je mettrais quand même un bémol. On a pas attendu l'IA pour réécrire le passé. Roman national, erreurs de bonne foi (ou de mauvaise foi) qui nous font imaginer des celtes à moustache, revisite du passé qui va parfois jusque dans la pierre (Violet Leduc toussa).

S'approprier le passé n'est pas forcément illégitime. Mais disons qu'il y a une marge entre rêver son arrière grand-père en résistant parce qu'une fois il a refusé de montrer ses papiers à la milice et aller faire du nawak à la Lauran Deutsch

L'IA est un nouveau média d'appropriation et de réécriture de l'histoire. De ce qui est dit dans cette interview, les institutions réagiraient et bien. Tant mieux :-)

(ouais, ce commentaire est un fourre-tout sans véritable message à passer. mais c'est vendredi alors c'est permis)
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J'ai une mauvaise nouvelle pour toi concernant la dernière ligne de ton message...
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aaaaaaaahhhhhh !
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Dommage que le titre de l’article ne mentionne pas la fin du paragraphe : « Un passé qui n’a jamais existé ». C’eut été plus percutant.
Peut-être une histoire de longueur maximale à respecter ?

Sinon, bienvenue sur Next à Laura Guien, et aux autres.
En effet, depuis le début de l’année environ, j’ai constaté l’arrivée de plusieurs nouvelles plumes. À moins qu’un article m’ait échappé, il me semble qu’il n’y a eu aucune présentation ou annonce à ce sujet !
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Nous sommes effectivement limités dans la longueur de nos titres (d'où, ici, le prénom ou la citation tronqués). Et nous avons inauguré quelques collaborations ponctuelles avec des pigistes, dont fait partie Laura !
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Merci pour cet article. Une réponse incomplète au problème posé serait une IA entraînée uniquement sur les archives de l'holocauste par exemple et l'utiliser ensuite, non pour faire de l'histoire, mais raconter des histoires basées sur les briques historiques. Avec un engagement régulier de voir les sources historiques. On aurait ainsi le début d'une éducation non pas forcément intellectuel mais "sensible" et émotionnelle. Peut être alors on arrivera à, pour quelques un, d'aller vers l'histoire, la vraie. En gros on occupe le terrain.
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Oui, en effet, mais le film n'occupe pas le même créneau que le chat bot. Faut pas laisser des ia non correctement encadrés laisser faire le taf.